17 Février 2018

Ile Maurice: Pour le Mauricianisme - Ces lobbies sectaires qui veulent diriger Maurice

interview

Un regroupement de lobbies sectaires a réclamé le boycott de «l'express» jeudi, en représailles à un article publié mercredi. À la veille du 50e anniversaire de l'Indépendance, il est temps pour les politiciens ne plus accorder d'importance à ces groupes qui fragmentent la société mauricienne, tout en servant leurs intérêts personnels.

Les revendications aux gouvernements

Que ce soit sous sir Anerood Jugnauth, Paul Bérenger ou Navin Ramgoolam, les lobbies ont toujours fait des revendications sectaires. Quelques exemples.

La Muslim Personal Law

15 octobre 2003. Deux semaines après son accession au poste de Premier ministre, Paul Bérenger est l'invité d'honneur du Muslim Reception Committee au Taher Bagh, à Port-Louis. Un des dirigeants de cette association en profite pour évoquer l'introduction de la Muslim Personal Law avec le chef du gouvernement. Ce n'est pas la première fois que cette revendication est faite. Plusieurs autres associations l'ont déjà réclamée à d'autres chefs de gouvernement et des élus.

Quota de 35 % de créoles dans la fonction publique

La demande avait été formulée au gouvernement de Navin Ramgoolam. La défunte Fédération créole mauricien, fondée en 2007 par le père Jocelyn Grégoire, avait réclamé que 35 % de postes dans la fonction publique soit réservés à des fonctionnaires créoles.

Les «démons» de SAJ en 1995

Des «diaboliques», des «forces obscures» et des «démons». Voilà comment sir Anerood Jugnauth, Premier ministre d'alors, avait qualifié ceux qui étaient contre la comptabilisation des langues orientales, le 1er novembre 1995. Ce jour-là, il revenait d'une mission à l'étranger et a été accueilli par des partisans et des lobbies sectaires, mobilisés par le mouvement Arya Sabha. Finalement, le Premier ministre a décidé de dissoudre le Parlement pour des élections qu'il perdra.

Les lobbies contre les billets de banque

En 1998, les nouveaux billets de banque ne sont pas au goût de tout le monde. Le Mauritius Tamil Council, la Fédération des temples tamouls et l'Union tamoule de l'île Maurice contestent que le libellé en tamoul est passé en deuxième position après l'hindi sur les nouveaux billets. Le ministre de l'Éducation d'alors, Kadress Pillay, menace même de démissionner, rapporte l'express, dans son édition du 9 novembre. Après des manifestations, la banque de Maurice reviendra sur sa décision.

La Voice of Hindu

La Voice of Hindu (VoH) s'est aussi mêlée de la politique. Alors même que le Premier ministre d'alors, Navin Ragoolam, s'est rapproché de Paul Bérenger en 2014, cette association a exigé que le pouvoir demeure entre les mains de Navin Ramgoolam. Un peu plus tôt en 2007, tandis que beaucoup de Mauriciens se convertissent à d'autres religions, Navin Unnoop accorde un entretien à 5-Plus. Il exige une loi anti-conversion alors que la Constitution autorise chaque citoyen à pratiquer la religion qu'il souhaite. Lors d'une autre conférence de presse, il avait dit : «Il faut passer une loi forcée.» Dans une déclaration à l'express, hier, Navin Ramgoolam affirme avoir pris ses distances de la VoH.

Quand le sectarisme fricote avec la politique

Il n'a pas la langue dans sa poche. Rajeshnarain Gutteea (photo), fonctionnaire, syndicaliste, travailleur social et qui a été tout récemment membre de la Mauritius Arya Ravived Pracharini Sabha (MARPS), ne passe pas par quatre chemins pour dire que la majorité des lobbies sectaires sont devenus des lèchebottes des politiciens.

«Ils sont à la merci des politiciens et adoptent cette politique de 'je te gratte le dos, tu grattes le mien'. Ils cherchent toujours des faveurs, soit pour un job, un terrain à des fins personnelles ou une nomination dans une institution publique», s'insurge-t-il. Pour avoir réclamé une enquête de la commission anticorruption et du Central Criminal Investigation Department sur les détails des dépenses concernant les subventions obtenues par la MARPS, il a été expulsé de cette association.

«Il n'y aucune transparence sur ces subventions du gouvernement. C'est l'argent du contribuable et le gouvernement doit savoir comment cet argent est dépensé. Malheureusement, ces sociétés sont accaparées par des politiciens. Personne n'a le courage de réclamer des explications sur leurs dépenses», tonne Rajeshnarain Gutteea.

Il s'oppose aussi à ce que les politiciens prennent la parole lors des fêtes religieuses. «Tout le monde, même un politicien, a le droit d'être membre d'une association, Mais il ne faut pas mélanger politique et religion.» Rajeshnarain Gutteea, qui s'affiche souvent sur sa page Facebook, demande que le gouvernement arrête de décorer et d'honorer des membres de lobbies sectaires. «Qu'on décore des personnes de la trempe de Paul Lam Shang Leen ou de Jack Bizlall !»

En mode électoral

Ces groupes de pression semblent être perpétuellement en campagne électorale. Ils ratent rarement l'occasion de s'afficher lors de réunions politiques. Il arrive même que ces organisations tiennent des réunions politiques. Nous avons encore en mémoire celle organisée en novembre 2014 par le Human Service Trust (HST), en présence de Navin Ramgoolam et de Paul Bérenger. Les dirigeants du HST avaient demandé aux quelque 2 000 personnes présentes, lors d'un dîner, de voter en faveur de l'alliance PTr-MMM. Le président du HST, Premchand Bhoojawon, ne nie pas le mot d'ordre donné mais il précise que son organisation, créée par le Swami Krishnanand, veut «marcher avec le gouvernement du jour». Il explique que des politiciens de tout bord viennent au siège du HST, à Calebasses. «Nous gérons un hospice et nous faisons toujours un appel au gouvernement pour nous aider.»

Volte-face et consigne de vote

Suresh Ramburn, quand il était à la tête de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF), roulait toujours en faveur du MSM, plus particulièrement pour sir Anerood Jugnauth (SAJ). Cet habitant de Rivière-du-Rempart menait campagne sur le terrain, au n°7 (Piton-Rivièredu- Rempart). Virendra Ramdhun, de la Hindu House, a souvent tourné casaque. Il répète que c'est sir Seewoosagur Ramgoolam qui a accordé le terrain situé à Cassis à sa société. Mais il rend toujours hommage à SAJ pour avoir rendu possible la construction du bâtiment. Il s'affichait ouvertement avec Paul Bérenger quand celui-ci était Premier ministre, entre 2003 et 2005. Par la suite, il était souvent à côté de Navin Ramgoolam, entre 2005 et 2014. À quatre jours des élections générales de décembre 2014, Virendra Ramdhun, jusque-là proche de Navin Ramgoolam, est présent à une réunion du MSM, à Triolet. Il est hué par ceux présents mais lady Sarojini Jugnauth vient à sa rescousse. Le 15 décembre dernier, il donne l'accolade à Navin Ramgoolam lors d'une cérémonie à Sébastopol mais le lundi 12 février, il fait les éloges de Pravind Jugnauth à Grand-Bassin.

Somduth Dulthumun, ancien president de la MSDTF, avait, en décembre 2014, demandé à l'électorat de voter pour des candidats du PTr et du MSM et de boycotter ceux du MMM. Quant à la Voice of Hindu, l'organisation avait mené campagne pour l'alliance PTr-MMM, mais avec une certaine nuance cependant : elle voulait que Navin Ramgoolam soit Premier ministre avec les pleins pouvoirs (et non président).

Jocelyn Chan Low: «C'est quand il y a des bagarres qu'on reparle du Centre culturel mauricien»

De 2003 à 2005, vous avez été consécutivement le directeur puis le président du Centre culturel mauricien (CCM). Rappelez-nous pourquoi le gouvernement d'alors avait mis sur pied ce centre.

Après avoir créé les divers lobbies sectaires, il fallait compléter la série en mettant sur pied un CCM. Ce qui a été fait par le gouvernement MSM-MMM en 2003. Ce centre avait pour mission de promouvoir l'identité mauricienne et l'interculturalité.

Pensez-vous que ce centre a réussi dans sa mission ?

Parmi nos activités, nous avons organisé Tambour en liberté, qui était un spectacle de toutes les percussions existantes à Maurice. Pour la Journée de la musique, nous avons mis sur pied un village interculturel. Chaque lobby sectaire était invité à présenter ses instruments de musique traditionnels et le public pouvait s'y familiariser. Souvent, on présente l'engagisme et l'esclavage séparément. On a voulu unifier la mémoire du travail en organisant une exposition conjointe.

À un moment, nous avions même réuni les différents membres des lobbies sectaires pour réfléchir à comment essayer de décloisonner la culture. Nous avons essayé de faire en sorte que le Centre Nelson Mandela et l'Institut Mahatma Gandhi (MGI) travaillent ensemble. On avait l'idée d'une généalogie commune et non séparée comme c'est le cas au Centre Nelson Mandela pour les créoles et au MGI pour les hindous. Et quand nous avions des cérémonies, il n'y avait pas de discours de ministres et pas de discours de religieux non plus.

Y a-t-il des choses que vous regrettez de n'avoir pu mettre sur pied ?

Nous avions pour projet de travailler avec le Centre Nelson Mandela pour changer la perception de la Journée de la langue créole. On ne voulait pas que ce soit associé à une communauté. Le créole est une langue mauricienne, mais nous n'avons pas pu aller de l'avant. Je regrette aussi la Grafi Larmoni. On voulait que ce soit le Centre qui fasse ce Grafi Larmoni de la langue créole. Nous avions lancé un concours de poésie sur le créole en Grafi Larmoni. On n'a pas pu terminer le projet parce que les élections générales sont arrivées et j'ai démissionné.

Quelle place ces centres culturels accordent-ils à la culture ?

On a fait ces centres pour des raisons politiques, pas pour des raisons culturelles. Ce n'est pas possible cette manière de faire de la culture à Maurice. Il doit y avoir une quinzaine de centres mais chacun a un petit budget. Ce qui se passe, c'est qu'ils utilisent la plupart de leur budget à chercher un local, à trouver une administration. Ce qui reste finalement pour faire des activités pour la promotion de la culture, c'est 25 % du budget, ce qui n'est pas grand-chose. Or, avec une seule structure qui regrouperait toutes ces associations, l'argent aurait été mieux géré. On pourrait se demander pourquoi ce n'est pas au ministère de la Culture de gérer cela, mais le ministère a un problème. Il est tellement pris par l'administration. Le ministère passe son temps à gérer des fêtes nationales. Le CCM doit être un centre de recherche.

L'interculturalité est dans le discours de ces centres ; mais dans l'organisation, c'est davantage politique. On croit que la nation va se créer, mais l'interculturalité ne se décrète pas. On ne peut pas dire aux gens de se décloisonner mais on peut créer des conditions pour se décloisonner. Avec l'inactivité du Centre, on a retiré la pierre angulaire du système.

Qu'est-il arrivé au Centre après votre démission ?

Le Centre est devenu inactif et cela pour des raisons bassement politiques. Sur le papier, le Centre existe toujours, mais les employés ont été redirigés vers les ministères. Le Centre est cité dans le Budget. Même pour le Pay Research Bureau, le CCM existe toujours. Sauf que le Premier ministre n'a pas nommé de directeur ni de conseil d'administration. C'est important de le remettre sur pied, surtout après 50 ans d'Indépendance. Vous savez à quel moment on reparle de remettre sur les rails le CCM ? C'est quand il y a des bagarres. Je me demande pourquoi ce gouvernement ne remet pas ce projet-là en avant.

Derrière la création des groupes de pression

Tout le monde peut-il créer un groupe de pression ? Oui, estime Jean Yves Violette, ex-membre de la Fédération des créoles mauriciens, car la Constitution le permet. Somduth Dulthumun, ancien président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) abonde dans le même sens. Il précise toutefois que cela «dépend des objectifs de celle-ci».

Jean-Yves Violette explique que beaucoup se disent groupes de pression sans pour autant être enregistrés auprès du bureau du Registrar of Companies. Comments'y prendre pour créer un tel groupe ? Selon Somduth Dulthumun, il faut au moins une dizaine de personnes comme membres. Une autre source de la MSDTF explique d'ailleurs qu'il faut 25 à 30 membres à vie ainsi que de simples membres. Le nombre d'adhérents dans la seconde catégorie est illimité et ces derniers payent une quotité pour renouveler leur adhésion. Ceux de la première catégorie en sont exemptés.

Notre interlocuteur indique que la demande d'inscription se fait auprès du Registrar of Companies par le président, le secrétaire et le trésorier. Cette instance se charge d'approuver les règlements de l'association. «Li kapav pran 3 a 6 mwa.» D'ajouter que chaque année, l'association organise une assemblée générale.

All Muslim Congress : Une opinion politique qui vacille

En 2014, pendant la campagne électorale, l'All Muslim Congress soutenait ouvertement l'alliance PTr-MMM. Banderoles (photo), messages, tout était mis en place dans ce but. Il faut dire que sur papier, cette alliance était imbattable, les deux leaders annonçant même un 60-0.

Revirement de situation après la raclée électorale de l'alliance rouge-mauve. L'association a apporté tout son soutien à Showkutally Soodhun, président du MSM, et à son équipe gouvernementale. D'ailleurs, en juin 2016, le président de l'All Muslim Congress, Reshad Hosany, a déclaré qu'il fallait mettre de côté les critiques négatives reçues sur Showkutally Soodhun et voir les bonnes choses qu'il a faites pour les musulmans. Par contre, il s'est montré très critique envers Reza Uteem sur le sujet épineux du transport des pèlerins par Emirates Airline pour le hadj.

Qu'est-ce qui explique ce retournement de veste ? «C'est la meilleure équipe que nous avons eue. Ils travaillent pour la communauté musulmane. Nous avons eu un rabais sur le prix du ticket pour le Hadj. Nous avons aussi une liaison avec la Saudi Airlines. Que du positif», se réjouit le président de l'All Muslim Congress à l'égard du gouvernement. Pourtant, il soutenait son adversaire.

Il a tenu à préciser : «Nou pa bann roder bout. De toutes les manières, nous n'avons rien à gagner des politiciens. Nous ne leur demandons pas d'argent. Ce sont nos membres qui contribuent à l'association.»

Nominations à foison

Une nomination par-ci, un terrain par-là. Des proches des lobbies sectaires en ont bien profité... Que ce soit sous l'actuel gouvernement ou sous le régime de Navin Ramgoolam.

Candidat battu aux dernières élections, Menon Murday (photo), qui était le président de la Mauritius Tamil Temples Federation, avait été pressenti pour être le vice-président de la République. Cependant, sir Anerood Jugnauth était contre. Finalement, il a été nommé président de la Non-Financial Holding Company à la State Bank of Mauritius.

Pour sa part, Edley Chimon, qui était membre de la Fédération des créoles mauriciens, avait été choisi pour être le président du Morne HeritageTrust Fund. Tandis que Balraj Naroo, le président de la Mauritius Marathi Mandali Federation, avait été nommé président du Central Electricity Board par Navin Ramgoolam.

Un autre proche de l'ancien Premier ministre, le pandit Suryadeo Sungkur, président du Dharmic Parishad, avait eu un lopin de terre sur la plage de Trou-aux-Biches afin d'ouvrir un restaurant. Il existe d'autres exemples.

La laïcité à la française

Alors que les lobbies sectaires peuvent peser lourd sur l'échiquier politique à Maurice, dans certains pays, la notion même de groupe sectaire n'existe pas. La France, par exemple, prône une laïcité dans toutes les sphères de la vie publique. Contacté, le directeur d'un groupe de presse français avance que les groupes sectaires tels qu'on les connaît à Maurice n'existent ni dans la société ni devant la loi. «Il y a bien des représentants de cultes pour chacune des grandes religions comme le grand Rabin, l'Imam ou celui de l'Église catholique», indique-t-il, mais ces derniers n'ont aucun pouvoir d'influence vis-à-vis de la politique. Ils ne perçoivent pas non plus de subventions directes de l'État comme c'est le cas à Maurice. En revanche, ceux qui tentent de faire pression sur la politique dans l'Hexagone sont surtout des groupes d'influence issus du secteur privé, explique notre interlocuteur. Mais là encore, le lobbying se fait surtout dans la sphère privée, pas lors de conférences de presse ou sur la place publique...

Des politiciens sur une plateforme religieuse

Elles donnent l'impression de ne pas savoir sur quel pied danser. Et pourtant, à plusieurs reprises, ces associations prennent position. On se souvient que sir Anerood Jugnauth avait décidé qu'aucun de ses ministres du gouvernement Lepep ne prendrait la parole lors des réunions religieuses. Or, ils n'ont pas tardé à faire fi de ses recommandations et ont commencé à faire entendre leur voix lors des différentes réunions et assemblées religieuses.

En 2009, lors des célébrations de la fête de Divali, la Hindu House avait donné l'occasion aux politiciens de faire passer des messages. Tour à tour, Navin Ramgoolam, Premier ministre à l'époque, Paul Bérenger, alors leader de l'opposition, et Pravind Jugnauth, leader du Mouvement socialiste militant, se sont adressés à l'assistance. Glissant subtilement un petit message politique. Chose qui n'a pas changé, jusqu'à présent.

La philosophie de l'Arya Samaj

Le mouvement Arya Samaj, créé à Maurice dans les années 40, est calqué sur celui de l'Inde, né au début du XIXe siècle. Ce mouvement a été considéré comme étant une société réformatrice. Ainsi, à Maurice, Manilall Doctor et, par la suite, les frères Bissoondoyal, ont beaucoup oeuvré pour permettre aux Indo-Mauriciens de pouvoir ne serait-ce que signer leur nom, synonyme de la possibilité de voter à une élection. L'historien Satyendra Peerthum souligne le rôle joué par l'Arya Samaj dans l'éducation de nombreux Indo-Mauriciens, avec les baïtkas (des écoles créées surtout en zone rurale, pour dispenser des cours en hindi). Ont été créés par la suite de nombreux groupes de pression, qui ont malheureusement dévié du principe de l'Arya Samaj. Après l'Indépendance, ces organisations ont poussé comme des champignons. D'abord pour obtenir des subventions de l'État et ensuite pour effectuer des lobbies auprès du gouvernement du jour, pour obtenir des faveurs.

Comment attirer les membres

Les lobbies sectaires contactés sont unanimes à dire qu'ils luttent pour l'avancement du groupe qu'ils représentent. À la question de savoir comment ils font pour attirer les membres, on nous répond : «À la Fédération des créoles mauriciens, nous faisions des conférences autour des thèmes et ceux qui étaient intéressés venaient y assister», nous explique Jean-Yves Violette, président de l'ONG Union pour le Progrès, ancien membre de la Fédération des créoles mauriciens. «Étant donné que le président de l'association était le père Grégoire, il faisait un tour de chants après les réunions. Ses chansons cadraient avec les thèmes.»

Du côté de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation, l'ancien président Somduth Dulthumun soutient : «Nous n'avons jamais fait de concerts ou de spectacles avec la subvention que le gouvernement nous attribuait. Cette somme est dédiée aux cultes religieux.» Toutefois, il indique qu'il a déjà bénéficié de parrainage de compagnies privées pour organiser des soirées culturelles, notamment dans le cadre de Divali, Holi ou l'anniversaire de la société.

«Ces soirées étaient gratuites pour toutes les personnes qui souhaitaient y participer. La somme que nous avions de nos sponsors servait surtout à payer les artistes», fait-il valoir. Il souligne toutefois qu'il n'a jamais offert d'autobus gratuit pour le déplacement du public.

Reshad Hossany, quant à lui, précise tout de go que l'All Muslim Congress n'est pas une association religieuse et qu'il ne reçoit aucune subvention de l'État. «Nous sommes une organisation et nous faisons essentiellement des travaux volontaires pour la communauté telle l'organisation de Eid Party. Nous aidons également les défavorisés.»

Le président de l'All Muslim Congress ajoute que «pour attirer les membres de la communauté nous faisons des réunions un peu partout à travers l'île, nous prenons des doléances pour leur venir en aide». Il fait ressortir que l'association fait aussi «la charité» aux plus démunis. «En novembre, nous avons fêté l'anniversaire du centre ; nous avons invité 350 personnes à déjeuner. Les ministres et députés étaient aussi invités.»

Subventions gouvernementales

L'attribution des subventions de l'État aux religions et à la culture figure dans le Budget courant sous le libellé «Recreation, Culture and Religion». Par exemple, pour l'exercice 2017-18, une dotation de Rs 261 millions a été prévue pour financer les activités associées aux services culturels. Au chapitre des services religieux et communautaires, pour la même période, la dotation provisoire allouée est de Rs 81 millions. Les subventions destinées à la culture et à la religion sont présentées sous la rubrique «Entertainment, Culture and Religion». La dotation budgétaire pour la même période est de Rs 115 millions.

Comment définir ces organisations ?

Jusqu'en 1968, seules les Églises catholique et protestante bénéficiaient des subventions de l'État. Une fois l'Indépendance acquise, le gouvernement a encouragé la création de ces lobbies pour qu'ils puissent également bénéficier des subventions. Ainsi, selon le journaliste Subash Gobine, il y a eu la création de plusieurs de ces groupes de pression. Les plus connus étaient la Hindu Maha Sabha et la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation. C'était une guerre pour obtenir des subventions. Plus tard, id'autres organisations oeuvrant au niveau social et culturel ont vu le jour. Mais, explique notre interlocuteur, seules les organisations qui gèrent les temples, les églises, les mosquées et autres kovils peuvent bénéficier de ces subventions.

La lutte de la fédération des créoles mauriciens

L'on se souvient de la déclaration de Jocelyn Grégoire (photo à g.) à la veille des élections générales de 2010. Lors d'une réunion rassemblant ses partisans, le fondateur de l'ex-Fédération des créoles mauriciens leur a demandé de voter avec le coeur. C'était une suggestion de vote à peine dissimulée sachant que Paul Bérenger, le leader du MMM ayant comme symbole un coeur, était candidat au poste de Premier ministre.

Cette fédération regroupait les différentes associations créoles de Maurice. Dans son manifeste, la fédération voulait veiller à ce que les droits des créoles à Maurice soient reconnus et acceptés. Elle voulait que les créoles trouvent leur place dans diverses sphères de la société. Finalement, quelques-uns de ses dirigeants, comme Edley Chimon (photo à dr.), ont fini par faire de la politique au sein du Parti travailliste.

Chand Luximon, un ancien enseignant: «Ces groupes de pression vivent dans leur bulle»

C'est donc vous l'auteur de l'article de «l'express» qui a déclenché un tollé parmi les lobbis sectaires, le fameux C. L. ?

J'aurais bien aimé être l'auteur de cet article. Il faut du courage pour dire cette vérité sur la célébration de Maha Shivaratree. Je ne suis pas toujours d'accord avec les articles de votre journal, mais je respecte votre liberté à nous informer. C'est dans le débat qu'un pays peut avancer, pas dans l'hypocrisie et la propagande.

La présence du cannabis dans la célébration n'est donc pas un mythe ?

C'est entièrement vrai. Je ne généralise pas car j'ai fait le pèlerinage plusieurs fois dans ma vie. La majorité des pèlerins ne fume pas du gandia. Mais compte tenu du nombre de personnes qui converge vers Grand-Bassin, même une minorité peut faire beaucoup.

Quid de la réaction des groupes de pression ?

Ces organisations me dégoûtent. Elles ne représentent qu'une infime fraction de la communauté hindoue à Maurice. Je donne rendez-vous aux préposés de la Voice of Hindu, de la Hindu House ou encore du Human Service Trust pour la célébration de Holi. Je leur montrerai la prévalence du bhang en ce jour de célébration. En même temps, je ne suis pas surpris de leurs réactions. Ces organisations vivent dans leur propre bulle et ne connaissent rien de la réalité du terrain.

Alors, pas de boycott de l'express chez les Luximon ?

Pas du tout. Un journaliste ne doit sa loyauté qu'à la vérité et non pas aux paroles de quelques personnes mégalomanes qui prétendent parler pour tout un peuple. J'irai acheter mon journal demain matin (NdlR, aujourd'hui), comme tous les jours.

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