8 Mars 2018

Burkina Faso: Koudougou - Le voleur, le pistolet du gendarme et le koglwéogo

Un voleur arrêté par les groupes d'autodéfense ? On en voit tous les jours. Mais un voleur appréhendé et enfermé par la gendarmerie qui réussit à se faire la belle en emportant l'ordinateur portable et surtout le revolver de service d'un des gendarmes, cela semble relever de la fiction.

C'est pourtant la prouesse qu'a réussie Augustin Bationo en s'évadant de la gendarmerie de Kyon ; heureusement, il a été arrêté par les Koglweogo de Palogo 24 heures après sa fuite. Il nous a été présenté le mercredi 7 mars 2018.

On se rappelle qu'après la suspension de leurs activités par le ministre Simon Compaoré, suite à l'affaire de Tialgo, les Koglweogo avaient dû reprendre du service sous la pression des populations locales, même si la plupart de leurs motos ont été confisquées et une vingtaine de leurs fusils mis sous scellé. Le présumé voleur qui nous a été présenté se prénomme Augustin Bationo.

Il est âgé de 25 ans et est originaire de la commune de Kyon, dans le Sanguié (30 kilomètres de Koudougou). Appréhendé par la gendarmerie de Kyon pour vol dans une boutique dans la journée du lundi 5 mars, il a réussi la prouesse de se faire la belle en emportant l'arme de poing du gendarme qui était préposé à sa surveillance.

Sa cavale aura duré juste 24 heures, car Augustin Bationo va tomber sur un Koglweogo, en l'occurrence Souleymane Damiba, qui ne mettra pas longtemps à savoir qu'il a en face de lui un suspect.

Invité à venir voir ce supposé voleur qui s'est fait arrêter par la gendarmerie et les Koglweogo en l'espace d'un jour, nous rallions Palogo alors qu'il était 11h tapantes le mercredi 7 mars. Au quartier général des Koglweogo, nous sommes accueilli par une quinzaine de ces jeunes volontaires préposés à la sécurité.

C'est le Wibs-naaba (chef des soldats), Souleymane Damiba, qui va nous conter ce récit digne d'un film d'action : le lundi 5 mars il était allé en brousse dans les environs du village de Goundi (Sanguié, à dix kilomètres de Koudougou) pour chercher de la paille.

C'est alors qu'il est tombé sur un jeune couché sous un arbre avec un sachet et un ordinateur portable à côté de lui. Son instinct de chasseur s'éveilla. « Je l'ai salué et lui ai demandé ce qu'il faisait ici. Il m'a dit qu'il avait un différend avec son père, ce qui l'avait poussé à se retrancher en brousse.

Je lui ai demandé si c'était à lui l'ordinateur. Il m'a répondu que c'est celui de l'enfant de son oncle. Au fil des questions, j'ai trouvé ses réponses peu cohérentes et pas crédibles.

Je lui ai demandé qu'on aille vérifier tout cela chez son oncle. Ce dernier nous dira que l'ordinateur n'est à aucun de ses enfants. J'ai appelé alors trois autres Koglweogo et ensemble nous avons décidé de l'emmener dans notre QG afin de tirer cette histoire au clair », a relaté Souleymane Damiba.

Nous souhaitons collaborer avec les forces de sécurité

En cours de route, Augustin Bationo a sauté de la moto sur laquelle le Wibs-naaba l'avait pris. Il a été poursuivi et dans la tentative de le maîtriser, le sieur Bationo tenta de sortir un pistolet avec son chargeur plein et dont personne ne soupçonnait la présence. Augustin Bationo a tout de même été maîtrisé et conduit au siège des Koglweogo.

Il confirme la version de M. Damiba en précisant qu'il a été emmené à Bobo alors qu'il était petit (il parle couramment le dioula, NDLR).

Là-bas, il avait appris à tailler la pierre avant de revenir au village s'occuper, selon lui, de sa maman. « Ma mère est tombée malade et je n'ai pu avoir de l'aide auprès de mes oncles pour la soigner. C'est alors que j'ai décidé de voler pour honorer ses ordonnances.

C'est après un vol le dimanche 4 mars que la gendarmerie de Kyon est venue m'arrêter à la maison », relate ce jeune qui a été scolarisé jusqu'au CE2.

Il a poursuivi en affirmant que dans la même nuit du dimanche, il a remarqué que le gendarme qui était de permanence a consommé de la bière et s'est assoupi. Il a réussi à retirer les crochets de la porte de la cellule et à sortir, se blessant au passage (il a des écorchures aux poignets).

« Quand j'ai voulu m'échapper, j'ai vu dans une des pièces un ordinateur portable que j'ai pris. J'ai remarqué que le gendarme avait posé son arme sur une table.

Je l'ai prise aussi afin qu'il ne s'en serve pas pour me tirer dessus au cas où il se réveillerait », explique le malfrat. Il a ajouté qu'il est retourné chez lui chercher des habits, puis a décidé de squatter la brousse en attendant de trouver une solution.

Souleymane Damiba a ajouté que Bationo a déjà à son actif plusieurs vols et que lors de son arrestation, la gendarmerie a trouvé chez lui des objets volés.

Un des notables de ce groupe d'autodéfense, nous prenant à témoin des résultats qu'ils engrangent dans la lutte contre le vol, a supplié les autorités judiciaires de leur restituer leurs motos et leurs armes.

Il a aussi demandé la libération de leurs huit camarades emprisonnés depuis leur jugement pour port illégal d'armes à feu. « Les voleurs utilisent des armes à feu contre les citoyens et nous, nous devons lutter contre eux les mains nues. Depuis la reprise de nos activités, les honnêtes citoyens sont soulagés », a-t-il fait remarquer.

Il a précisé que leur groupe a réussi à récupérer et restituer quatre motos volées à des agents de sécurité. « Nous souhaitons collaborer avec les forces de l'ordre afin que nos populations vivent dans la quiétude. Nous demandons juste de la considération et qu'on respecte ce que nous faisons.

Le jour où le gouvernement va dire que les Koglweogo peuvent travailler, vous verrez que les vols vont s'arrêter », relève le vice-président des Koglweogo, Mahamadi Semdé.

Il a indiqué que la gendarmerie en a été informée et qu'elle a même envoyé récupérer l'arme. « Nous avons promis de leur restituer l'arme et le délinquant une fois que nous aurons fini notre travail », assure Mahamadi Semdé.

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