8 Mars 2018

Burkina Faso: Les uns meurent, les autres se goinfrent

Le vendredi 2 mars 2018, un double attentat a été perpétré à Ouagadougou. Encore une fois, les forces du mal ont frappé en plein jour, un vendredi de prière et de jeûne. Au nom d'un certain dieu-prétexte, ils ont commis l'acte odieux sur l'autel de la barbarie inutile.

C'est triste et révoltant de voir que sous le couvert du Tout-Puissant, de fervents non croyants prêchent la mauvaise bonne nouvelle à feu et à sang. Et dire que c'est ainsi que certains envisagent bâtir un nouveau monde avec une nouvelle donne. Et dire que ce sont nos enfants qu'ils embrigadent sur le terrain de la misère et du désespoir.

Mais entre nous, combien coûte le cerveau humain quand il est mal lavé juste pour servir le mal ? Pour qui sont tombés ces faiseurs de deuil à la fleur de l'âge ? Peut-on vraiment rêver d'un monde meilleur en faisant des cauchemars parce qu'on en a marre ?

Pourquoi diantre, ce sont les envoyés qui périssent à la place des timoniers qui vivent ? Il paraît qu'ils ont craqué parce que ce monde est injuste, mais peut-on justifier le pire en faisant le maladroit justicier ? Il faut vite dire la vérité à la jeunesse en détresse.

Il faut arrêter le fils qui se prépare à rejoindre l'axe du mal. Il faut rendre justice à l'orphelin pour ne pas donner raison à l'assassin qui germera en lui. Il faut défendre le faible qui croupit sous le poids du colosse inassouvi.

Parce que le désespoir et la haine naissent dans le cœur des hommes par la faute des hommes. C'est toujours contre les hommes que cette haine se dresse. Mieux vaut prévenir que guérir. La meilleure déradicalisation ce n'est pas après ; c'est avant.

Cet attentat de plus vient nous rappeler que la vigilance reste de mise. Il interpelle chacun sur son rôle de collaboration en matière d'information. Il rappelle aussi qu'il ne sert à rien de crier sur tous les toits qu'on est prêt à affronter l'ennemi et à en découdre.

Il attire notre attention sur le fait que plus rien ne doit être négligé, occulté ou ignoré. Enfin, il nous prévient sur le risque de nous désunir pour mieux périr. Cet attentat doit être celui qui nous fait le plus réfléchir. Alors, commencez par arrêter les shows médiatiques de spécialistes en sécurité ou en terrorisme international.

Allez vendre la mèche à l'autorité compétente au lieu d'épiloguer sur ce qu'il fallait faire et ce qu'il ne fallait pas faire. Allez souffler à l'oreille du renseignement vos plans bétons de riposte ou de prévention.

Parce que, ceux qui nous frappent sont les premiers à suivre les infos. Sans plaider pour le mutisme, il y a lieu de circonscrire certaines interventions pour ne pas verser dans des révélations malencontreuses. L'autre pan de la lutte est la collaboration des populations.

C'est toujours après-coup que l'on se rend compte que les assaillants ont été aperçus dans un restaurant de la place, au marché ou chez le tablier du coin. Parfois, ils vivent avec nous des mois avant l'acte fatal. Mais combien prennent la peine d'alerter quitte à ce que ce soit une fausse alerte ? Combien dénoncent au nom de l'intérêt général ?

Enfin, quelle récompense pourrait avoir un citoyen anonyme qui met sur une bonne piste ? Même avec cent mille francs, ou un «simple» encouragement du sommet, l'on peut faire des émules dans la dénonciation salvatrice.

A chaque attaque, ce sont des fils du pays qui tombent. Derrière chaque victime, il y a parfois tout un monde ; des malheureux qui devraient désormais apprendre à voler sans ailes.

Mais pendant que les uns pleuraient leurs morts, il y a des Burkinabè qui «s'enjaillaient» à gorges déployées dans les «maquis» entre les tournées de l'inconséquence. Il suffisait de faire un tour à Ouaga pour se rendre compte que ce n'est pas un attentat qui va empêcher «l'Homme intègre» de boire tranquillement sa bière avant de se jeter dans les bras de la première fille de joie.

Il y avait même des festivals de «bouffe» qui ont drainé un monde fou. Pendant que les uns avaient perdu l'appétit, les autres n'avaient que des ventres à remplir. Ils ont peut-être mangé et bu à la mémoire des victimes, qui sait ? L'argent est en train de tout gâter en nous.

La recherche du gain se moque du malheur des victimes. Malgré les appels au calme, certaines femmes ont fait leur show du 8-Mars et après ? Lorsque vous perdez un frère ou un père dans cet attentat, vous ne pouvez pas vous goinfrer devant une dizaine de bouteilles de bière et roter le ventre en l'air.

Quand vous subissez un tel affront à l'intégrité nationale, vous vous noyez plutôt dans le recueillement que dans l'alcool. «Parce que ça n'arrive qu'aux autres.

Parce que personne de ma famille n'était dans les parages». Le recueillement n'est pas synonyme de peur ou de fuite. Il est l'introspection pieuse qui nous permet de fusionner nos énergies positives pour mieux contrer le mal. L'autre terrorisme qui nous guette, c'est l'indifférence, notre indifférence coupable !

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