15 Février 2018

Afrique du Sud: Démission de Jacob Zuma - L'ANC saura-t-il opérer sa mue ?

Un roi s'en va, un autre s'en vient. C'est le moins que l'on puisse dire, au regard de ce qui se passe actuellement en Afrique du Sud. Car, moins de 24 heures seulement après la démission de Jacob Zuma, le vice-président, Cyril Ramaphosa, a prêté serment, hier, 15 février 2018.

C'est l'épilogue d'une crise politique qui aura duré plus de deux mois. En effet, empêtré dans des scandales à répétition dont les plus célèbres sont l'utilisation de 18 millions d'euros de deniers publics pour la rénovation de sa résidence privée de Nkandla et ses relations très controversées avec la riche famille d'hommes d'affaires d'origine indienne, les Gupta, le désormais ex-président de la nation arc-en-ciel avait fini par s'isoler, coupé de sa base sociale de la COSATU et lâché par sa famille politique l'ANC, après que celle-ci a subi de nombreux coups de boutoir de l'opposition politique sous la houlette d'un certain Julius Malema.

Acculé donc jusque dans ses derniers retranchements, Jacob Zuma a finalement lâché prise, quittant sur la pointe des pieds la scène politique, tout comme son prédécesseur Thabo Mbeki. Sans se réjouir du sort de l'ex-leader du parti de Nelson Mandela, il faut saluer la force des institutions démocratiques sud-africaines qui ont fini par triompher de la résistance d'un homme qui savait que les lendemains du pouvoir étaient des plus incertains pour lui. C'eût été sous d'autres cieux en Afrique, l'armée se serait invitée en arbitre dans ce bras de fer qui a pendant longtemps cristallisé les attentions en Afrique du Sud. Il faut tout aussi se féliciter du fonctionnement de l'ANC qui rompt avec l'image des partis au pouvoir sur le continent, où la moindre opposition au chef de l'Etat entraîne au mieux la disgrâce et au pire la prison pour ne pas dire parfois des assassinats.

Il est impératif que le parti revoie son casting

Cela dit, la démission forcée de Jacob Zuma qui a eu l'élégance de partir pour, dit-il, éviter toute effusion de sang et empêcher la dilapidation de l'héritage historique du parti dans un naufrage collectif, devrait donner à réfléchir à l'ANC. Car, sur les trois présidents que la formation politique a donnés au pays depuis la fin de l'apartheid, deux ont été contraints à l'abandon du pouvoir et pour les mêmes raisons : des affaires de pots-de-vin. C'est à croire qu'une soif immodérée du pillage des richesses s'est emparée de l'élite du parti après sa sortie du maquis au point qu'elle s'est laissée aller à la faiblesse de croire que l'Afrique du Sud lui appartient en propre. Ce faisant, le parti s'est éloigné progressivement des aspirations populaires, créant lui-même les inégalités sociales qu'il a, des décennies durant, combattues.

Il est donc impératif que le parti revoie son casting pour proposer aux Sud-africains des hommes d'Etat dont la légitimité n'est pas seulement tirée du passé de la lutte contre la domination blanche, mais qui sont aussi en phase avec les aspirations du peuple sud-africain d'aujourd'hui. En tout cas, il en a les moyens, car le chemin a été tout tracé par Madiba. En direction de toute l'Afrique, l'exemple du fonctionnement des institutions sud-africaines doit faire école. Car, un Zuma peut en cacher bien d'autres sur le continent, notamment dans sa sphère francophone où il est suicidaire de lever le petit doigt contre certains dirigeants. Il est donc temps que se lève l'étendard de la révolte contre cette race de dirigeants qui, comme des sangsues, se repaissent de la sueur et du sang de leurs peuples.

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