18 Février 2018

Guinée Bissau: Manif contre la CEDEAO - Qu'aurait été ce pays sans cette organisation ?

Photo: Le Pays
Des soldats de l'ECOMIB
analyse

LA CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), on le sait, surveille de près le processus de sortie de crise politique en Guinée-Bissau comme du lait sur le feu.

Les éléments perturbateurs sont notamment marqués à la culotte. Ainsi, après l'ultimatum lancé en marge du sommet de l'Union africaine (UA), l'institution ouest-africaine a choisi de jouer la fermeté en sanctionnant vingt personnalités politiques et du milieu des affaires. On retrouve, notamment, sur la liste noire de la CEDEAO, le nom d'Emerson Goudiaby Vaz, fils du président José Mario Vaz. Il faut rappeler que les sanctions qui sont infligées aux éléments perturbateurs, portent sur la suspension de leur participation aux activités de la communauté, l'interdiction de voyager et la dénégation de visas à leur encontre et à des membres de leurs familles, ainsi que le gel de leurs avoirs financiers, partout où ils se trouvent.

La CEDEAO a bien fait de bander les muscles

Cette batterie de sanctions a produit « l'effet d'un piment tombé dans l'œil d'un chien », pour reprendre l'adage ouest- africain, chez les partisans du président José Mario Vaz. En effet, hier 18 février, ces derniers, visiblement irrités contre la CEDEAO, ont battu le pavé pour signifier à cette institution tout leur ressentiment. Les écorchés vifs reprochent notamment à l'institution ouest-africaine de s'ingérer dans les affaires de leur pays et de rouler pour la chapelle de l'ancien Premier ministre, Domingos Simôes Pereira, chef du PAIGC (Parti africain de l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert).

Il faut rappeler que c'est la destitution de ce dernier, contre les textes du parti au pouvoir, par le président Vaz, qui a mis le feu aux poudres en Guinée-Bissau et qui avait valu à la CEDEAO de monter au créneau pour éteindre au plus vite l'incendie, avant qu'il se transforme en un immense brasier dont les effets seraient de nature apocalyptique pour la Guinée-Bissau.

La CEDEAO a bien fait de bander les muscles contre tous ceux qui ont choisi, en toute conscience, d'inscrire en permanence le pays à l'article de la mort. L'on doit, de ce fait, rendre hommage à cette institution. D'ailleurs, l'on peut se poser la question de savoir ce qu'aurait été la Guinée-Bissau sans l'implication active de la CEDEAO, dans l'effort de normalisation du pays. Dans le meilleur des cas, on aurait assisté à un énième putsch assorti de l'assassinat du président et des ministres. Dans le pire des cas, l'on aurait assisté à une déflagration généralisée, avec un risque de génocide. Ces deux hypothèses sont d'autant plus vraisemblables qu'il existe, en Guinée-Bissau, une connexion légendaire entre les hommes politiques et les milieux de narcotrafic.

En tout cas, il n'est pas exagéré de dire que chaque homme politique a pratiquement un parrain dans ce milieu fétide où le maître-mot est de se faire de l'argent et cela, quel qu'en soit le moyen. Encore une fois de plus, l'on peut applaudir à tout rompre la CEDEAO. Il faut même souhaiter qu'elle envisage la possibilité de monter en puissance dans les sanctions prises contre tous ceux qui caressent le secret espoir de faire de la Guinée-Bissau, un pays de non-droit devant l'Eternel, pour mieux faire prospérer leurs affaires louches.

Vaz doit se rappeler que c'est son parti qui l'a fait roi

La CEDEAO ne doit donc pas se laisser intimider par des manifestations comme celle qui a eu lieu hier. Car, tout indique que ses organisateurs perçoivent la CEDEAO comme un empêcheur de tourner en rond et donc, comme un ennemi à abattre. Et au nombre de ces fossoyeurs de la Guinée-Bissau, l'on peut se risquer à citer le président José Mario Vaz himself. L'on peut d'autant plus le citer que ce sont ses proches qui, aujourd'hui, sont vent debout contre la CEDEAO qu'ils accusent de tous les péchés d'Israël. Pourtant, l'on peut affirmer qu'ils se trompent d'ennemi. S'ils s'étaient livrés à un vrai exercice d'introspection, ils se seraient rendu compte que les vrais ennemis de la Guinée-Bissau, ce sont ses fils et ses filles.

De manière spécifique, ce sont ses hommes politiques, son armée et tous ceux dont la prospérité tire ses origines dans le trafic des stupéfiants et de la drogue. C'est pourquoi celui qui semble être le méga-problème aujourd'hui dans ce pays à problèmes qu'est la Guinée-Bissau, le président José Mario Vaz, doit, dans un sursaut patriotique ultime, accepter de se plier aux textes de son parti, le PAIGC. Il doit avant tout se rappeler que c'est ce parti qui l'a fait roi.

De ce point de vue, l'on peut avoir du mal à s'expliquer pourquoi il se fait aujourd'hui le plaisir de le défier au point de mettre le processus de sortie de crise politique en Guinée-Bissau en péril. Ce comportement d'homme fort au détriment des institutions, a fait beaucoup de mal à l'Afrique. Il faut absolument y mettre un terme, si l'on veut arrimer l'Afrique à la paix, à la démocratie et au développement. Aujourd'hui plus que jamais, la Guinée-Bissau ne peut s'accommoder d'un homme fort. Elle a impérativement besoin d'hommes politiques capables de se sublimer pour l'intérêt général. Cette qualité, visiblement, manque au président José Maris Vaz. Et en cela, il ne constitue pas une exception dans ce pays.

En effet, depuis que la Guinée-Bissau a accédé à l'indépendance en 1974, elle est coutumière de présidents qui ont toujours manqué de vision pour le pays. Et le PAIGC, sous la houlette duquel elle a obtenu sa liberté, a trahi les idéaux de son fondateur Amilcar Cabral, pour se muer en parti de « merde ». Depuis lors, le peuple de ce pays est malmené par des hommes politiques en panne d'idées, au point que l'on peut se demander si la Guinée-Bissau n'a pas été maudite par les dieux.

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