20 Février 2018

Burkina Faso: Suivi psychologique postviol - «C'est amener la victime à aimer ce corps qui a été souillé» (Clément Lankouandé, psychologue clinicien)

interview

Peut-on redevenir soi-même après avoir subi une telle agression sexuelle ? Oublie-t-on un tel acte ? Au-delà de la prise en charge médico-judiciaire, quel accompagnement psycho-social faut-il à une victime de viol pour surmonter cet événement douloureux de la vie ? Une consultation chez le psychologue-clinicien P. Clément Lankouandé et voici des éléments de réponse.

Avoir des rapports sexuels, avec une ou plusieurs personnes, contre son gré, constitue à n'en pas douter un important traumatisme qui mérite d'être pris en charge à plusieurs niveaux. Les victimes de viol, selon leur âge, leur personnalité ou leur maturité, réagissent différemment à cet évènement traumatique : alors que certaines veulent faire comme si rien ne s'était passé et continuer leur vie comme d'habitude, d'autres veulent rester sous la couverture et pleurer ou disparaître à jamais. Mais selon le psychologue-clinicien P. Clément Lankouandé, cette dernière option constitue une grave erreur à ne pas commettre.

La victime doit pouvoir nommer ce qui lui est arrivé ?

« Après un viol, il faut que la victime puisse s'inscrire dans une capacité à communiquer ce qui lui est arrivé le plus tôt possible, soit dans un délai de 48h. Cela va permettre à l'agent de santé de disposer d'assez d'éléments pour constituer l'acte de viol afin d'établir un rapport. L'examen clinique permettra donc de confirmer ou d'infirmer l'acte de viol.

C'est également à ce moment qu'elle peut bénéficier d'un bon traitement contre les éventuels risques dus au viol, car, d'une façon générale, la plupart des coupables de viol ne se protègent pas, et exposent leur victime à toutes sortes de maladies», a indiqué M. Lankouandé.

Après la prise en charge médicale, suit celle judiciaire. «Une plainte contre X ou Y doit ensuite être formulée par la victime ou sa famille. Cette phase est très importante, mais très souvent l'entourage n'est pas pour, car dans la majorité des cas, le viol est commis par des proches, des membres de la famille. On enroule le viol de considérations perçues comme humiliantes ou souillantes, oubliant les souffrances de la victime. Le viol est un acte condamnable, et la procédure judiciaire permet de réparer le tort. A côté de cette situation, il y a le fait que des autorités coupables de viol exercent sur leur victime un chantage les empêchant de porter plainte et ainsi, l'acte reste impuni», a-t-il poursuivi.

Pourquoi une prise en charge psychologique ?

Après ces deux étapes, vient une autre phase, non négligeable : la prise en charge psychologique ; «elle consiste à aider la victime à réinvestir un corps pour soi et à aimer ce corps qui a été souillé, de telle sorte que le traumatisme vécu puisse être dépassé au lieu qu'elle se maintienne dans une situation de répétition de sa souffrance ; chose qui plombe la capacité d'exister de l'intéressée. C'est clair, elle ne peut pas oublier, mais elle peut surmonter le problème afin de poursuivre sa vie», a expliqué le psychologue. Des médicaments interviennent-ils dans la prise en charge psychologique ? Pas forcément, selon notre psy : «Elle se fait avec des moyens psychologiques, c'est-à-dire des entretiens périodiques, mais il peut arriver que le psychiatre prescrive à la patiente des produits afin de lui permettre d'avoir un état de tranquillité psychique».

La prostitution, une conséquence du viol

Si la victime ne bénéficie pas d'un accompagnement psychologique conséquent, elle sera confrontée à de nombreuses difficultés dont la plus importante est le dégoût de la vie, le délaissement de son corps. «Une des conséquences du viol est la prostitution. Je puis vous assurer que parmi les prostituées, on note beaucoup de femmes ayant subi le viol. Cela, parce que les femmes qui ont été violées et qui n'ont pas bénéficié d'accompagnement et de prise en charge psychologique abandonnent leur corps, n'en prennent plus soin. Pour elles, le corps est déjà souillé par l'acte et autant continuer dans ce sens en l'offrant à d'autres personnes », a expliqué M. Tankouano.

Elle devient coupable d'un acte qu'elle n'a pas souhaité

Et pour ne rien arranger, la famille, très souvent, ne joue pas son rôle d'accompagnateur mais contribue plutôt à culpabiliser la victime. Alors, en plus du choc traumatique, qui peut engendrer un ensemble de troubles du comportement, il y a la stigmatisation dans son univers familial et social. Cela s'observe notamment dans les cas où le viol est commis par un proche. «Au lieu de la compassion et de l'accompagnement, on pointe un doigt accusateur sur la victime, la rendant ainsi coupable d'un acte qu'elle n'a pas souhaité», a relevé le psychologue clinicien.

Certaines familles également, pensant aider leur fille, l'éloignent un tant soit peu pour effacer certains souvenirs. Mais pour notre interlocuteur, il s'agit là d'une triste solution : «Retirer la victime de son univers, en lui faisant changer de pays, par exemple, constitue une fuite dans la démarche psychologique. La fuite n'a jamais été une solution. Sortir la personne de son univers, de la scène traumatique, l'amener ailleurs ne fera pas disparaître ce qu'elle a vécu, ça reste en elle. Et c'est justement ça qu'il faut aborder. Sinon c'est se mentir et augmenter sa souffrance».

C'est pourquoi, a conclu le psy, la prise en charge intègre l'entourage de la victime. La démarche psychologique intègre l'écoute, qui prend en compte la capacité à inscrire l'autre dans l'interrogation de soi. «Nous rencontrons, à cet effet, la famille pour l'aider à accepter ce qui est arrivé et à supporter le regard de l'autre. C'est à elle d'aider la victime à réinvestir la vie parce qu'elle est vivante.»

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