26 Février 2018

Burundi: Exactions des imbonerakure - Ces « hitlerjugend » de Nkurunziza

Photo: HCR/Jean-Marc Ferré
Antonio Guterres, Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés
analyse

Au Burundi, la situation des droits de l'homme est des plus préoccupantes. En tout cas, c'est ce que relève une note de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) et de la ligue ITEKA sur la situation dans le pays.

Dans ledit rapport, il est question de différentes violations des droits de l'Homme commises par les tenants du pouvoir et leurs affidés, qui vont des meurtres aux disparitions forcées, en passant par les actes de torture, les arrestations et détentions arbitraires, les violences sexuelles, etc. Ce, dans un contexte de crispation politique où les autorités ont annoncé un référendum de révision constitutionnelle pour la mi-mai 2018.

Et au fur et à mesure que la date de ce référendum approche, la pression du pouvoir s'accentue sur les populations. Pour la FIDH, « les autorités mènent une campagne de terreur qui vise à contraindre la population à s'inscrire sur les listes électorales et à voter en faveur de la révision constitutionnelle ».

Les Imbonerakure ne sont rien d'autre qu'une milice de propagande qui ne se fixe aucune limite

Malheur donc à qui ose, dans ces conditions, prêcher « l'évangile du Non » à cette consultation populaire qui doit permettre au président Pierre Nkurunziza de se remettre en selle pour 2020, dans la course à sa propre succession après la forfaiture du troisième mandat qu'il s'est accordé envers et contre tous, en marchant sur des milliers de cadavres de ses compatriotes.

Et dans sa recherche effrénée de solutions pour se maintenir au pouvoir, le pasteur-président s'appuie non seulement sur les forces de défense et de sécurité qui ne font pas dans la dentelle dans la répression des opposants, mais aussi sur les fameux Imbonerakure, cette ligue de la jeunesse du parti au pouvoir qui n'est rien d'autre qu'une milice de propagande qui ne se fixe aucune limite dans ses exactions contre les populations.

De véritables « Hitlerjugend » des temps modernes, cette jeunesse hitlérienne éduquée à l'époque aux idées nazies et censée être le pilier du régime totalitaire du dirigeant allemand. Avec les Imbonerakure, le président burundais semble s'engager dans la même voie, pour mieux soumettre ses compatriotes à son diktat. La situation est d'autant plus préoccupante au Burundi que ces jeunes instrumentalisés et nourris à la sève de la haine de tout ce qui s'apparente à une voix discordante à la symphonie inachevée de leur mentor, abusent de leur pouvoir, se substituant parfois même aux forces de l'ordre.

Usant de la terreur comme arme favorite, ces miliciens n'hésitent pas à se signaler de la pire des manières, partout où semble s'élever une voix en désaccord avec le chef de l'Etat. Pas plus tard que le weekend écoulé, c'est un journaliste qui était violemment pris à parti par ces éléments dans un bar. Début février, c'est un militant de l'opposition qui se faisait tabasser par une horde de ces miliciens qui l'accusaient d'avoir tenté de tenir une réunion « en cachette » pour promouvoir le « Non » au référendum.

Et ce n'est pas tout, puisque ces « justiciers » d'un autre genre se croient tout permis au point d'user de torture et autres supplices à l'encontre de tous ceux-là qui refusent de se mettre au pas du président Nkurunziza. Pendant ce temps, les fonctionnaires sont l'objet de retenues salariales prétendument qualifiées de volontaires par le pouvoir, pour le financement de la présidentielle de 2020 pour laquelle Nkurunziza est en train de déblayer le terrain pour se donner la possibilité de briguer encore au moins deux mandats.

La communauté internationale ne saurait raisonnablement laisser le peuple burundais à son triste sort

Cela dit, face aux multiples agressions dont sont victimes les populations de la part de ces jeunes du parti présidentiel, il y a lieu de tirer la sonnette d'alarme. Car, dans un Etat de droit qui se respecte, de tels agissements devraient non seulement donner lieu à des condamnations, mais être complètement bannis. Mais si ces jeunes peuvent agir de la sorte, en toute impunité au vu et au su de tout le monde, y compris les forces de sécurité, c'est la preuve qu'ils ne sont ni plus ni moins qu'un instrument du pouvoir dans sa volonté d'asservissement du peuple burundais.

Et cela est d'autant plus déplorable qu'ils ne se fixent aucune limite dans leurs actions de traque et de répression des contestataires du régime. C'est une dérive dangereuse qui pourrait ouvrir la voie à des excès voire à certaines atrocités, comme on l'a quelquefois vu par endroits sur le continent, comme par exemple en Côte d'Ivoire sous Laurent Gbagbo, avec les jeunes patriotes qui étaient mutatis mutandis quelque peu dans le même rôle. C'est pourquoi la communauté internationale doit ouvrir l'œil et le bon sur le Burundi. Elle ne saurait raisonnablement laisser le peuple burundais à son triste sort, face à un Nkurunziza qui est prêt à tout pour conserver le pouvoir.

Elle a donc le devoir de trouver les voies et moyens pour contraindre le boucher de Bujumbura à mettre de l'eau dans son vin. Autrement, détourner son regard de ce pays, ce serait laisser le champ libre au satrape pour le mettre sous coupe réglée, avec des miliciens qui n'ont aucun respect pour la vie humaine. C'est pourquoi on ne peut qu'encourager la Cour pénale internationale à aller jusqu'au bout des enquêtes qu'elle a ouvertes au Burundi, dans des domaines comme les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité qui relèvent de ses compétences.

Bien sûr, il serait illusoire de croire à une collaboration des autorités de Bujumbura avec l'institution de Fatou Bensouda. Tout comme elles s'étaient montré hermétiques aux enquêteurs de l'ONU à qui elles avaient même refusé l'accès au pays, obligeant ces derniers à se contenter d'enquêter dans les pays voisins. En tout état de cause, cette fuite en avant du président burundais qui est dans une logique de pis-aller, prendra fin, tôt ou tard.

Car, aucun dictateur n'a jamais pu avoir définitivement raison de son peuple. Un jour viendra, où il va falloir rendre des comptes. Et à ce rendez-vous de la reddition des comptes au pays de Pierre Nkurunziza, il faut espérer que ces Imbonerakure qui font actuellement la pluie et le beau temps, auront droit à leur part d'explications et de châtiments.

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