Togo: Dialogue politique - Faure est à la fois le problème et la solution

Le président Faure Gnassingbé
19 Février 2018
analyse

Le 19 février dernier, les Togolais ont commencé à se parler dans le cadre du dialogue politique, sous la facilitation du président Ghanéen, Nana Akufo-Addo, qui a fait le déplacement de Lomé, la capitale togolaise, pour une mission de bons offices qui est loin d'être une sinécure.

En effet, depuis plusieurs mois, les frères ennemis togolais sont à couteaux tirés sur la question de l'alternance au sommet de l'Etat, l'opposition cherchant à mettre fin à un demi-siècle de règne de la dynastie Gnassingbé qui se traduirait par le départ de Faure, le successeur du père, du pouvoir, au mieux à la fin de son second mandat en 2020, au pire en débarrassant immédiatement le plancher.

Mais la majorité présidentielle ne l'entend pas de cette oreille et lutte de toutes ses forces pour sauver le fauteuil du chef de l'Etat, au-delà même de 2020. C'est là toute la problématique de la crise togolaise qui cristallise les attentions depuis plusieurs mois autour du sort d'une seule personne : Faure Gnassingbé.

Il suffirait que Faure renonce à briguer un autre mandat pour que la crise se résolve d'elle-même

Et c'est peu dire que le locataire du Palais de Lomé II est à la fois le problème et la solution. Le problème parce que la difficulté du retour à la Constitution de 1992 dans sa version originelle comme le demande l'opposition, achoppe essentiellement sur le fait que cela pourrait mettre fin au pouvoir de Faure Gnassingbé à l'issue de son deuxième mandat, en raison de la clause limitative qui stipule qu' « en aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats... ».

La solution, parce qu'il suffirait que le chef de l'Etat togolais renonce à briguer un autre mandat présidentiel pour que la crise politique que traverse son pays, se résolve d'elle-même. Mais Faure aura-t-il ce supplément d'âme pour consentir un tel « sacrifice » dans l'intérêt supérieur de la Nation togolaise ? Rien n'est moins sûr. Au contraire, à l'image de la plupart des satrapes du continent dont certains n'hésitent pas à tripatouiller les textes fondamentaux de leur pays pour se maintenir au pouvoir, le président togolais semble prêt à tout pour se maintenir au pouvoir.

Et il serait étonnant de le voir emboucher la trompette d'un Jacob Zuma qui, poussé à la sortie pour l'ensemble de ses frasques à la tête de l'Etat sud-africain, a quand même eu la grandeur d'esprit de déclarer qu'il préférait partir du pouvoir « pour que le sang ne coule pas à cause de lui ». Dans le cas du Togo, il ne faudrait pas s'attendre à voir le président Faure quitter le pouvoir de lui-même, s'il n'y est pas contraint. C'est donc à une partie serrée que les Togolais sont livrés et bien malin qui pourrait en prédire l'issue.

En tous les cas, Faure joue gros, de même que l'opposition qui brandit déjà la menace de la rue, en cas de blocage, pour faire comprendre au chef de l'Etat la volonté du peuple togolais de tourner définitivement la page de l'ère Gnassingbé. C'est pourquoi l'on se demande quelle formule magique « l'alchimiste » ghanéen sortira de sa besace pour rapprocher des protagonistes aux intérêts divergents. On attend de voir. Mais à dire vrai, de la façon dont l'équation togolaise se présente, l'on est plus porté au pessimisme, si les uns et les autres ne mettent pas un peu d'eau dans leur vin.

Les Togolais sont loin d'être sortis de l'auberge

Et s'il ne paraît pas a priori difficile d'arracher des concessions dans le sens de l'élargissement de prisonniers de l'opposition d'un côté, et l'acceptation du fait que le chef de l'Etat termine son mandat en cours de l'autre, il paraît beaucoup plus difficile de parvenir à un consensus sur la question de fond qui est le retour à la Constitution de 1992 dans sa version originelle et surtout l'interprétation qui en sera faite à l'effet d'obtenir le maintien ou le départ du chef de l'Etat du pouvoir.

Et là, les Togolais sont loin d'être sortis de l'auberge. En tout état de cause, il appartient aux protagonistes togolais d'aller au-delà des bonnes dispositions d'esprit proférées de part et d'autre pour traduire en actes leur volonté de trouver une solution définitive à une crise ô combien préjudiciable à la paix et à la stabilité du pays, et qui a déjà laissé des morts sur le carreau. En attendant, cette situation permettra de voir le médiateur ghanéen à l'œuvre ; lui dont le pays est aujourd'hui reconnu comme l'un des exemples de démocraties les plus avancées sur le continent.

A ce propos d'ailleurs, l'on peut s'interroger sur l'absence du Guinéen Alpha Condé dont le pays était aussi annoncé comme partie prenante de la facilitation. Est-ce un problème de calendrier ou pour des problèmes domestiques que le chef de l'Etat guinéens a brillé par son absence à l'ouverture des travaux, ou est-ce tout simplement une stratégie d'approche à l'effet de laisser les coudées franches à son homologue ghanéen afin de venir à la rescousse en cas de difficultés constatées ? L'histoire nous le dira.

En attendant, Nana Akufo Addo est à l'épreuve de sa première médiation continentale en tant que chef d'Etat, et pour son coup d'essai, il ferait indubitablement un coup de maître s'il parvenait à un concilier les différentes parties en conflit. Reste à espérer qu'il ne fera pas le minimum syndical, question de ne pas trop se mouiller dans ce conflit togolo-togolais dont la véritable solution ne pourrait venir que de l'engagement et de la volonté des protagonistes eux-mêmes de sortir de la crise.

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