Gambie: Impunité accordée par Nguema à Yahya Jammeh - La stratégie de l'hospitalité calculée

Photo: Le Pays
L'ancien président gambien Yahya Jammeh
28 Janvier 2018
analyse

L'ancien président gambien en exil en Guinée équatoriale, Yahya Jammeh, peut continuer à dormir sur ses deux oreilles tout en s'enveloppant de la moelleuse couette de l'impunité. Il devrait, en effet, continuer à couler des jours tranquilles dans son pays d'accueil, comme en a décidé son protégé, le satrape équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema.

Tous ceux qui nourrissaient encore un quelconque espoir de voir l'ancien tyran gambien ramené au bercail comme un « colis », aux fins d'être jugé, savent désormais donc à quoi s'en tenir : leur soif de justice risque fort de ne jamais être assouvie, du moins tant que la Guinée Equatoriale se confondra à la personne de l'autocrate Nguema.

Ainsi donc va l'Afrique ! Cette Afrique où, hélas, continuent de pousser les bananeraies et autres espèces fauniques de la satrapie. Cette Afrique incapable de grandir du fait de dirigeants se comportant eux-mêmes comme de grands enfants, renvoyant ainsi au reste du monde, une très mauvaise image du continent. Pourquoi Yahya Jammeh ne devrait-il pas rendre des comptes pour tout le mal qu'il a fait subir à son peuple plus de deux décennies durant ? En vertu de quoi ne devrait-il pas assumer son passé ? Comme le rappelle le vieux dirigeant équato-guinéen, « ancien chef d'Etat d'Afrique », Jammeh l'a été. Et alors ? Ce statut doit-il lui valoir ipso facto respect ? Non ! Le respect, ça se mérite, ça ne se décrète pas !

A propos de l'impunité accordée à l'ancien chef d'Etat gambien, le timonier équato-guinéen fonde sa décision sur ceci : « C'est une garantie pour que les autres chefs d'Etat qui doivent quitter le pouvoir, n'aient pas peur des harcèlements qu'ils pourraient subir après ». Où va l'Afrique ? Où va ce continent, quand bon nombre de ses dirigeants se gaussent des aspirations des peuples à plus de justice et de démocratie, préférant plutôt voler au secours de pairs déchus et vomis cherchant terre d'asile, en espérant que, demain, une main secourable leur viendra aussi en aide, une fois chassés du pouvoir ?

Beaucoup des têtes couronnées d'Afrique sont animées par un seul souci : s'offrir la garantie de l'impunité

Et pourtant, la meilleure façon d'obtenir des garanties de ne pas être poursuivis est toute simple. Il faut appliquer la recette de la gouvernance vertueuse à tous les niveaux. A tous ces chefs d'Etat du continent y compris Obiang Nguema qui continuent à se placer du «mauvais côté de l'Histoire », évidemment, ce serait trop leur demander ; autant dire... la mer à boire. C'est au-dessus de leurs forces. Comment ne pas, dans ces conditions, être inquiétés quant à ce que sera l'après-pouvoir ?

En déclarant être en accord sur ce point (l'impunité accordée à Yahya Jammeh) avec « l'Union africaine », le dirigeant équato-guinéen n'apporte rien de nouveau à ce qu'on sait, tant bien des chefs d'Etat du continent ont toujours été solidaires même dans le mal, quand il s'agit de défendre les intérêts de la confrérie des chefs d'Etat, au détriment de ceux de leur peuple.

Au demeurant, il y a fort à parier que les peuples africains au nom desquels ces dirigeants sont censés parler, ne partagent pas le même avis que ceux qui les gouvernent quant à la question de savoir s'il faut accorder l'impunité à tout dictateur qui a inscrit son passage à la tête de l'Etat en lettres de sang et de larmes.

En vérité, beaucoup des têtes couronnées d'Afrique sont animées par un seul souci : s'offrir la garantie de l'impunité au cas où ils sont poussés de force vers la sortie. Et cela passe aussi par la stratégie de l'hospitalité calculée.

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