19 Février 2018

Tunisie: Pourra-t-on rattraper le temps perdu ?

Plus proches de nous, Laaroussi, Abdesselem, Ayachi, Zarga, Abdelli, Bennour, et enfin Sadok Sassi dit Attouga que nous avons eu la chance de voir travailler sous la houlette du regretté Fabio Rochegiani au terrain Stade Gaulois qui se trouvait à la hauteur de Tunis-Marine.

Lorsque nous quittions, le soir, les terrains du Parc des sports, le petit bonhomme n'était pas encore au bout de ses peines. Nous nous souvenons qu'un de ces soirs, (il faisait presque noir) Fabio avait terminé l'entraînement spécialisé qu'il réservait à un jeune qui dominait de par sa personnalité, sa carrure et sa vista. Il répondait au nom de... Sadok Sassi.

Il tourna le dos à son jeune protégé qui s'empressa de remettre en place ses os disloqués par les plongeons et les envolées dans le bac de sable, pour courir vers les vestiaires, les pas lourds, harassé de fatigue. Fabio, le rappela : «Hé, Sadok, et les ballons? Dix pompes!». Attouga s'exécuta immédiatement, ramassa les ballons et sans un mot regagna les vestiaires.

Nous vivions, à cette époque, au rythme de Cheikh Baraket (le surnom donné par les Egyptiens à Ayachi) qui les avait écœurés. Et lorsque Attouga s'installa pour un bon bout de temps dans les bois de l'équipe de Tunisie, un de nos confrères égyptiens titra «Ils ont trouvé un autre!».

C'est dire que la Tunisie a toujours sorti, et de manière régulière, de très grands gardiens de but. Il n'y a que se souvenir de la cohorte de gardiens de but de très grande valeur qui attendait une petite méforme de Attouga pour le remplacer.

L'empreinte de Attouga

L'empreinte de Sadok Sassi a beaucoup marqué certains techniciens tunisiens qui avaient compris que le gardien de but était «l'assurance vie» pour leur équipe.

Ce fut le début de la spécialisation. En Europe, ce fut le détonateur Yachine, qui incita les uns et les autres à «spécialiser» ce poste. Et depuis, nous avons vu des gardiens qui marquèrent leurs compétitions respectives.

Les Italiens passés maîtres du verrou instauré par Hélénio Héréra (le catenacio) avaient parfaitement compris que sans un gardien de très bon niveau, rien ne pouvait être conçu au niveau stratégique. Nagy avait pour devise «je commence par ne pas encaisser de but, puis le reste viendra».

Pourtant, il fut un temps où le poste de gardien de but était réservé à celui dont on voulait se débarrasser. On le rejetait à ce poste ! Les gardiens de but étaient découverts parfois par accident. Aujourd'hui, fort heureusement, la situation a bien changé.

La passion pour le poste de gardien de but commence dès le plus jeune âge. Nous avons remarqué que les jeunes gardiens ont une personnalité très affirmée et un excellent bagage technique grâce à cette spécialisation.

Le football moderne met chaque joueur sur un pied d'égalité, quel que soit le poste qu'il occupe. Des «écoles de gardiens de but», sont créées et les entraîneurs sont également spécialisés et formés en conséquence.

Les spécialistes sont en effet unanimes : le gardien de but a une place à part au sein de l'équipe, étant donné qu'il en est le dernier rempart.

C'est un joueur qui doit être irréprochable au niveau de ses réactions et de ses initiatives, surtout dans cette zone des opérations où il doit régner en maître. Il doit pouvoir jouer aussi bien des mains que des pieds. Le gardien de but puise ses qualités dans ses valeurs techniques, athlétiques et, bien sûr, mentales.

Il doit être pleinement engagé mentalement et physiquement pour surmonter l'échec, les critiques et les contre-performances.

Il doit analyser rapidement le jeu et surtout être capable d'anticiper et de prendre l'initiative. Il doit être nanti d'une forte personnalité pour diriger de la voix et du geste sa défense et la placer en fonction de la position de la balle et de ses défenseurs.

Il peut à lui seul faire gagner son équipe ou la faire perdre, selon la qualité de sa prestation. Si, dans la pratique, le gardien de but doit bénéficier d'un entraînement individuel, avec un entraîneur spécialisé dans la mesure du possible, il doit aussi participer à des entraînements avec l'ensemble de l'équipe afin de pouvoir être confronté à des situations réelles de match.

Dans le football moderne, le gardien de but joue de plus en plus en position de libéro, dernier défenseur, donc vers la fin de sa surface de réparation lorsque tout danger est écarté.

Le rôle du gardien de but a considérablement évolué, ces dernières années. Etant donné que le football actuel va de plus en plus vite, le gardien doit être bon avec ses pieds, les deux si possible, il doit savoir relancer proprement et précisément, que ce soit dans le jeu court ou long, être le premier contre-attaquant si possible.

Son rôle a surtout évolué au niveau de la technique balle au pied et de la précision dans ses relances. A titre d'exemple, le Brésilien Rogério Muckué, gardien de but, est le recordman absolu des coups de pieds arrêtés avec 132 buts inscrits au cours de sa carrière.

Le poids de la responsabilité implique que le gardien de but doit théoriquement être efficace en arrêtant toutes les balles, fin observateur en ayant une vision globale et une analyse rapide de la situation pour prendre au mieux et au plus vite les décisions qui s'imposent, un véritable meneur d'hommes sachant communiquer les consignes de l'entraîneur à ses co-équipiers, surtout au niveau de la stratégie défensive mise en place en étant rassurant et sécurisant. Tout cela exige une force mentale incontestable.

C'est dire que ce poste exige bel et bien l'intervention de spécialistes en la matière. Alan Hodgkinson ex-entraîneur des gardiens de but de l'Ecosse avait fait la déclaration suivante : «Le bon gardien commet une faute tous les six matchs, le très bon tous les neuf matchs, l'excellent tous les douze, le gardien de niveau international tous les quinze».

Cela suppose que le gardien de but, quelles que soient ses qualités commette des fautes, mais que sa force mentale espace ces erreurs d'appréciation et limite les dégâts. Les dernières rencontres des compétitions officielles tunisiennes nous ont donné une idée des capacités des uns et des autres.

L'expatriation d'un bon nombre de nos joueurs et l'annonce faite concernant ceux qui seraient appelés à renforcer l'équipe nationale ont imposé une attention plus soutenue vis-à-vis des compétitions étrangères où évoluent ces éléments. Le sélectionneur national n'a pas beaucoup de choix.

Ce problème semble lui tarauder l'esprit. Il s'est empressé de programmer un «stage pour gardiens de but». Cela donnera ce que cela donnera, mais il ne faudrait pas s'attendre à des miracles. Les gardiens qui promettaient ont été pris en charge par des équipes qui les ont recrutés juste pour en priver leurs adversaires, d'abord, pour les utiliser le moment voulu, ensuite.

Cette période sans compétition véritable a fortement influencé leur degré de préparation, car rien absolument rien, ne remplace la compétition. Ces gardiens de but auront certainement le temps d'acquérir l'assurance et l'expérience, mais ce ne sera pas possible avant un bon bout de temps.

Farouk Ben Mustapha tient la corde !

A moins d'un miracle ! Dans l'attente d'un retour en grâce de Rami Jeridi, capable de revenir à son meilleur niveau, seul Ben Mustapha semble tenir la corde avec un Mathlouthi qui souffre de par le choix qu'il avait fait, indépendamment de sa baisse de régime, constatée alors qu'il était de service dans les rangs de l'Etoile.

Au risque de se répéter, c'est encore une fois l'organisation boitillante de notre football et la navigation à vue qui le caractérise qui ont mené à cette situation.

Le football tunisien possède incontestablement de la bonne graine, de très bons gardiens en... devenir. Mais il leur faudra du temps et beaucoup de travail, de compétitions et de participations internationales et non pas de stages occasionnels en vase clos. Ils seront prêts... après le Mondial !

Tunisie

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