11 Mars 2018

Niger: Bras de fer entre pouvoir et opposition autour de la loi de finances - Qui en sortira vainqueur ?

analyse

Depuis le vote de la loi de finances par l'Assemblée nationale, l'atmosphère sociopolitique est des plus tendues au Niger. Et c'est le moins que l'on puisse dire. Car, depuis octobre 2017, les manifestations de rue se succèdent à l'appel de l'opposition politique catapultée par des organisations de la société civile. Les contestataires exigent l'abrogation pure et simple de ladite loi de finances qu'ils jugent antisociale et anti-populaire.

Toute chose dont ne veut pas entendre parler le pouvoir nigérien qui, d'ailleurs, à travers le ministre des Finances, avait déclaré qu'il ne céderait pas face à la pression de la rue. Cerise sur le gâteau, une grande manifestation réunissant des partis de la coalition au pouvoir, avait été organisée, le 4 mars 2018 à travers le pays, avec pour objectif : soutenir le président Mahamadou Issoufou et la loi de finances.

Parmi les manifestants, on dénombrait des députés et des ministres dont celui de l'Intérieur, Mohamed Bazoum qui, à l'occasion, n'était pas allé avec le dos de la cuillère pour accuser le principal parti de l'opposition, de menées subversives. Morceau choisi : « Le Moden (dirigé par Hama Amadou en exil) veut se draper du manteau de la société civile pour se servir de la loi de finances comme d'un tremplin afin de garantir son projet d'insurrection utopique dont il a toujours rêvé », a-t-il déclaré devant des milliers de manifestants. En tout cas, pour une démonstration de force, c'en était une pour le pouvoir qui avait réussi le pari de la mobilisation.

Les manifs de rue traduisent une vitalité démocratique

Seulement, s'il entendait ainsi rabattre le caquet à l'opposition et à la société civile, il y a lieu de rester prudent. Cela d'autant que les meneurs de la contestation n'entendent pas baisser les bras. « Nous avons le devoir historique de poursuivre la lutte jusqu'à la satisfaction de nos justes et légitimes revendications », avait déclaré l'un d'eux au moment même où le pouvoir et ses partisans battaient le macadam, à Niamey. C'est dire si le bras de fer est engagé entre le pouvoir nigérien et l'opposition soutenue par la société civile.

Du reste, ces deux dernières ont manifesté encore, hier, 11 mars 2018, dans les rues de Niamey comme pour dire au pouvoir qu'il n'a pas le monopole de la mobilisation. Difficile donc pour l'instant de dire qui en sortira vainqueur. Car, des manifs de rue, il n'y a rien d'anormal dans un Etat de droit, pour peu qu'elles ne débouchent pas sur des casses ou autres scènes de violences.

Mieux, elles traduisent à tout point de vue une vitalité démocratique. A preuve, c'eût été sous d'autres cieux que les manifestations de l'opposition n'auraient pas été autorisées. Pire, elles auraient été sauvagement réprimées si les organisateurs avaient décidé d'en braver l'interdiction comme c'est le cas en RDC par exemple, où le Comité laïc de coordination (CLC) souffre le martyre du fait de la boulimie du pouvoir de Joseph Kabila.

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