Afrique du Sud: La corruption, premier grand défi de Cyril Ramaphosa

Photo: Togonews
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A peine élu, l'ancien syndicaliste et homme d'affaires s'est engagé à éradiquer la corruption, phénomène endémique dans le pays et qui a terni le règne de neuf ans de son prédécesseur.

« Ce sont des problèmes auxquels nous allons nous atteler », a promis Cyril Ramaphosa devant le Parlement, lors de son élection, jeudi 15 février. Le chantier est immense, et ce n'est pas le seul.

« Je déclare l'honorable Cyril Ramaphosa officiellement élu président de la République d'Afrique du Sud », a proclamé le président de la Cour constitutionnelle, Mogoeng Mogoeng, dans un tonnerre d'applaudissements et de chants de victoire.

Sitôt élu, le nouveau chef de l'Etat s'est engagé devant les députés à éradiquer la corruption. « Ce sont des problèmes auxquels nous allons nous atteler, a promis Cyril Ramaphosa.

Je travaillerai très dur pour essayer de ne pas décevoir le peuple sud-africain ». Il a indiqué qu'il détaillerait devant les députés certaines de ses propositions en la matière lors de son premier discours sur l'état de la nation, prévu vendredi soir à 17h (TU).

L'opposition met la pression d'entrée de mandat

L'opposition, elle, a applaudi des deux mains l'annonce du départ de Jacob Zuma. Mais elle a tout de suite mis en garde le président Ramaphosa, lors de son discours à l'Assemblée : elle l'appelle à s'attaquer immédiatement la corruption qui gangrène le gouvernement.

« Nous sommes conscients que vous n'avez pas de baguette magique pour faire disparaître les problèmes du passé, a déclaré Narend Singh du parti d'opposition IFP (Inkatha Freedom Party). Mais nous espérons que vous allez faire ce qui est bon pour ce pays : vous attaquer à la corruption et restaurer la confiance des gens en ce pays.

Surtout, nous espérons que vous allez vous débarrasser de tous ces ministres qui sont impliqués dans des affaires de corruption, ainsi que ceux qui sont incompétents. Et nommer rapidement un procureur de la République qui fera son travail. »

Comme un symbole, la police a annoncé jeudi 15 février avoir lancé un mandat d'arrêt contre l'un des frères de la sulfureuse et jusque-là intouchable famille Gupta, Ajay, recherché dans le cadre d'une des nombreuses affaires dites de « capture de l'Etat ».

La fratrie Gupta est accusée d'avoir mis en place, avec la complicité de l'ancien président et de ses proches, un système de pillage des ressources publiques. Leur luxueuse propriété de Johannesburg a été perquisitionnée mercredi et huit personnes inculpées, a annoncé la police.

Restaurer la confiance pour relancer l'économie

Pour l'économiste Daniel Binedell, le nouveau chef de l'Etat « a déjà commencé à faire bouger les choses ». « Il a par exemple changé la direction de la compagnie nationale d'électricité et ses anciens dirigeants sont poursuivis pour détournements de fonds.

Il a donc le bon profil pour faire tout cela. Mais il va devoir s'entourer des bonnes personnes, qui ont le respect des gens. »

Au-delà du chantier de la corruption, c'est toute l'économie sud-africaine qu'il s'agit de remettre en branle, afin qu'elle soit plus inclusive, concernant la jeunesse notamment.

Pour cela, reprend l'économiste, Cyril Ramaphosa « doit - et il a déjà commencé à le faire depuis qu'il a été élu à la tête du parti - instaurer la confiance, donner le sentiment qu'il va y avoir du changement.

Il va devoir convaincre que ce qui a été fait ces dix dernières années, certaines décisions vont être annulées, voir même inversées.

Ça va être des décisions difficiles, car la croissance doit être relancée, et pour cela, il faut restaurer la confiance des investisseurs. Ce sera le défi de ses cent premiers jours : faire passer ce message que nous sommes en train de changer. »

L'ANC, un parti plus solide et fonctionnel qu'on ne le croit

Pour le chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), Victor Magnani, le feuilleton politique des derniers jours en Afrique du Sud a révélé la capacité du parti, et plus largement des insitutions sud-africaines, à fonctionner comme des « garde-fous » pour aboutir finalement au départ du président de la République.

« L'ANC a fait preuve d'une capacité à faire fonctionner les institutions et à faire régner la discipline en son sein. C'est une chose assez positive, qui démontre aussi que l'ANC n'est pas un bloc monolithique mais qu'il y a des courants différents, qu'il y a des discussions, il n'y a pas une imposition par le haut d'une ligne politique.

On peut d'autre part indiquer que la menace d'une motion de censure au sein du Parlement a sans doute eu une influence importante dans la démission de Jacob Zuma, donc c'est aussi le signe qu'au-delà du parti, les institutions sud-africaines sont capables de prendre le relais pour imposer à un président de se retirer.

Et la justice sud-africaine fait aussi partie des garde-fous qui fonctionnent, indépendante et qui a fait preuve de sa capacité à mener des enquêtes impliquant les plus hautes personnalités de l'Etat. »

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