23 Janvier 2018

Tunisie: Comprendre les incompris

Les troubles bipolaires n'empêchent pas ceux qui en sont victimes d'être des personnes intelligentes, créatives et même hors du commun. De grands auteurs, des stars qui ont eu un succès fou, des acteurs et même présidents qui ont marqué l'Histoire et touché l'humanité entière ont été atteints par ces troubles. On cite Baudelaire, Van Gogh, Lady Diana, Chopin, Sting, Abraham Lincoln, Freud, Napoléon Bonaparte...

Le cas de Hanèn, 26 ans, en est le meilleur exemple. Cette jeune fille, qui change de boulot chaque fois, se confie en tant que victime de ce trouble qui lui a gâché la vie, et l'a empêchée de vivre sereinement et de se sentir équilibrée. Dès son enfance, elle a été traitée comme une personne hypersensible. Nostalgique et sensible, elle n'hésite pas à verser des larmes dans toutes les situations, dans la joie comme dans la tristesse. Cette hypersensibilité l'a accompagnée pendant toute son adolescence sans se rendre compte qu'elle était atteinte de ce trouble psychique.

L'événement choc

C'était pendant l'année 2014, lors du décès de sa grand-mère, suite à un cancer, que la jeune fille a sombré dans une tristesse profonde qui a intrigué sa famille et tout son entourage. Cette mauvaise nouvelle a été suivie d'une grande dispute entre elle et son frère, qui a été l'élément déclencheur de la manifestation de sa maladie. Depuis, elle éprouvait une tristesse profonde. Elle, qui avait depuis toujours des problèmes de poids, entre amaigrissement et prise de poids en moins de deux semaines, a quitté le domicile familial et a commencé la consommation de cannabis, ce qui a empoisonné son existence.

«Depuis mon adolescence, j'étais hyperactive sexuellement et je me sentais trop épanouie. A l'âge de 17 ans, je regardais les sites pour adultes en cachette. J'avais une grande énergie négative qui se dégageait lors des disputes, une énergie positive lors des événements heureux... Depuis mon enfance, je n'arrivais pas à garder un ou une amie à mes côtés plus de deux ans», se remémore-t-elle.

Comme toutes les personnes bipolaires, Hanèn était accro à tous les stimulants : alcool, cannabis, café, tabac... «En consommant ces excitants, je sentais en moi une énergie positive et débordante, je dépense de l'argent de façon excessive, je ne dors plus, je fais des choses insensées... voilà comment je me sentais dans ma phase d'hypomanie, suscitée suite à ma dispute avec mon frère et ainsi le fait de quitter le foyer familial», explique la jeune fonctionnaire.

Ce malheureux incident a poussé Hanèn à voir un médecin généraliste qui a soupçonné sa maladie et l'a orientée directement vers un psychiatre. «Au début, le médecin généraliste a pensé que je souffrais d'une dépression sévère, après lui avoir avoué que j'avais fait une tentative de suicide. A 24 ans, j'ai été diagnostiquée bipolaire de type 1, et mon périple avec la souffrance a commencé depuis... », se confie la jeune fille. Et de renchérir : «J'ai commencé un traitement qui m'a été prescrit par mon médecin, et je m'enfonçais de plus en plus droit dans le mur, j'ai changé à maintes reprises de boulot, j'ai été incomprise par mes amis, mon entourage me prenait pour une fille possédée. Les cachets que je prenais rendaient encore ma maladie encore plus remarquable. J'ai perdu le rythme de ma vie, j'ai échoué dans mes études en mastère, ma vie sociale commençait à se perturber, je changeais chaque fois de partenaire et je gérais mal mes épisodes, d'euphorie et de dépression qui ponctuaient ma vie... ».

Hanèn se rappelait encore d'un événement qui l'a marquée, elle et son entourage également, lors de l'une de ses phases de manie. Se sentant très sensuelle, elle s'est maquillée, a mis ses vêtements les plus attirants, et s'est exhibée dans la rue dans l'unique objectif de se sentir une fille désirable et montrer à tout le monde qu'elle est une fille attirante.

«Parfois je deviens agressive, et actuellement je me sens plutôt impulsive. Après une histoire d'amour qui a duré plus de trois ans et qui a été vouée à l'échec, je sors avec les personnes qui me plaisent, sans me soucier et sans réfléchir aux conséquences de mes actes. Je passe également par des phases qui ralentissent le fonctionnement du cerveau, car après la phase d'excitation, je tombe directement dans la pire des situations, celle de la phase maniaco-dépressive. Je deviens triste, j'ai le spleen et je souffre de phobie sociale, des idées noires et futiles hantent mon esprit... ». Si les grandes frayeurs, qui hantent l'esprit de la jeune bipolaire, sont l'abandon et la solitude, cela n'empêche pas la poétesse en elle de créer et de se sentir dotée d'une intelligence exceptionnelle.

«Il faut se débarrasser des idées clichés et des stéréotypes»

Si ces personnes souffraient dans le silence et n'osaient pas aborder ce sujet en public, ce n'est plus le cas aujourd'hui, car avec l'Association tunisienne des troubles bipolaires qui comptait plus de deux mille abonnés sur sa page Facebook, il est facile de partager cette douleur.

Ahmed Ferchichi, ingénieur média et secrétaire général de l'association, nous éclaire sur les différentes activités de cette association qui offre à ses adhérents des thérapies de groupe, tous les quinze jours. «On crée une situation de microsociété avec un nombre de personnes, qui ne dépasse pas les dix, pour vivre une micro-situation sociale qui implique la communication verbale et non verbale, l'expression du vécu en rapport avec le volet émotionnel». Il ajoute que l'objectif de cette rencontre, qui se fait généralement dans un espace vert et ouvert, est de créer une atmosphère saine, en présence de deux professionnels du domaine, à savoir un psychologue et un psychiatre, et de choisir un thème bien précis pour chaque séance.

Selon ce jeune homme, modérateur de ces rencontres, les troubles bipolaires peuvent affecter tous les domaines de la vie de la personne touchée, son sommeil, son alimentation, ses relations... «Mais malheureusement, nous ne sommes pas encore assez attentifs à ce sujet et on considère toujours la personne bipolaire comme une personne folle ou possédée... Il faut changer les mentalités, rompre avec les idées clichés et les stéréotypes», insiste-t-il.

«Les réunions de groupe qu'on fait sont, entre autres, un appel au secours afin d'aider les personnes atteintes de ces troubles à gérer leur crises d'hypermanie ou hypomanie et ainsi éviter le pire, parce qu'avec une personne atteinte de ces troubles, on peut s'attendre à tout. Pour les aider, il faut leur procurer un environnement sain, des centres de thérapie et des rencontres dans des espaces conviviaux, avec vue dégagée, de la verdure... Voilà la nouvelle approche que propose notre association pour comprendre ces personnes mal comprises et mal interprétées», conclut Ahmed Ferchichi.

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