7 Mars 2018

Congo-Kinshasa: Machine à voter - Les politiciens congolais s'entre-déchirent !

Décidément, l'interminable controverse suscitée dans l'arène politique autour de la machine à voter risque de casser les tympans des millions des Congolais.

Après maintes analyses, la conclusion tirée était que le minimum de bon sens voudrait que pour éloigner le spectre de la tricherie et de la fraude, cette machine à voter soit inspectée par des experts aussi bien nationaux qu'étrangers... Appuyant sur l'accélérateur, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), à l'issue de son Assemblée Plénière Extraordinaire, avait publié récemment un communiqué appelant notamment, à la certification de ladite machine par des experts nationaux et internationaux.

Mais, par contre, les différentes délégations des partis et regroupements politiques qui défilent, depuis plus de deux semaines, au siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), émettent des points de vue diamétralement opposés qui éloignent le consensus autour de la présidentielle couplée aux législatives nationales et provinciales que le calendrier électoral a prévues pour le dimanche 23 décembre 2018. Pour la Centrale électorale, renoncer à la machine à voter, c'est dire bye-bye aux élections en 2018. Certaines sources renseignent même qu'un groupe d'opposants congolais vient d'écrire à la Représentante Permanente des USA à l'ONU, Nikki Haley, pour qu'elle influe auprès de la firme sud-coréenne en vue de résilier le contrat avec la Centrale électorale de la RDC en ne lui fournissant pas les 100.000 machines à voter programmées dans la commande pour permettre aux 46 millions d'enrôlés d'accomplir leur devoir civique. Conflit d'intérêts ou abandon de souveraineté ?

D'après le Président de la CENI, Corneille Nangaa, la machine à voter, «une invention congolaise», était à l'honneur, l'année dernière, au cours d'un forum des institutions électorales de la planète à Bucarest en Roumanie. En Russie où Vladimir Poutine postule, en ce mois de mars 2018, pour un quatrième mandat à la tête du pays, environ 75.000 machines à voter ont été planifiées pour ce scrutin. L'Irak a aussi passé une commande auprès du même fournisseur sud-coréen. Alors pourquoi des pays occidentaux avec à leur tête, les Etats-Unis d'Amérique s'opposent à l'usage de cet appareil en RDC ? La récente passe d'armes entre Nikki Haley et Corneille Nangaa au Conseil de Sécurité des Nations Unies est encore présente dans toutes les mémoires. L'une intimait l'ordre de recourir aux bulletins de vote à bulletins papiers, comme en 2006 et 2011, tandis que l'autre s'accrochait à son mode de vote semi-électronique.

Avantages de la machine à voter

La CENI estime, de prime abord, que cet appareil va réduire considérablement le tonnage des matériels à déployer sur l'ensemble du territoire congolais. Au lieu de 17.000 tonnes pour les bulletins papiers, seulement 8.000 tonnes seront comptabilisés pour les machines à voter.

Cette institution d'appui à la démocratie l'a fait savoir à ses interlocuteurs du MLC, de l'UNC, du PALU, de l'AR, de l'UDPS, de l'Opposition signataire de l'Accord du 18 octobre 2016, de la Majorité présidentielle et consorts. Les autres avantages, ci-après, ont également été portés à leur connaissance : la machine à voter a réduit de 5 mois le délai du calendrier électoral ; elle réduit le délai de vote et de proclamation des résultats de 2 mois à 2 jours ; elle réduit la fraude électorale sinon, sa suppression ; elle réduit le coût global des élections soit un gain de plus ou moins 200 millions de dollars américains ; elle permet la transmission rapide des données sécurisées et sans piratage grâce au modem ou au Thuraya ou au V-SAT.

Elle a une autonomie d'énergie de plus ou moins 24 heures à 48 heures là où il n'y a pas de réseau SNEL, ces machines serviront plusieurs cycles électoraux après les élections du 23 décembre 2018 ; le comptage est à la fois, manuel et automatique, imprimé à l'instar des cartes d'électeur ; chaque machine est assistée d'une calculatrice et celui qui doute peut reprendre le vote au lieu de faire un bulletin nul ; les résultats sont transmis à la fois au CLCR et au siège à Kinshasa ; le PV signé est immédiatement affiché sur la porte de BVD ; les témoins qui le veulent peuvent avoir le PV signé ; comme en 2006 et en 2011, les analphabètes, les personnes vivant avec handicaps se font assister par une personne de leur choix (article 58 de la loi électorale) ; etc.

Griefs contre la machine à voter

Avec raison, l'Opposition dite radicale reproche à Corneille Nangaa d'avoir conclu ce marché juteux, de gré à gré, avec le fournisseur sud-coréen. Le prix d'achat serait de 400 dollars américains par pièce alors que la CENI parlerait de 1.500 dollars américains/la pièce, soit un coût total de 150 millions de dollars américains. Est-ce une manière d'allonger la liste de bénéficiaires de commissions ? Peut-être.

Mais, les détracteurs de la machine à voter affirment, cependant, qu'une disposition de la loi électorale proscrit l'utilisation du vote électronique. S'agit-il de l'ancienne loi électorale ou de la nouvelle loi promulguée par le Président Joseph Kabila, le 24 décembre 2017 ? Une telle disposition a déjà été supprimée. La Centrale électorale parle du vote semi-électronique et non pas du vote électronique. Quant à la violation du secret de vote, c'est une question réglée par l'article 58 de la loi électorale et que, par analphabète, il faut non seulement entendre celui ou celle qui ne sait ni lire, ni écrire, mais aussi celui ou celle qui ignore tout de l'outil informatique.

Beaucoup d'opposants et certains membres de la société civile, voire, de la communauté internationale accusent la CENI de planifier une fraude à grande échelle en faveur du PPRD ou de la «mouvance kabiliste». Allusion faite à la fameuse réunion du Fleuve Congo Hôtel fuitée dans le magazine Jeune Afrique. Le président de la CENI rétorque que c'est plutôt une «machine anti-fraude». Formant désormais un front commun, le MLC conduit par Eve Bazaïba et l'UNC de Vital Kamerhe ont rejeté en bloc, l'usage de la machine à voter. Alors que l'UDPS/Limete de Félix Tshilombo Tshisekedi attend des réponses précises à ces quarante-cinq questions adressées à la CENI avant de s'y prononcer.

Par ailleurs, certains opposants à la machine à voter sont convaincus que le seuil électoral d'un pourcent au niveau national et la «caution élevée» de 1.000 USD par candidat va réduire sensiblement la taille des bulletins de vote. Ce n'est pas évident. La RDC tend-t-elle vers un nouveau blocage qui va nécessiter un autre dialogue politique ? Des signaux sont perceptibles. Plus sages, les Princes de l'Eglise Catholique recommandent la certification de cette machine par une expertise nationale et internationale. Corneille Nangaa y est favorable. En revanche, le camp présidentiel soutient sans équivoque la Centrale électorale dans cette démarche pour la tenue effective des scrutins, conformément au calendrier. L'Union Européenne se dit finalement prête à accorder une aide financière à la CENI pour l'organisation des élections dans les meilleurs délais.

Leçons à tirer des élections passées

«Bourrage des urnes !». Le peuple congolais a appris cette expression pendant les scrutins de 2006 et 2011. D'aucuns se souviendront de la proclamation des résultats par l'Abbé Apollinaire Malumalu, alors président de la Commission électorale indépendante (CEI), à bord d'un char de combat.

Après ces scrutins de 2006, la Ville-Province de Kinshasa avait connu un conflit armé, une «petite guerre», entre les troupes de Jean-Pierre Bemba, le candidat malheureux, et l'Armée loyaliste ou régulière de la RDC. Plusieurs Congolais y ont laissé un peu de leur peau. A l'époque, la machine à voter n'existait pas. C'étaient des bulletins papiers.

En 2011, les élections organisées par le Pasteur Daniel Ngoy Mulunda ont été qualifiées de «chaotiques» par beaucoup de compatriotes. Même l'heureux élu, le Président Joseph Kabila, avait relevé des irrégularités dans ces scrutins. Presque partout au pays, l'on criait au bourrage des urnes. Après avoir rejeté en bloc le verdict des urnes, Etienne Tshisekedi, arrivé deuxième, s'était permis de prêter serment, la main sur la bible, comme Président de la République dans sa maison à Limete.

Quant au troisième sur la liste de la CENI, Vital Kamerhe, il avait porté plainte, pour «bourrage des urnes», à la Cour Suprême de Justice sans pour autant y apporter des preuves. La Députée élue Wivine Moleka avait, par la suite, traîné Kamerhe, le président national de l'UNC, en justice pour dénonciation calomnieuse. La Majorité était accusée d'avoir monté, au Grand Hôtel Kinshasa, une cellule clandestine de bourrage des urnes en faveur de leur candidat à la présidentielle, Joseph Kabila, et des membres de sa famille politique.

Dans ce pays, certains ont parlé de «Députés nommés», et d'autres de «Députés gommés.» Ces faits sont irréfutables. Les Congolais n'ont pas une mémoire courte. Récemment, le Pasteur Ngoy Mulunda a révélé sur le plateau de Télé 50, lors de l'émission «JMK Today», qu'un ancien Premier ministre français, en l'occurrence, Alain Juppé, avait demandé et obtenu d'un fournisseur basé en Afrique du Sud de ne pas livrer à la CENI des milliers de tonnes des bulletins de vote à papiers, à quelques semaines de la présidentielle et des législatives nationales ayant eu lieu, le 28 novembre 2011. Sans l'usage de la machine à voter, la vague de contestations et la flambée de violences avaient donc, caractérisé les plus récentes élections démocratiques en République démocratique du Congo.

En définitive, les élections en RDC intéressent tout le monde, y compris le Conseil de Sécurité de l'ONU et l'Union Européenne. Alors que sont passées sous silence les élections en Egypte, en Allemagne, en Russie, en Chine, etc. Le Congo-Kinshasa n'est-il pas un Etat souverain ? Pour ingérence électorale, la Justice américaine vient d'inculper treize Russes.

Aussi, le pays de l'Oncle Sam n'entend-t-il pas transiger sur sa souveraineté et son indépendance en matière électorale. Vive tension diplomatique entre Moscou et Washington ! Ils sont à plaindre les politiciens congolais qui ont coutume d'accourir systématiquement à l'extérieur pour régler leurs problèmes. A vocation nationale, les vrais partis politiques ont l'obligation de déployer leurs témoins dans tous les bureaux de vote pour un meilleur contrôle. Si la machine à voter est effectivement une invention congolaise, pourquoi ne pas la mettre en valeur pour la fierté et le rayonnement de cet immense pays au cœur du continent noir.

D'autant plus que la CENI se dit ouverte aux suggestions pour améliorer et fiabiliser davantage cet appareil, dit imprimante, et empêcher, ipso facto, la fraude et la tricherie. Le drame c'est qu'en RDC, n'importe qui est expert en n'importe quelle matière ! Des observateurs avertis disent que beaucoup d'acteurs politiques congolais, distraits ou de mauvaise foi, ne sont pas prêts pour aller aux élections en décembre 2018, ils multiplient des manœuvres dilatoires. Certains en ont même peur. Las de querelles et diversions politiciennes ou de marches improductives du Comité Laïc de Coordination (CLC), le peuple congolais ne désire qu'une seule chose. Cap vers les élections !

Congo-Kinshasa

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