2 Février 2018

Cameroun: Honorable Peter William Mandio - « Certains pontes du régime œuvrent pour le départ immédiat du Président BIYA du pouvoir ».

interview

Honorable, après l'arrestation au Nigéria des leaders séparatistes Anglophones, une vive polémique enfle dans l'opinion sur leur extradition et leur jugement en terre Camerounaise. Pourquoi cette agitation ?

Personnellement, je ne suis pas surpris de la tournure et du succès de cette opération majestueusement menée par notre gouvernement sous la supervision du chef de l'Etat, chef des Armées. J'observe que ces leaders ont fait preuve d'un étonnant et incroyable amateurisme pour des « Révolutionnaires » qu'ils prétendaient être. Je me félicite de l'offensivité diplomatique du chef de l'Etat qui a réussi à persuader le gouvernement Nigérian quant à la mutualisation de nos actions de sécurisation de nos différents territoires, le refus d'amputation de nos espaces communs, la protection des Hommes et des biens. Le Président de la République a aussi exalté la densité et l'historicité des liens qui unissent nos deux Nations. Le concept de « diplomatie de couloir » a montré son efficacité. Après leur transfèrement à Yaoundé, ils seront présentés à la justice pour répondre de leurs actes. En tant qu'Etat moderne et démocratique, nous devons veiller au strict respect des droits de la défense des accusés.

Avec cette arrestation des membres du directoire de l'Ambazonie, peut-on envisager une fin de la crise Anglophone ?

Il serait illusoire de le penser. Juste après leur arrestation, un nouveau directoire apparemment plus violent et extrémiste a été désigné. Les villes mortes persistent dans les deux régions, on note quotidiennement des actes de violence et de barbarie humaine sans précédent. Des Hommes en tenue sont lâchement assassinés. Je rentre de BAMENDA. J'ai noté globalement comme un air d'abattement collectif à l'annonce de leur arrestation. A l'analyse serrée, les postures et options prises dans le management de cette crise, la longue attente des thérapies pourtant urgentes ont favorisé la cristallisation des rancœurs et l'adhésion des populations à la cause véhiculée par ces prétendus « messies » ou pseudo-libérateurs.

Que faire maintenant pour ramener la paix dans ces régions ?

Il faut qu'on s'entende bien. La partition du Cameroun est non négociable. La violence d'où qu'elle vienne est l'arme des faibles, des lâches et des déséquilibrés. Tout en réprimant avec fermeté mais sans excès les actes de violence, nous devons également éviter de laisser prospérer la stratégie du « Tout sécuritaire ». Ce ne serait pas un délit que d'exalter les vertus et les délices d'un dialogue Républicain constructif.

Dans le camp présidentiel, certains caciques se demandent avec qui dialoguer ?

La suicidaire logique du pourrissement et de la fermeture au dialogue s'est montrée infructueuse. Il faut approcher les modérés de l'Ex-Consortium, les Hommes politiques, les Hommes d'église, les leaders d'opinion de ces deux régions pour essayer de les écouter, de discuter. C'est important dans la vie d'une Nation. Nous devons accélérer le processus de la décentralisation. Je note avec regret, que certaines élites gouvernantes œuvrent en douce pour torpiller la décentralisation.

Justement, des fuites d'audition des leaders de l'Ambazonie incarcérés évoquent des révélations troublantes sur les complicités avec certains Ministres, hauts gradés de l'Armée et Hommes d'affaires ?

Ce ne serait pas surprenant, au vu de l'aisance financière qu'affichait ce mouvement dans son déploiement opérationnel. Certains pontes du régime, bien que bénéficiant du décret présidentiel ont déjà tarifié dans leur logiciel mental, le départ immédiat du Président BIYA du pouvoir. D'autres ont cru s'éterniser au gouvernement en laissant perdurer cette crise. Une constance se dégage : cette crise bénéficie des soutiens tant endogènes qu'exogènes. A la veille de la tenue de plusieurs scrutins électoraux, il est impératif d'entreprendre une kyrielle d'actions pour éviter des surprises désagréables.

Parlant de scrutins, de nombreuses candidatures se signalent dans l'opposition pour la présidentielle. Etes-vous inquiet pour votre candidat ?

Le Président BIYA est le candidat statutaire, naturel et automatique du RDPC en général et de mon département le Mbam et Inoubou en particulier. Il est également le médecin urgentiste et spécialiste totalisant 35 années d'expérience. Ceci dit, j'ai été frappé par l'enthousiasme que suscitent les candidatures des jeunes Osih Josuah (49 ans) et Cabral Liibi (38 ans) qui tirent argument du rajeunissement de la classe politique. Il est vrai que 65% de la population électorale a moins de 45 ans. Mais est-ce un programme de gouvernance? L'inorganisation incurable de l'opposition, les égos surdimensionnés de ses leaders et le quadrillage politique du terrain par le RDPC, ouvrent un boulevard de la victoire au candidat-président Paul BIYA. Toutefois au delà de ce confort électoral quasi-certain, il faudra rester vigilant. Comme en 1997 avec les candidatures de Titus EDZOA et Ayissi MVODO, les velléités successorales contenues en 2004 et 2011, il est à craindre l'éventualité d'une candidature surprise venant du camp présidentiel. Devrais-je rappeler que la saison est aux trahisons et reniements.

Merci Honorable d'avoir répondu à nos questions.

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