15 Février 2018

Centrafrique: 2017, une année meurtrière pour la République centrafricaine

communiqué de presse

L'année dernière, la République centrafricaine a connu des niveaux de violence à l'encontre de la population civile rappelant les mois les plus sanglants du conflit qui avait déjà ébranlé le pays en 2013-14. Des dizaines d'attaques ont notamment eu lieu contre des structures médicales, privant la population de soins médicaux vitaux.

« La première balle a touché une fille de treize ans, raconte Christelle. Je me suis jetée à terre alors qu'ils continuaient à tirer. Une balle m'a touchée à la cheville.

Ils tiraient vers l'entrée, où un garçon de deux ans a été tué. » Christelle, 24 ans, ne s'est pas encore tout à fait remise de l'attaque menée par des hommes armés à l'extérieur de l'hôpital de Batangafo, au nord de la République centrafricaine (RCA), le 8 septembre 2017.

Christelle fait partie des 16 000 personnes qui ont cherché refuge dans l'hôpital de Batangafo à partir de la fin juillet, lorsque les combats se sont intensifiés dans cette partie du pays. De nombreuses familles ont vu leur maison brûler et leurs voisins se faire assassiner.

« J'essayais de cacher une famille des hommes armés qui venaient de pénétrer dans l'hôpital lorsque deux d'entre eux nous ont trouvés », raconte Debra, membre du personnel de MSF qui a assisté à une attaque dans l'hôpital de Zémio, dans le sud-est de la RCA, le 11 juillet. « Ils ont pointé leurs armes sur nous et ont tué un bébé que sa mère tenait dans ses bras. »

Un mois plus tard, l'hôpital de Zémio a de nouveau été le théâtre d'une fusillade, alors que 7 000 personnes s'y étaient réfugiées pour fuir le conflit.

Cette attaque a été un tournant décisif pour les 22 000 habitants de Zémio. Tous ceux qui étaient en mesure de traverser la frontière se sont réfugiés en République démocratique du Congo (RDC).

« Des hommes armés ont tiré en l'air autour de notre ambulance alors que nous tentions de transférer un patient souffrant de diarrhée sévère à l'hôpital », explique Pelé, responsable infirmier de proximité à Bangassou, dans le sud-est de la RCA.

« Ils étaient particulièrement nerveux et menaçants, et n'écoutaient rien. » Le 21 août, Pelé, le reste de l'équipe MSF et un patient ont été détenus plusieurs heures par ces hommes armés.

Depuis mai 2017, la situation s'est détériorée à Bangassou, ce qui a entraîné une fuite massive de la population en RDC voisine. Environ 2 000 musulmans se sont réfugiés dans l'enceinte de l'église catholique, où ils ne reçoivent que très peu d'assistance des organisations humanitaires.

Christelle, Debra et Pelé ne sont que trois des milliers de personnes qui, au cours de l'année écoulée, ont assisté au regain brutal de violence dans un pays qui tente toujours de se remettre de la guerre civile sanglante de 2013-14.

« Au cours de l'année écoulée, nous avons pris en charge des patients qui s'étaient fait tirer dessus, poignarder, battre, brûler vifs dans leurs maisons ou violer, explique Frédéric Lai Manantsoa, chef de mission de MSF en RCA en 2017.

En 2017, nous avons connu des niveaux de violence à l'encontre de la population civile centrafricaine équivalents aux mois les plus sanglants du conflit de 2013-14. »

Près de quarante attaques contre des structures médicales, des véhicules et des membres du personnel de santé

Les équipes de MSF en RCA ont non seulement entendu des histoires terribles de la bouche de leurs patients, mais ils ont aussi fait personnellement l'expérience des violences dans l'ensemble des projets de MSF dans le pays au cours de l'année écoulée.

En 2017, l'association a été victime de trois attaques par mois en moyenne, perpétrées contre ses structures médicales, ses véhicules et son personnel.

Ces attaques et les nombreuses exactions commises à l'encontre de la population civile et des organisations humanitaires dans d'autres régions du pays ont fait de la RCA l'un des pays les plus dangereux du monde pour les travailleurs humanitaires en 2017 (source : INSO).

« Après l'attaque contre l'hôpital de Zémio, j'ai été contraint de fuir vers la RDC avec ma famille », explique Pierre Yakanza, assistant de coordination de MSF jusqu'à il y a quelques mois, lorsqu'il a été contraint de quitter la ville pour échapper aux violences avec la quasi-totalité de ses voisins.

« J'ai marché toute la nuit et traversé la rivière sur une pirogue. Nous ne pouvions plus rester à Zémio, il n'y a pas d'autorité administrative sur place, tout le monde peut faire ce qu'il veut. »

Dans ce pays de 4,5 millions d'habitants, une personne sur cinq a été contrainte de quitter son foyer en 2017 en raison des violences.

À la fin de l'année, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) a recensé un nombre record de personnes déplacées dans le pays depuis le début de la crise en 2013 : 688 000. Sans compter les quelque 540 000 personnes désormais réfugiées dans les pays voisins.

Des milliers de personnes privées de soins médicaux

Depuis le début de cette vague de violences, MSF prend en charge les blessés ainsi que les femmes enceintes et les personnes souffrant de maladies chroniques ou évitables dont l'état s'est dégradé à cause du conflit car ils ne parviennent plus à atteindre les structures de santé à temps.

En effet, ce regain de violences a eu un impact particulièrement fort sur l'accès de la population aux soins médicaux, en particulier des plus fragiles. Cet accès limité aux soins, ainsi que le manque de nourriture, d'eau, d'abris et d'éducation, ont placé la population dans une situation d'extrême vulnérabilité.

Auparavant, les hôpitaux étaient l'un des seuls endroits où la population pouvait se sentir en sécurité ; pendant des mois, des milliers de familles se sont réfugiées dans leurs enceintes. Mais ces établissements ne sont plus sûrs, comme l'ont constaté les équipes de MSF au cours de l'année passée.

Des ambulances ont été attaquées à main armée alors qu'elles transportaient des blessés, des fusillades ont éclaté dans des structures médicales et des patients ont été tirés de leur lit de force et exécutés de sang-froid. Ces événements sont devenus fréquents en RCA, et les conséquences sont désastreuses pour les patients.

Les attaques perpétrées l'an dernier dénotent un mépris total des principes humanitaires qui rend très difficile la négociation au quotidien de nos équipes pour apporter des secours aux populations qui en ont besoin. Dans certaines villes, telles que Bangassou, les violences et l'insécurité ont atteint de tels niveaux que MSF a été contrainte de suspendre ses activités.

2018 : regain de violences et aucun endroit sûr où se réfugier

Les signes ne sont pas encourageants pour l'année qui vient de débuter. « Le système de santé est presque entièrement à l'arrêt, explique Christian Katzer, responsable des opérations de MSF pour la RCA.

Nombreux sont ceux qui risquent de mourir de maladies évitables telles que le paludisme, la diarrhée et les infections respiratoires, les trois principales causes de décès d'enfants de moins de cinq ans dans le pays. »

2018 a débuté par une autre flambée de violences, cette fois en périphérie de Paoua et dans la ville voisine de Markounda, dans le nord-ouest du pays.

Une dizaine de blessés ont été pris en charge à l'hôpital de Paoua. Ils ont fait part d'attaques aveugles, de villages incendiés et d'un grand nombre de morts et de blessés restés en brousse.

Ces violences ont poussé 66 000 personnes à fuir vers la ville de Paoua et 20 000 autres à traverser la frontière avec le Tchad pour échapper aux tirs, aux viols et aux pillages.

Jusqu'à aujourd'hui, 2018 ne semble pas laisser de répit à la population centrafricaine qui ne dispose d'aucun endroit sûr où se réfugier.

Centrafrique

Cour pénale spéciale - La feuille de route

Le procureur, Toussaint Muntasini Moukimapa vient de décliner sa stratégie de poursuites, d'enquêtes… Plus »

Copyright © 2018 Medecins Sans Frontieres. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.