8 Mars 2018

Sénégal: Compagnonnage dans la coalition Benno Bokk Yakaar - Les alliés entre satisfecit et exigences

A moins d'une année de la présidentielle de 2019, l'heure semble être au bilan au sein de la mouvance présidentielle, en l'occurrence la coalition Benno Bokk Yakaar (Bby), qui a duré depuis 2012.

Après avoir magnifié la longévité de ce compagnonnage, qui a duré plus de 5 ans, et un bilan comptable dans la mise en œuvre des politiques définies par le chef de l'Etat, Macky Sall et ses alliés, notamment le Plan Sénégal émergent (Pse), le Parti socialiste (Ps), tout comme l'Alliance des forces de progrès (Afp), sans oublier la Ligue démocratique (Ld), ou encore le Parti de l'indépendance et du travail (Pit), plaident tous pour une «amélioration de la collaboration» qui, connait par moment des couacs.

«Ce qu'il faudrait préciser, c'est que nous, dans la mise en œuvre des actions de la coalition au niveau de l'attelage gouvernemental, c'est le poste de ministre du Travail qui est assigné à notre camarade Secrétaire général, Samba Sy. La première chose, c'est de reconnaitre que c'est un travail de continuité qui se fait sur ce plan.

En terme de lecture, c'est une lecture positive que nous avons par rapport aux avancées des acquis qui ont été mis en place dans ce cadre là, mais également, ce qui est en train de se poursuivre pour renforcer déjà la situation des travailleurs de la fonction publique, comme du secteur privé.

Pour ce qui est de l'Assemblée nationale, c'est notre camarade Présidente de l'union démocratique des femmes du Sénégal, Ndèye Lucy Cissé qui y siège et son travail au sein de l'Hémicycle est connu de tout le monde. Ce n'est pas une action singulière.

Nous nous inscrivons dans la mise en œuvre d'un programme et d'une politique dont le soubassement est l'amélioration progressive des masses laborieuses de notre pays, achever ou parachever la question de l'indépendance économique, en maintenant autant que possible l'économie de notre pays en matière de ressources liées à son développement économique.

Nous avons également notre camarade Pca, Ibrahima Sène et un Haut conseiller, Maguette Thiam. Chacun en ce qui le concerne participe activement à faire avancer la mission de l'Institution dans laquelle il se trouve.

En tout cas, globalement, si on tire une lecture du compagnonnage que nous avons au niveau de Benno Bokk Yakaar, nous estimons que c'est un cadre à maintenir, à promouvoir, à renforcer en sachant toute la complexité que cela pose d'avoir différentes organisations où parfois, certains en terme de lecture, peut être, ont beaucoup plus la lecture de positionnement que celle de mettre en place les politiques qui vont construire davantage notre pays.

Le PIT, en tout cas, pour ce qui le concerne, est plus ancré dans cette deuxième optique que des questions de positionnement.

Aujourd'hui, si M. Diatta est en train de faire un travail correct pour l'intérêt du peuple sénégalais, il n'y a pas de raison de dire que c'est moi qui doit être à la place de M. Diatta. Je crois que le plus important, c'est de mettre en avant les intérêts de notre pays, le développement de notre pays. Ce bilan, c'est ce que nous faisons constamment.

C'est une lecture assez claire des avancées, des difficultés, mais aussi identifier les actions qu'il faut mettre en place pour corriger ces difficultés.

C'est un travail progressif. Il ne faut pas penser qu'on attend tel moment pour faire le bilan, mais ce sont des actions et progrès quotidiens qu'il faut analyser. Aujourd'hui, une des situations qui interpelle tout le monde, c'est celle sociale.

Pour ne citer que la question des enseignants, c'est une situation qui préoccupe tout le monde. Il s'agit de l'avenir de notre école, du devenir de notre pays, de l'avenir de nos enfants.

Il ne faut pas remettre en question, la question des difficultés soulevées par les travailleurs. Par contre, la manière de solutionner ce problème nécessite que les gens discutent et regardent la réalité en face».

MOUHAMADOU MAWLOUD DIAKHATE, HAUT CONSEILLER ET DIRECTEUR DE L'ECOLE DU PARTI AFP : «On a la propension de demander d'être servi à l'aune de notre poids... »

«Au sein de l'Afp, nous avons un ministre, 6 députés, 8 Hauts conseillers, deux Pca, et un Directeur général d'une direction.

Pour ce qui est du bilan, il y en a en terme comptable des postes et la nature des postes, mais je me voudrais mettre en avant dans le bilan l'expérience que nous sommes en train de vivre dans une coalition qui est inédite au Sénégal, et qui a, toute la duré d'un mandat, tenu la route.

Malgré les difficultés et les couacs notés ça et là, cette coalition a définitivement montré qu'au Sénégal, plus aucun parti politique ne pourra plus gouverner ou aller seul aux élections et gouverner.

On est dans une sorte de gouvernance «inclusive» qui fait que la chose politique est maintenant partagée, même si ce partage là n'est pas encore bien équitable. Mais, c'est un début. D'où ma compréhension de l'appel du président de la République, Macky Sall en disant «il est pour la patrie et non pour le parti».

La deuxième chose qu'on peut mettre dans le bilan, c'est que nous avons partagé un programme qui s'appelle le Plan Sénégal émergent (Pse) et nous sommes en train de dérouler des réformes qui vont marquer de leurs empreintes le territoire sénégalais, que ce soit la réforme foncière, celle de l'Acte III de la décentralisation dont la phase 2 va être entamée bientôt et d'autres types de réformes qui ont changé qu'en même le visage du Sénégal en terme de modernisation et d'innovation.

Ça, ce sont des axes programmatiques qui ont été discutés à haut niveau, qui ont été partagés et qui ont été améliorés par les uns et les autres.

Maintenant, pour ce qui concerne le bilan comptable, c'est-à-dire la participation au gouvernement, la participation au niveau des instances de décision, comme tout parti politique, on a la propension de demander d'être servi à l'aune de notre poids et que cela soit fait sur des référentiels bien précis, comme les résultats aux élections locales, comme aux élections législatives, etc.

C'est à ce niveau là que le travail doit être beaucoup plus approfondi pour permettre aux partis de participer à hauteur de leur représentativité. C'est là où le bât blesse et c'est là où il y a des problèmes.

Mais, nous sommes dans une phase d'apprentissage d'un compagnonnage et il ne peut pas manquer d'avoir ce genre de problème. Je crois que nous sommes en train de vivre un nouveau paradigme et que l'assimilation peut être plus ou moins rapide. Mais, ce rendez-vous là est inratable.

Le bilan est satisfaisant parce que c'est la première fois en Afrique, que le président de la République et le président de l'Assemblée nationale ne soient pas de la même obédience politique et qu'ils aient tenu ensemble, sans vagues, du début à la fin du mandat. Ça c'est quelque chose d'éminemment positive».

MOUSSA SARR PORTE-PAROLE DE LA LIGUE DEMONCRATIQUE : «La LD aurait pu mieux et plus associé à la gestion du pouvoir»

«En 2012, la Ligue Démocratique, à travers ses instances régulières, avait décidé, comme les autres partis de l'opposition de l'époque, de soutenir le candidat de l'opposition qui serait qualifié au second tour contre Me Wade.

C'est ainsi que la Coalition Bennoo Bokk Yakaar a été mise en place. Pour nous, il était important que les forces démocratiques s'unissent pour mettre fin aux dérives de l'époque et gagner ensemble pour gouverner ensemble.

La Ligue Démocratique, au lendemain de la victoire, s'est retrouvée avec un ministre au gouvernement et deux députés, après les élections législatives de 2012. Le Secrétaire général du parti de l'époque (Abdoulaye Bathily, Ndlr) était ministre d'État, de 2012 à 2013.

Notre ancrage à Bennoo Bokk Yakaar a été réaffirmé au 7ème congrès ordinaire du parti en juillet 2013. Depuis, aucune instance du parti n'a pris une décision contraire.

De 2012 à maintenant, nous sommes associés à la gestion du pouvoir, avec, c'est vrai, diverses fortunes. Pour exemple, si à la 12ème législature nous avions deux députés, à la 13ème nous en avons un et deux camarades siègent au HCCT.

Au regard de l'envergure politique et de la contribution de notre parti dans la Coalition, nous sommes fondés à soutenir que la Ligue Démocratique aurait pu mieux et plus associé à la gestion du pouvoir. Mais au delà des intérêts particuliers de notre parti, il y a la gouvernance du pays et le fonctionnement de la Coalition Bennoo Bokk Yakaar.

A la Ligue Démocratique, nous n'avons pas pour le moment procédé à l'évaluation de notre compagnonnage avec le Président de la République.

En nous engageant en 2012 pour la victoire contre Wade, nous avions pris la résolution de faire de la deuxième alternance un succès au bénéfice exclusif des populations.

Notre Bureau politique, en sa session du 10 février 2018, a décidé de convoquer le 8ème congrès ordinaire du parti au plus tard en octobre 2018.

Le congrès, en tant qu'instance suprême du parti, sera un moment privilégié des militants pour faire le bilan du fonctionnement de la Ld et évaluer sans complaisance le compagnonnage avec nos partenaires de Bennoo.

En attendant, nous avons toujours reconnu que de 2012 à maintenant, il y a dans la gouvernance du pays incontestablement des évolutions positives dans tous les secteurs.

Pour exemple, la croissance économique du pays est une réalité irréfutable. De même que son impact sur les services sociaux de base. Personne ne peut nier les efforts de réduction des inégalités sociales et territoriales.

Bien sûr, il reste beaucoup d'efforts à fournir pour mettre définitivement le Sénégal sur la rampe de l'émergence.

Dans des secteurs comme l'agriculture notamment la commercialisation de l'arachide et la justice en particulier la reddition des comptes, il est impératif de faire encore davantage d'efforts. Il en est ainsi pour l'éducation et la santé.

De même, le fonctionnement de la Coalition a connu d'énormes progrès comparativement à ses débuts où elle ne se réunissait presque pas.

De tout cela l'instance appropriée de la Ligue Démocratique reviendra pour procéder à une évaluation objective de notre alliance avec le Président de la République et les autres partenaires de la Coalition. De cette évaluation des perspectives seront dégagées pour le parti et pour le pays».

MAME BOUNAMA SALL DEPUTE SECRETAIRE ELU DU PS : «Il faudrait que ces gens là (Apr) fassent davantage preuve de solidarité, de générosité et d'humilité»

«Ce que je voudrais dire, c'est qu'il y a 2 responsables du Parti socialiste qui jouissent de la confiance du président de la République dans le gouvernement du Premier ministre, Mahammad Boun Abdallah Dionne.

La lecture que nous en faisons, c'est qu'en temps que citoyens et militants du Ps, nos camarades qui sont à la tête de ces 2 importants et stratégiques ministères, de part leur attitude, portent le label du Ps. Ce qui fait que ceux là qui leur ont fait confiance ne l'ont pas regretté de part leur caractère responsable, loyal et compétent.

Dans le cadre de la coalition Bby, nous sommes présents au parlement avec un poste de vice-président, un Secrétaire élu de président de Commission, nous siégeons aussi au sein du parlement de la Cedeao.

Mais, dans tous ces niveaux de responsabilité, je pense que les sénégalais et ceux là avec qui nous sommes, sont d'avis que les socialistes assument pleinement leur responsabilité dans la défense des intérêts des populations, dans une dynamique de solidarité gouvernementale et dans la mouvance présidentielle, tout en conformité de notre ligne politique.

Au Haut conseil, c'est notre Secrétaire général (Ousmane Tanor Dieng, Ndlr) qui est à la tête de cette institution qui, il faut le rappeler, est une institution constitutionnelle parce que relevant de la volonté populaire des sénégalais à l'occasion du dernier référendum. Ensuite, nous avons des camarades qui sont membres du bureau de cette Institution, et qui s'illustrent positivement dans la prise en charge de leur responsabilité.

Mais, ce qu'il faut retenir dans tout ça, c'est que nous ne sommes pas dans une logique de partage de gâteau. Parce que, si c'était le cas, tout le monde sait que le Ps vaut plus que cela, en termes d'efficience de ses ressources humaines, de contribution dans la défense de la coalition Bby, en termes de loyauté dans la traduction en actes des directives du président de la coalition et de la Conférence des présidents de Bby.

Aussi, de ce que nous représentons dans tous les coins et recoins du pays. Donc, s'il s'agissait de partage de gâteau, le Ps aurait eu une attitude autre que celle là. Maintenant, le Ps est un parti souverain, qui a ses structures qui sont libres de donner leur point de vue par rapport à l'orientation politique du parti.

Nous avons été en compagnonnage avec la coalition Bby depuis 2012, au terme de ce compagnonnage, la parole sera redonnée à nouveau aux militants pour qu'ils évaluent lucidement ce que nous avons réussi avec Bby et en termes de dividendes politiques, est ce que ce qui est donné au Ps est proportionnel à sa contribution et à ce qu'elle représente ?

Ce qu'il y a lieu de retenir, un compagnonnage de coalitions de coalitions, c'est un appareil lourd à manipuler. Je pense que c'est une grande prouesse que le président Macky Sall a réussi.

Parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y a un à deux ans de cela, certaines brebis galeuses de sa formation avaient émis l'idée de la séparation du président Macky Sall avec ses alliés. Mais, en responsable lucide, mue par l'intérêt du pays, il a su résister face à ces assauts répétés de certains de ses collaborateurs.

Mais, au delà de ça, il faut saluer et magnifier le caractère responsable des alliés, composés de toutes ces formations politiques qui, qu'en même, il faut le dire, ont en leur tête des hommes d'Etat, responsables et conscients de leurs missions et de leurs responsabilités.

Malgré plusieurs prédictions d'implosion de la coalition, Bby contrairement à l'opposition depuis 2012, continue à aller ensemble à toutes les élections.

Mais, comme toute entreprise humaine, elle mérite d'être amélioré. Il faut qu'en même avoir le courage de dire que les responsables d'Apr, qui est le parti majoritaire, n'appliquent pas les directives que leur donne le président Macky Sall, au niveau de la base.

Leur attitude est source de conflit à la base. Il faudrait que ces gens là fassent davantage preuve de solidarité, de générosité et d'humilité.

Il faut qu'ils fassent preuve de discipline militante telle que déclinée par la charte de notre coalition et que la dernière relève de la veille des dernières législatives dans la fameuse déclaration du président Macky Sall.

Mais, il faut dire que la coalition Bby est une expérience unique dans les sciences politiques au niveau mondial.

C'est ce qui fait même que des pays de démocratie très avancée invitent souvent des responsables de la coalition Bby pour qu'ils leur expliquent les contours et caractéristiques de cette coalition, et la prouesse par laquelle nous sommes parvenus à la mettre en place et à la dérouler depuis 5 ans sans couacs».

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