20 Février 2018

Tunisie: Edifier la société arabe démocratique

Les lendemains tourmentés, parfois sanglants, du printemps arabe contribuent à clarifier la problématique de la démocratisation qui fixe la scène arabe depuis 2011 et à éclairer les évolutions en cours et les blocages persistants sur ce théâtre.

En Tunisie, deux facteurs ont déterminé la chute de l'ancien régime : la révolte sociale et l'aspiration démocratique : la finalité première de la révolution est de fonder l'Etat social et de construire la démocratie. Or, l'ascension d'un parti islamiste soulève une problématique d'un autre âge : ce parti se propose d'instaurer un Etat islamique. Un tel projet condamne l'aspiration démocratique et, de surcroît, remet en question les acquis progressistes qui distinguent la Tunisie et qui fondent son aspiration à la modernité. Le parti Ennahdha déclenche une lutte d'arrière-garde sur le choix de société : la cause démocratique est ainsi doublée par une lutte seconde pour sauver les acquis, pour défendre fondamentalement l'option moderniste, sans oublier la finalité première de la révolution.

Pour sa part, le parti Ennahdha s'impose brutalement en un amalgame de populisme, de violence et de foudroyantes victoires électorales ; les élections d'octobre 2011 le hissent au rang de premier parti, quoique non majoritaire (89/ 217); il domine le gouvernement de transition pendant deux ans (2012 et 2013) et provoque une tension permanente au sein de l'Assemblée Constituante où ses députés, en bloc, tentent d'imposer des dispositions régressives dans la future Constitution. Il substitue au principe d'égalité Homme/Femme, le principe de complémentarité. Il couvre des actes de violence étrangers aux mœurs tunisiennes. Trois assassinats frappant des adversaires d'Ennahdha, en 2012 et 2013, demeurent à ce jour impunis. A chaque provocation, d'imposantes manifestations de la société civile répondent fermement. Le 13 août 2012, la manifestation nationale pour la défense des acquis de la femme est l'expression d'un consensus profond.

En août 2013, la mobilisation prend l'envergure d'un véritable blocage des institutions au point de forcer Ennahdha, avant même les nouvelles élections, à céder le pouvoir à un gouvernement non partisan appelé à préparer précisément les futures élections. A cette date, la destitution du Président Morsi en Egypte (3 juillet 2013) avait déjà brisé son assurance : il commençait à méditer la portée d'un tel précédent. A leur tour, les députés d'Ennahdha qui bloquaient une série de dispositions fondamentales du projet de Constitution cèdent sur tout, convertis soudain à l'idée d'une Constitution libérale, démocratique et républicaine. La Constitution de janvier 2014 est le fruit de cette reculade.

L'élan d'Ennahdha est rompu. Sa chute aurait dû le marginaliser, redonnant ainsi à la Révolution sa netteté et sa finalité premières. Tout au long de l'année 2014, cet espoir a animé l'électorat progressiste, convaincu que le déclin d'Ennahdha allait le couler et débarrasser la transition d'un brouillage parasite.

Quelle fut en définitive la réponse de l'électorat ? Contre toute attente, les élections d'octobre 2014 n'ont fait que ramener le parti islamiste au deuxième rang dans la nouvelle Assemblée, avec près d'un tiers des députés (69/217). Après la montée en puissance des partis islamistes dans la région, du Maroc jusqu'en Egypte, et après les élections de 2014 en Tunisie même, l'hésitation n'est plus permise : il faut admettre qu'une part respectable de l'électorat tient au projet islamiste.

De ce fait, l'édification de la démocratie tunisienne doit inclure en son sein les forces qui se réclament du référentiel religieux. Pour autant que prévaut l'option démocratique, cette contrainte semble la seule voie passante. Le régime d'avenir de la Tunisie doit s'astreindre à concilier l'exigence sociale, l'impératif démocratique et l'identité islamique. La Tunisie postrévolutionnaire requiert une démarche innovante, exposée certes aux affrontements et à l'instabilité, mais pas nécessairement à la régression. Sans doute est-ce la voie du seul progrès politique permis dans les sociétés arabes, jusque-là soumises à l'autoritarisme tutélaire, policier ou militaire, avec ses bons et ses mauvais jours.

Au lendemain des élections législatives d'octobre 2014, le parti vainqueur, Nida Tounès (86/217), décide de former une coalition gouvernementale incluant les quatre partis venus en tête, y compris Ennhadha. Ce gouvernement est remanié en août 2016 sur la base d'un pacte d'unité nationale. Le compromis historique est en marche, même si l'expérience reste économiquement fragile et spécialement ciblée par les réseaux terroristes qui investissent la région.

En réussissant à mettre en synergie des forces contradictoires, la transition tunisienne prend le pari de normaliser le parti islamiste et de faire prévaloir la dynamique démocratique. La Tunisie jette ainsi les bases d'une société arabe démocratique, en un processus inclusif, endogène, fondé sur le consensus et le dépassement, loin de toute interférence de l'armée.

La démocratisation des sociétés arabes

Le coup d'Etat du 3 août 2005 en Mauritanie contre le président Muawiya Ould Taya, au pouvoir depuis vingt et un ans, n'a pas été assez médité, sans doute parce qu'il était conduit par un homme du système : c'était le premier coup de semonce dans l'ordre arabe. Cinq ans plus tard, la révolution tunisienne réalise la brèche par un soulèvement populaire. L'onde de choc, partie du centre de la Tunisie, se propage de bout en bout du Maghreb, du Machrek et du Golfe. L'extension fulgurante de la révolte témoigne d'un mal arabe : dans l'ensemble de la région, un certain ordre s'effondrait. L'effort n'est pas tourné contre un ennemi extérieur, mais centré sur la mise en question de soi. La question de la démocratisation des sociétés arabes est désormais posée de l'intérieur.

Un nouveau cycle commence. La région connaît une fluidité historique exceptionnelle. Une offensive intérieure s'attaque aux régimes établis depuis 20 ans, 30 ans, 40 ans... Républiques, Monarchies, Emirats et régimes indécis tels que la Libye, se cherchent de nouveaux équilibres intérieurs. Les partis politiques résiduels s'évaporent. Des problèmes de fond sont posés : l'institution des libertés, la place de la femme, les médias, l'éducation.

Des symboles s'attachent à ce moment de la Umma ; la société de papa et la société des généraux-présidents volent en éclats : le Président de l'Egypte et ses fils sont traînés dans un procès télévisé et leurs biens confisqués ; au saint des saints du wahhabisme, la femme devient électrice et éligible ; au Maroc, en Algérie et en Tunisie, au beau milieu de Ramadan, les dé-jeûneurs s'affichent en pleine rue ; au Caire et à Tunis, la femme mène la fronde sur les réseaux sociaux, Aliaa Magda al-Mahdy pose nue le 23 octobre 2011 et Amina Sboui pose demi-nue le 1er mars 2013. Qui l'eût cru, quelques mois auparavant ?

Or, l'élan démocratique est bientôt brisé et la transition, là où elle tient, est ciblée par un environnement hostile. Trois facteurs commandent ce processus.

1 - L'islam politique

L'islam politique, dans sa version jihadiste qui vise la prise du pouvoir, constitue une nébuleuse dont les composantes partagent la même doctrine et concourent à la même finalité : l'instauration de l'Etat théocratique. Les partis politiques, élément apparent de la nébuleuse, s'efforcent de se faire admettre sur la scène politique et médiatique en adoptant un discours accommodant, tandis que la base forme un large spectre incluant les faucons, les impatients et les subtils qui ne diffèrent que par le verbe ou le style. La famille islamiste cultive tout autant le fanatisme sanguinaire et la rhétorique onctueuse. Mais les milices qui envahissent les villes et villages et les commandos barbus qui sévissent en police des mœurs donnent la mesure des libertés permises en régime islamique. La discipline électorale n'échappe pas à cette emprise.

Dans les sociétés arabes, la révolution démocratique a représenté en 2011 un malentendu : pour les forces démocratiques qui avaient lutté contre les régimes despotiques, la révolution était le fruit d'un combat pour la liberté et la dignité et l'occasion de construire enfin un ordre démocratique ; pour les islamistes, la chute des despotes est la sanction d'une politique aliénée qui s'était efforcée en vain de détourner les peuples arabes de l'islam et de les arracher à la Umma : c'est enfin l'occasion d'instaurer l'ordre islamique et de rendre les peuples égarés à leur vocation. Tel est le dilemme de la démocratisation des sociétés arabes.

Dans la logique islamiste, le choix démocratique n'est qu'une tentative pour entraîner la communauté dans un ordre laïque qu'elle a toujours rejeté parce qu'il nie les valeurs de l'islam. Comme toute idéologie dogmatique qui revendique la vérité absolue, l'islam jihadiste ne s'embarrasse pas d'argutie ou de persuasion : il se donne d'autorité tous les droits pour réaliser l'Etat théocratique. Les mécréants, les sceptiques et les apostats n'ont pas leur place. Ce que nous qualifions de terrorisme n'est pas plus que la contrainte légitime au service de l'Etat islamique, rendu possible par l'élimination des despotes mécréants et corrompus.

C'est peu dire que l'islam jihadiste est la négation de la démocratie et une menace contre l'Etat. Que préconisent, en réaction, les Etats arabes ?

D'une part, l'éradication. L'armée égyptienne en juillet 2013 -- comme l'armée algérienne dans la décennie 1990 -- décide l'éradication. D'autres Etats arabes confortent cette voie, en estimant que les Frères Musulmans, à partir de l'Egypte, animent une stratégie sournoise de destruction des Etats au nom de l'islam ;

D'autre part, le compromis civil, préconisé en Tunisie, au Maroc et en Jordanie. Il consiste à reconnaître aux islamistes les mêmes droits que les autres citoyens, pourvu qu'ils s'astreignent aux règles démocratiques et aux impératifs de la loi ; le compromis tient tant que les acteurs s'estiment reconnus et sécurisés, qu'ils admettent les principes universels comme conciliables avec les bases de la foi et qu'ils admettent l'élection comme l'arbitre ultime de la compétition politique. Enfin, la guerre civile. En Libye et en Syrie, l'affrontement, au départ, oppose les démocrates au régime en place ; l'intrusion des islamistes change l'affrontement en guerre civile, avec l'appui de forces extérieures. Dès lors, une dérive infernale plonge le Moyen-Orient dans le chaos, avec le concours d'acteurs régionaux et mondiaux. La cause démocratique est alors supplantée par d'autres enjeux.

Ainsi, l'islam politique contrarié n'offre d'autre voie que la guerre civile ou le retour des militaires.

2 - Les interférences extérieures

Le rôle européen était déterminant dans l'appui militaire à la révolution libyenne. La coalition du 19 mars a décimé l'armée de Kadhafi qui était sur le point de submerger la révolution et a déterminé l'assassinat de Kadhafi lui-même.

L'intervention était précédée d'un déploiement d'agents britanniques, français et américains dans le désert libyen et en Cyrénaïque. Les premières infiltrations remontent à novembre 2010, avant le déclenchement de la révolte tunisienne. Cette ingérence ne diminue en rien la nature de la révolution libyenne qui a éclaté entre le 15 et le 17 février 2011, mais elle manifeste une stratégie occidentale attachée plutôt à renverser le régime qu'à servir la démocratie.

Que recherchent les puissances occidentales en Libye ? L'évaluation a posteriori établit les objectifs suivants :

1. L'implantation durable avec la garantie de l'approvisionnement énergétique, comme dans l'ensemble des pays pétroliers de la région ;

2. La conquête de positions dominantes dans le marché libyen ;

3. La révision des termes sévères des contrats conclus à partir de l'an 2000 par le régime de Kadhafi avec les compagnies pétrolières occidentales;

4. Des facilités militaires, aériennes et navales, visant à lutter contre la migration illégale et à combattre le terrorisme dans le Sahel africain;

5. L'éviction de la Russie et de la Chine.

A tous égards, la démocratisation est secondaire.

Du côté arabe, les intérêts sont divergents. L'Egypte et la majorité des pays du Golfe rejettent l'islam politique et combattent par tous les moyens les partis islamistes. Cet axe est représenté par le général Haftar. Or, l'Emirat du Qatar salue l'avènement de partis islamiques qui illustrent, à l'image de l'AKP turc, le modèle de l'islam ouvert sur la modernité. Avec la Turquie d'Erdogan, le Qatar soutient donc les partis islamistes en Egypte, en Tunisie, en Libye et ailleurs. A deux reprises, les élections législatives en Libye, le 7 juillet 2012 et le 25 juin 2014, refusent aux islamistes la majorité, entraînant la contestation des résultats et la formation de blocs et de contre-blocs résolus à défendre par les armes leurs droits respectifs dans le nouvel Etat. C'est la base de la guerre civile.

Sur le front syrien, le tableau est plus dramatique. La révolution déclenchée le 18 mars 2011 peine à renverser le régime Assad. Tandis que le front durcit, l'opposition forme le 15 septembre 2011 un Conseil National Syrien dirigé par des élites démocratiques (Borhane Ghalioun et Basma Kodmani) ; parallèlement, les défections de l'armée permettent de former le noyau d'une Armée Syrienne Libre, proclamée le 29 juillet 2011. L'un et l'autre rejettent l'intervention étrangère et se fixent pour objectifs la fin de la dictature et l'avènement d'une Syrie démocratique. A ce stade, la cause démocratique est au cœur du combat. Or, des fidèles des Frères Musulmans, forts de soutiens extérieurs arabes et occidentaux, submergent les deux formations, s'empressent d'internationaliser le conflit et déchaînent une campagne armée avec des moyens évolués d'origine occidentale. A partir de février 2012, les combattants tunisiens affluent sur ce front (5500 en 2015 selon l'ONU).

Une session du Conseil National Syrien est convoquée à Doha le 5 novembre 2012 pour former une direction unifiée de l'opposition. Les démocrates au sein du Conseil réalisent que l'agenda en préparation, loin de servir la cause démocratique, vise à assurer la mainmise des groupes islamiques entièrement soumis aux ingérences étrangères. Borhane Ghalioun démissionne le 24 mai et Bassma Kodmani le 28 août. A la session de Doha, le Conseil National Syrien est dominé par les islamistes à qui tous les moyens sont offerts : argent, armement, recrutements et logistique. Avec l'évincement des démocrates, la nature de la révolution syrienne change. Nous entrons dans une autre péripétie des guerres du Machrek.

La cause démocratique est éclipsée

Quatre formations, séparément, forment l'offensive anti-syrienne : le Front Nosra affilié à al-Qaïda ; l'Etat Islamique, futur Daech ; le Front Islamique qui fédère sept groupes islamiques ; l'Armée Syrienne Libre qui garde son autonomie politique et son credo nationaliste. Ces formations sont, sélectivement, armées et financées par les pays du Golfe, par la Turquie et par les principaux pays de l'OTAN, avec le soutien d'Israël. En contrepartie, l'Iran et Hizbullah, ainsi que la Russie et la Chine, soutiennent militairement l'Etat syrien.

Par ailleurs, les implications de la guerre d'Irak (déclenchée en mars 2003) n'avaient pas fini, en 2012, de produire des réactions en chaîne. Aux stratégies occidentales, se conjuguent les priorités des pays du Golfe, les ambitions de la nation kurde, le dynamisme des formations jihadistes issues d'al-Qaïda, la résurrection du vieux sectarisme shia/sunna, les projections des lobbies néo-cons et le jeu israélien qui attise les guerres interarabes. Ainsi se superpose une stratégie seconde qui étend la guerre sur plusieurs fronts, et qui fixe le duel entre le bloc occidental et l'alliance de la Russie et de la Chine. Les conflits syrien et irakien deviennent le point de fixation des forces régionales et un point focal du Conseil de Sécurité. Du reste, le front anti-syrien, miné par les paradoxes, connaît de multiples retournements.

N'oublions pas où nous sommes : nous sommes au cœur du Machrek. Dans ce champ, le principe de légitimité, loin d'obéir aux règles du droit et de la démocratie, est soumis au diktat qui tient l'ensemble de la région sous l'emprise de la politique de puissance. La légitimité des régimes tient à la lutte existentielle face au diktat, face à l'occupation militaire qui dure, non pas quatre ou cinq ans comme en Europe, mais des dizaines d'années ; face au déni du droit d'égalité des peuples ; face au cynisme des politiques de veto qui assurent l'impunité de la puissance occupante contre les violations du droit. Précisément, la Syrie oppose une résistance absolue face à la politique de puissance. A la différence des autres voisins d'Israël, elle n'a jamais fléchi. La révolution démocratique est l'occasion, pour les puissances adverses, non pas de favoriser la démocratisation de l'Etat, mais d'abattre ce bastion de résistance. Le projet convient à l'islam politique, ennemi à la fois de l'Etat laïque et de la démocratie.

Pour la Russie et la Chine -- évincées déjà de Libye par l'offensive occidentale en 2011 -- le conflit syrien est provoqué par l'Otan dans le but d'installer un régime docile. La Russie est instruite par les révolutions déjà déclenchées en Europe et au Caucase, sous l'argument démocratique, mais dont la finalité était de l'évincer et d'installer des régimes dociles. Le cas syrien reproduit la manœuvre. Quant à la Chine, elle s'oppose par principe à la stratégie de changement de régime initiée par les Occidentaux sous quelque prétexte que ce soit. Pour la Russie et la Chine, il fallait donc mettre un terme à l'offensive occidentale qui illustre une volonté d'hégémonie inacceptable.

En définitive, si l'espérance démocratique est frustrée, le bastion syrien a résisté, sans doute parce que le peuple et l'armée réalisent les vrais enjeux.

3 - Une communauté des Etats démocratiques

Le 18 septembre 2015, dans son discours à la tribune des NU à l'occasion du 70e anniversaire de l'Organisation, le Président Poutine s'adresse aux pays qui ont armé les mouvements islamistes sur le front syrien : « Avez-vous conscience, leur dit-il, de ce que vous avez fait ? » Cette question, en vérité, nous hantait déjà depuis plus d'un an.

Comment justifier, au plus fort de la révolte démocratique syrienne, la décision d'implanter un faisceau de mouvements jihadistes, aussitôt renforcés et armés dans le but de faire avorter l'espérance démocratique au profit d'un Etat islamique ? Ne sont-ils pas ennemis de la modernité, de la liberté et de la laïcité ? Quelles victoires attendre au juste de ces milices fanatiques ? Du reste, était-il certain qu'ils s'attaqueraient au seul régime syrien ? Etait-il prévu de les éliminer après l'accomplissement de leur mission ? Plus au fond, l'entente avec des groupes islamistes est-elle par principe concevable pour des Etats démocratiques ? Ces questions nous hantaient, nous Tunisiens, pendant que nous luttions contre le parti Ennahdha à l'intérieur, et contre un environnement arabe hostile, pour faire prévaloir notre choix de société et la finalité démocratique de la révolution.

D'autres questions nous hantent. L'intervention militaire en Libye, décidée au nom de la responsabilité de protéger la population civile (Rés 1970 du 26 fév 2011) trahit une flagrante contradiction, les mêmes puissances ayant ignoré ce principe quand les peuples libanais et palestinien, dépourvus de défense aérienne, subissaient en 2006 et à nouveau en 2008/9 des bombardements dévastateurs. Ces puissances s'étaient alors opposées expressément au cessez-le-feu, endossant ainsi la destruction délibérée de la population civile. Le zèle pour la protection du peuple libyen est surprenant alors même que les menaces sont toujours actuelles contre les peuples libanais et palestinien.

La crise syrienne à son tour confirme la contradiction. La Syrie compte deux priorités nationales indéniables : la démocratisation et la libération du Golan. En quoi le soutien aux groupes jihadistes aidait-il la démocratisation ? Tant que les territoires occupés en Syrie, au Liban et en Palestine sont confisqués et colonisés, les stratégies occidentales au Machrek sont suspectes et stériles.

Inversement, Israël qui pratique une discrimination statutaire entre les citoyens juifs et non-juifs est paradoxalement tenu en Occident pour un Etat démocratique. Nul ne dénonce ces contradictions pourtant évidentes.

L'ordre démocratique repose sur la foi dans les valeurs universelles, sur la suprématie des principes de liberté et d'égalité. Une telle culture est au fondement des sociétés démocratiques. Sans l'existence d'une communauté des Etats démocratiques qui soit cohérente, solidaire, consciente d'elle-même et de son rôle dans la civilisation de notre temps, la démocratie et la liberté sont niées aux sociétés arabes du Moyen-Orient, en dépit des professions de foi qui ont accueilli le Printemps Arabe et qui nous semblent tout juste romantiques.

Edifier la société arabe démocratique concourt à insérer le monde arabe dans la civilisation de notre temps, à lui donner la faculté de changer le cours de l'Histoire, à le hisser à la parité. La conjonction des Occidentaux, des islamistes et de quelques Emirats trahit pour une part une immaturité des sociétés arabes et, pour la plupart des Occidentaux, un calcul inavouable relativement au champ du Moyen-Orient et du Golfe.

Tunisie

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