27 Février 2018

Afrique du Sud: Les petits soleils de Zakes Mda

« Evitons la culture du slogan », exhortait l'écrivain Njabulo Ndebele avant même la fin de l'apartheid. Cette ligne, Zakes Mda, né dans l'Eastern Cape en 1948, l'a suivie tout au long de sa carrière d'enseignant à l'université de l'Ohio aux Etats-Unis. Ce romancier affable est connu du public francophone.

Grâce aux traductions de la regrettée Catherine Lauga, on lui doit Le pleureur (un homme empreint d'empathie dans un monde violent), Au pays de l'ocre rouge (évocation de la jeune voyante Nonqawuse qui provoqua la déchéance des Xhosas en 1856) et La madone d'Excelsior (relations clandestines dans le Karoo). Des extraits de sa production prolifique et de son théâtre figurent dans plusieurs revues littéraires.

Il s'est risqué à des romans drôles comme Black Diamond, conçu au départ comme un scénario de film : un garde du corps noir doit protéger une juge blanche et rigoriste face aux intimidations de deux parrains de la prostitution.

Son dernier roman* a reçu le prestigieux prix du Sunday Times. « Petits soleils », c'est le nom du héros, Malangana. Il est interprète dans l'entourage du roi des amaMpondomise, un groupe xhosa.

Quand il rencontre une guérisseuse aborigène, elle lui objecte fermement que le soleil est unique. Mais il tient bon : chaque jour se lève avec un nouveau soleil, n'est-ce pas ?

En Afrique du Sud au XIXe siècle, comme ailleurs, la vie de Roméo et Juliette était parsemée d'embûches, car rattrapée par l'histoire. En 1880, l'armée britannique réclame les régiments des amaMpondomise pour aller punir les Basothos.

Le commandant de cercle Hamilton Hope se fait fort d'y parvenir. « Je suis confiant pour l'avenir, ces gens sont bien plus dociles et accommodants que je ne croyais », écrit-il dans un rapport officiel.

Or, le roi perd son épouse et son deuil ne lui permet pas de guerroyer. Il propose son meilleur général, mais Hope se montre intraitable : on ne plaisante pas avec l'empire. Le roi a promis de conduire lui-même ses hommes au combat, il doit s'y tenir.

Devant ses guerriers, le roi crie sa frustration, pris entre la coutume et la parole donnée à l'Anglais. Il hurle à ses troupes que le Blanc a gagné, désormais c'est lui qui sera leur roi. Six hommes, dont Malangana, se lèvent et massacrent Hope.

Le roi s'enfuit chez les Basothos avec ses proches. Parmi eux, Charles Mda, grand-père de l'auteur. Capturé en 1903, le souverain est innocenté en 1906 du meurtre de Hope, mais néanmoins déchu de ses droits et assigné à résidence dans un village perdu.

Au milieu des zigzags chronologiques, le roman s'attache à suivre Malangana dans ses pérégrinations. Le proscrit s'échappe à cheval. Mais à la mort de sa monture, il sombre dans la misère. Avec obstination il recherche la femme qu'il aime.

Il tient à lui remettre le tamtam dont elle jouait jadis et qu'il a conservé. Après vingt-quatre ans de séparation, il finit par la retrouver, toujours aussi têtue, convaincue qu'il n'existe qu'un seul soleil. Ils tombent toutefois d'accord sur les étoiles : ce sont autant de petits soleils.

Zakes Mda s'est emparé d'un épisode historique pour brosser un tableau intéressant et rare de la société xhosa. Il ne s'agit pas d'un peuple homogène, mais plutôt d'une juxtaposition de nations, à l'instar des populations d'Amérique du Nord avant la colonisation.

Leurs relations avec les aborigènes sont distantes, mais il semble attesté qu'un roi, au XVIIe siècle, a désigné comme son héritier le fils de sa troisième épouse, une khoïsan.

A travers ses accents poétiques, ses touches humoristiques, Mda laisse transparaître une grande émotion face à cette histoire qui le concerne.

Pour un public sud-africain, certains mots comme lobolo (dot) ou ibandla (association) sont courants. Cependant l'usage extensif du vocabulaire xhosa rend la lecture plus ardue pour un francophone. Si une traduction voit le jour, il conviendra d'ajouter un glossaire et quelques notices culturelles.

« Je veux t'épouser », dit le jeune Malangana à la petite guérisseuse qui rétorque « Pourquoi ? » « Nous avons joué des jeux d'adultes, c'est pour envisager l'avenir ensemble.

C'est bien pour ça que tu m'as laissé venir en toi, non ? » « Chez nous, on se marie d'abord et on se courtise ensuite », répond-elle.

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