19 Février 2018

Nigeria: Le conflit entre éleveurs et agriculteurs s'enlise

Au Nigeria, dans l'Etat de Benue (centre), considéré comme le « grenier » du pays, les conflits entre éleveurs Fulani et agriculteurs Tiv sont récurrents. Les violences intercommunautaires se sont exacerbées ces derniers mois, avec l'adoption dans cet Etat d'une loi interdisant la transhumance.

Plus de 100 personnes ont été tuées depuis le début de l'année selon le service nigérian de gestion des urgences (Sema). A Makurdi, capitale de cet Etat, chaque partie de cette crise se présente comme une victime.

Philip fait la queue pour obtenir un sac de riz. Ce matin, des humanitaires sont venus distribuer des vivres et des habits dans un centre occupé par de nombreux réfugiés. Il y a quelques semaines, Philip cultivait encore du manioc, de la patate douce et du mais dans son champ.

Mais cet agriculteur a dû tout abandonner lorsque des hommes armés ont attaqué son village : « C'était le 7 janvier. La nuit, vers 22h, des hommes sont entrés dans le village et ont tiré en l'air. Ils ont tué deux personnes.

Les gens étaient affolés et couraient dans tous les sens. Nous avons préféré fuir. Ils occupent notre village. Si vous allez là-bas, vous les verrez avec leurs vaches ». Comme tant d'autres, Philip s'est enfui avec sa famille, sans avoir le temps de plier bagage. Pas question de retourner dans son village, où dit-il, « des milices et des éleveurs dictent leur loi ».

Même récit de violence, raconté cette fois-ci par des éleveurs. Ces personnes s'estiment lésées. A l'image d'Abdallah, qui déplore la perte d'une partie de son bétail, attaqué selon lui par des hommes armés non identifiés.

« Avant, tout se passait bien : notre bétail pouvait paître partout tranquillement. Mais les choses ont changé avec le nouveau gouverneur. Des fois, il y a des jeunes armés qui viennent et tuent nos vaches. Nous ne nous sommes jamais plaints. Nous demandons au gouvernement fédéral de venir rétablir l'ordre ».

« L'armée doit appréhender les auteurs de ces attaques »

Le gouverneur de l'Etat de Benue, Samuel Ortom, estime pour sa part que son administration fait face à des mercenaires, ce qui justifie selon lui, l'intervention de l'armée : « Depuis les funérailles des victimes des attaques du Nouvel An, les tueries se sont poursuivies.

Nous pensons qu'il s'agit de mercenaires, de terroristes, voire même de milices engagées par les éleveurs. Malheureusement, les forces de sécurité ne sont pas épargnées. Cette crise a révélé à quel point les forces de police étaient dépassées par les événements.

Le rôle des militaires ne se limite pas à apaiser les esprits ou à ramener la paix. L'armée doit appréhender les auteurs de ces attaques. Il ne s'agit pas de les chasser, mais de les arrêter pour les traduire en justice ».

Ces violences ont instauré un climat de défiance et de colère. Le tout, dans un territoire déjà animé par des politiques en campagne électorale. L'armée a donc entamé une opération militaire prévue pour six semaines afin d'apaiser les tensions.

Sabo Mohammed Awal est vendeur de bétail. Ce jeune affirme avoir été agressé par une milice. Du coup, ce leader de la communauté Fulani, salue la venue des militaires : « L'arrivée des militaires est bénéfique.

Ils vont nous aider à atténuer les tensions. J'ai moi-même survécu à une agression au village de Mboko, où 7 personnes ont été brûlées vives. Des hommes m'ont encerclé et m'ont frappé abondamment ».

L'Eglise affiche son scepticisme

Chief Edward Ujege représente les trois communautés socioculturelles Tiv et Idoma du Benue. Ce chef traditionnel reste profondément marqué par les funérailles collectives organisées pour rendre hommage aux 63 victimes de récentes attaques.

Pour ce responsable coutumier, la présence des militaires doit permettre de faire respecter la loi interdisant la transhumance.

« Nous espérons que les militaires vont défendre nos populations qui ont suffisamment souffert. Nous espérons qu'ils vont faire respecter les lois, surtout celle qui interdit le pâturage dans les champs ».

L'Eglise, qui soutient les communautés Tiv, affiche un certain scepticisme. Pour Moses Iorapuu, le directeur de la communication du diocèse de Makurdi, cette opération militaire arrive bien trop tard : « Le gouvernement fédéral a annoncé la date du début de cette opération et sa durée.

En donnant toutes ces précisions, cela a permis aux éleveurs qui ont commis ces crimes de s'organiser et de fuir ». Frustré, Moses Iorapuu dénonce un climat d'impunité : « A ce jour, regrette ce responsable religieux, les auteurs de tous ces crimes n'ont pas été interpellés ».

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