13 Février 2018

Afrique du Sud: Jacob Zuma - Le chat aux neuf vies va-t-il sortir par la cheminée ?

analyse

L'expression à quelque chose de savoureux.

Au terme d'une semaine de réunions d'urgence, de tractations tous azimuts, couronnée par un interminable conclave qui a duré 13h la nuit de lundi à mardi, le Conseil national exécutif (CNE) de l'ANC a en effet décidé de « rappeler » le président Jacob Zuma. « Rappeler ».

Un peu comme un Etat décide de faire revenir son ambassadeur accrédité dans un pays en cas de brouille diplomatique. Sauf que là, le rappelé a peu de chance de retrouver son poste.

Dans ce système parlementaire qui a cours en Afrique du Sud, le parti majoritaire vient de retirer sa confiance à celui qu'il avait mandaté pour prendre les rênes du pays, et voici du coup le déshérité dans une mauvaise posture : en clair, il est demandé gentiment (pas tout à fait) à M. Zuma, 75 ans, de démissionner de lui-même.

Papy qui fait de la résistance depuis de longues semaines, va-t-il enfin voir le doigt qui lui montre avec insistance la sortie ou va-t-il poursuivre le bras de fer qu'il a engagé avec sa famille politique et son chef, Cyril Ramaphosa ?

Si aucun deadline ne lui a été officiellement notifié, le pestiféré de Union buildings aurait promis de donner sa réponse au plus tard ce mercredi même. Une réponse qui peut être donc négative, car quand bien même il y aurait la jurisprudence Mbeki de 2008 (1), rien n'oblige le chef de l'Etat sud-africain à déférer à la convocation en remettant son tablier puisque constitutionnellement rien ne l'y oblige.

« L'insubmersible Zuma » pourrait donc, contre tout bon sens, s'accrocher à son doux fauteuil en comptant sur le soutien de ses nombreux partisans parmi les simples militants et au sein même du Conseil national exécutif de l'ANC, la plus haute instance du parti.

Car si la rencontre fatidique de la nuit de lundi a été aussi marathon, c'est forcément que les débats étaient houleux et la partie serrée pour chacune des parties. Et il eût été intéressant de savoir par combien de voix, le CNE, qui compte 107 membres, a pris cette décision, pour mesurer l'équilibre des forces dans cette bagarre.

En fait, si Jacob Zuma résiste, c'est que, les unes après les autres, les différentes conditions qu'il a posées pour son départ anticipé ont été rejetées par ses procureurs.

Il voulait une immunité pour lui-même et ses proches, lui qui croule sous le poids de pas moins de 783 chefs d'inculpation. Refusé !

Il demandait la prise en charge par l'Etat de ses frais judiciaires forcément colossaux au regard des charges qui pèsent sur lui. C'est niet !

Il espérait même avoir 3 à 6 mois supplémentaires pour faire ses cartons et « mettre de l'ordre dans ses affaires ». C'est encore non !

Mais, même entêté, va-t-il courir le risque de se faire totalement humilié par une motion de défiance s'il venait à ne pas aller dans le sens voulu par l'ANC ? Car s'il refuse de sortir par la petite porte, ce n'est même pas par la fenêtre mais par la cheminée, tel un chat de gouttière, que sera éjecté celui qu'on avait surnommé « le chat aux neuf vies ».

Ce serait bien pitoyable pour Zuma que ses camarades s'efforcent de ménager malgré leur confiance qu'il a trahie.

Plus que jamais, aujourd'hui, c'est le D-Day en Afrique du Sud où il est plus que temps de sortir enfin de cette crise pour passer à autre chose si on ne veut pas que ses conséquences soient désastreuses pour la première puissance africaine.

(1) En 2008, le président Thabo Mbeki a lui aussi été contraint à la démission par l'ANC. Mais, contrairement à Zuma, il avait obtempéré sans broncher.

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