17 Février 2018

Rwanda: Laura Flessel au Rwanda - Comment Paris veut se rapprocher de Kigali

Laura Flessel, la ministre française des Sports, est depuis jeudi à Kigali. Une première depuis 2010. Jamais depuis cette date un officiel français en fonction s'était rendu sur place. Car les relations entre les deux pays sont brouillés depuis le génocide de 1994. Cette visite, qui ne passe pas inaperçue, marque-t-elle le début d'un réchauffement des relations entre les deux capitales ? C'est ce que semble vouloir l'Elysée.

Un jeu de balle. Deux équipes s'affrontent et doivent marquer des buts. Certains enfants sont pénalisés. On leur bande un oeil. Certains ne doivent utiliser qu'un bras. Mais le groupe doit continuer à jouer en équipe. La partie est animée par Play International, sous le regard de la ministre des Sports française.

Car, en plus d'une réunion formelle diplomatique avec son homologue rwandaise Julienne Uwacu, Laura Flessel a mené différentes activités et a notamment été visiter l'école francophone Antoine-de-Saint-Exupéry. Là-bas, elle a rencontré l'équipe pédagogique et parlé francophonie et sport à l'école. L'organisation Play International a aussi initié les enfants à leurs activités, à travers leur « playdagogie ».

« Play international a développé des méthodologies d'éducation par le sport qui fonctionne dans des pays très différents, en Afghanistan, en Haïti, explique David Blough, son directeur exécutif. On travaille au Burundi qui n'est pas si loin que ça du Rwanda. Au Burundi, on travaille beaucoup sur la rescolarisation et le maintien à l'école des enfants. L'idée est d'utiliser le sport pour faire comprendre aux enfants et à leurs familles, qu'il est important d'aller à l'école et de rester à l'école. »

La partie finie, les enfants sont invités à s'asseoir et à échanger. Ce programme est subventionné par le ministère des Sports français. Laura Flessel explique l'intérêt d'une telle pédagogie à travers le sport : « L'objectif, c'était de leur montrer qu'on était tous différents, mais qu'on pouvait porter cette différence. Et cette différence ne devait pas altérer la réussite du groupe. Et ils ont parlé. Ils ont parlé du respect de l'autre. Comment respecter l'autre, comment l'amener dans un groupe, comment fédérer une énergie positive pour continuer à avancer. C'est cela le but. »

Play international est présent en France, mais aussi en Haïti, en Afghanistan et au Burundi. L'organisation espère pouvoir venir mener prochainement des activités au Rwanda.

Deux réformes de Kagamé qui intéressent la France

La visite d'une ministre sur place ces jours-ci, une rencontre en tête-à-tête avec Paul Kagamé en septembre dernier à l'ONU... Depuis quelques mois, Emmanuel Macron multiplie les signaux d'ouverture à l'égard de Kigali. Clairement, l'Elysée entend se rapprocher du Rwanda, alors que les deux pays sont brouillés depuis le génocide de 1994.

Mais le chemin sera long car l'actualité judiciaire tend régulièrement les relations entre les deux pays. Exemple récent : la convocation par les juges français du ministre de la Défense rwandais James Kabarébé dans le dossier Habyarimana. Une convocation à laquelle le ministre a refusé de se rendre au mois de décembre.

« Le facteur judiciaire n'est pas entre nos mains », explique-t-on à l'Elysée. « il n'y a pas pour l'instant de normalisation des relations, mais l'idée de travailler à des intérêts communs dans le cadre de la présidence de l'Union africaine ».

Paris compte donc s'appuyer sur sa fonction de président de l'UA de Paul Kagamé pour établir de nouvelles relations. « Il pousse deux réformes qui nous intéressent », détaille-t-on au Quai d'Orsay : « celle du financement des opérations de maintien de la paix avec un nouveau modèle et une participation accrue des Etats africains ; et celle d'une réforme de l'UA ». « S'il aboutit, ajoute-t-on au ministère des Affaires étrangères, il nous aidera à avoir un vrai partenariat ».

Au ministère, on se veut optimiste : « Paul Kagamé a acquis une autorité morale pour faire bouger les choses », estime-t-on. Une petite phrase qui démontre que la France considère désormais le président rwandais comme un acteur incontournable sur le continent.

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