12 Mars 2018

Sénégal: Décès de Mouhamadou Mbodj - Ultime hommage rendu à un héraut de la société civile

Mouhamadou Mbodj, coordonnateur général du Forum civil et grand patriote, a tiré sa révérence, avant-hier. Un homme qui a toujours milité pour la bonne gouvernance et la transparence. Il a été inhumé au cimetière de Yoff après la levée du corps qui a vu la présence des acteurs de la société civile ainsi que des représentants des partis politiques.

Grand patriote, homme de valeurs et de principes, un vrai acteur de la société civile, les qualificatifs de l'homme font floraison sur la toile et à travers les témoignages. Et Mouhamadou Mbodj l'a bien mérité. L'homme a consacré sa vie à la défense des valeurs et des principes pour un Sénégal meilleur et au profit de ses concitoyens. En co-fondant le Forum civil en 1993 à Dakar, il décidait d'inscrire cet organisme dans la promotion de la bonne gouvernance et dans la lutte contre la corruption au Sénégal.

Parmi ses actions, on se rappelle, entre autres, ses combats au sein de la société civile sénégalaise en faveur de la liberté de la presse, des élections libres et transparences et son rôle joué dans l'avènement de l'alternance en 2012, en coordonnant un groupe d'actions de la société civile lors de la mobilisation contre l'ancien président Abdoulaye Wade. Et l'on se rappelle également sa protestation publique contre la libération de l'ancien ministre, Karim Wade, condamné pour enrichissement illicite et gracié par le président Macky Sall, en juin 2016.

L'homme était un fervent défenseur de la transparence et de la cause juste dans plusieurs domaines qui touchaient la société. Et sa crédibilité, sa pertinence, sa disponibilité pour réagir sur des questions de l'heure, surtout pour les membres de la presse, n'ont jamais fait défaut.

Mouhamadou Mbodj était ainsi et surtout connu pour le grand intérêt qu'il portait aux questions de transparence et de bonne gouvernance. Grand acteur ou grande figure de la société civile, l'homme n'a pas tari de bons témoignages à l'image de ceux du ministre de l'Intérieur qui voyait en lui quelqu'un qui a toujours défendu les intérêts du pays. «C'est un musulman, un homme bien, qui est parti. Un homme qu'on n'a jamais entendu dire des paroles déplacées et regrettables. Il défendait des positions patriotiques. Un vrai patriote est parti» de l'avis d'Aly Ngouille Ndiaye.

Encore, «Mbodj a contribué à la pacification de l'espace politique, surtout celui de ses acteurs, au nom de la société civile. Il a contribué, avec d'autres, à l'émergence de la société civile. Il a œuvré, avec d'autres, à consolider un espace citoyen», certifie de son côté, Dr Cheikh Tidiane Dièye, coordonnateur d'Enda Cacid. En emboîtant le pas, «Mouhamadou Mbodj restait mobilisé en permanence dans la lutte contre la corruption. Il avait initié le premier jury populaire du Sénégal», témoigne Me Assane Dioma Ndiaye.

LE CHEF DE L'ETAT A PRÉSENTÉ LES CONDOLÉANCES DE LA NATION À LA FAMILLE

Le Chef de l'Etat a présenté, avant-hier, les condoléances de la nation à la famille de Mouhamadou Mbodj, coordonnateur du Forum civil, rappelé à Dieu. Le Président Macky Sall s'est déplacé à la maison mortuaire. Il a été accompagné par plusieurs personnalités dont son envoyé spécial, Mme Aminata Touré, le ministre d'Etat auprès du Président de la République, Marième Badiane. Le Président Macky Sall a salué la grandeur de l'homme et son sens élevé du patriotisme.

HOMMAGES DES POLITIQUES ET DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

L'annonce de la disparition de Mouhamadou Mbodj, qu'on savait malade, a suscité de nombreuses réactions. Membres de la société civile et hommes politiques ont tenu à lui rendre hommage.

«Le Sénégal a perdu un grand homme, un vrai patriote, un homme qu'on n'a jamais entendu dire des paroles déplacées et regrettables», a réagi le ministre de l'Intérieur Aly Ngouille Ndiaye.

«C'est quelqu'un qui a toujours défendu les intérêts du pays. C'est dommage qu'il nous quitte à cet âge alors qu'on a besoin de lui», ajoute le ministre. L'ancien Premier, Aminata Touré, dit avoir appris «avec consternation et une grande tristesse» la disparition de Doudou Mbodj du Forum Civil, ainsi l'appelaient ses amis du lycée Gaston Berger de Kaolack. «La communauté des militants des droits humains perd un combattant valeureux qui savait allier engagement sans faille et courtoisie exquise», fait savoir Amina Touré. Le président du Pastef a salué en Mouhamadou Mbodj «une source d'inspiration» pour toute la jeunesse sénégalaise. «Monsieur Mbodj, inconsciemment, a certainement contribué à ma décision d'engagement politique. En effet, c'est Monsieur Mbodj qui m'a appelé, en mai 2008, pour nous proposer de participer aux assises nationales qui étaient leur phase de démarrage. Face à mes réticences à être associé à une activité que je qualifiais de politicienne, il m'assura qu'il s'agissait plutôt d'un exercice citoyen et patriotique qui transcendait les politiques, auquel participaient des organisations syndicales, citoyennes, religieuses, corporatistes et que le Forum civil en assurait désormais la coordination», a dit Ousmane Sonko, très ému.

Dans une lettre publiée hier, Alioune Tine a, lui aussi, rendu hommage à Mouhamadou Mbodj, voyant en lui un «obsédé par l'éthique et la transparence, un monument de la société civile africaine, un des pionniers de la lutte contre la corruption». Selon M. Tine, le défunt coordonnateur du Forum Civil a joué un «rôle fondamental» dans l'institutionnalisation, la crédibilité et la légitimité de l'organisation qui a fortement influencé la création, les orientations de la plupart des organes de contrôles et de régulation des finances publiques au Sénégal. «Si aujourd'hui on parle beaucoup de recevabilité, de transparence, de moralisation de la vie publique, on le doit à Mouhamadou Mbodj et au Forum Civil», a soutenu M. Tine. Dr Cheikh Tidiane Dièye, coordonnateur d'Enda Cacid, une organisation de la société civile, pleure aussi Mouhamadou Mbodj, «un nom pour toujours associé au combat» pour la justice et la transparence. «Il a contribué à la pacification de l'espace public, à l'émergence de la société civile et à la consolidation d'un un espace citoyen», affirme Dr Cheikh Tidiane Dièye.

Mouhamadou Mbodj qui repose désormais au cimetière de Yoff avait co-fondé le Forum civil, en 1993, à Dakar, un organisme ayant pour but de veiller à la bonne gouvernance et à la lutte contre la corruption au Sénégal. Dans ce cadre, il publiait, chaque année, le rapport de Transparency international sur le Sénégal. Mouhamadou Mbodj était aussi connu pour son engagement en faveur de la liberté de la presse, du respect des droits de l'homme et des élections libres et transparentes. « Mbodj a livré un éternel combat pour la liberté. C'est une référence qui s'en est allée», estime Doudou Ndir, président de la Commission électorale nationale autonome (Cena).

Abdoulaye DIALLO

UN INFATIGABLE COMBATTANT DE L'ETAT DE DROIT S'EN EST ALLÉ

Samedi, vers 12 heures, au bout du fil, mon rédacteur en chef m'informe que Mouhamadou Mbodj, coordonnateur du Forum Civil, est décédé. Je suis aussitôt envahi d'une grande tristesse. Un homme bien est parti. Un homme fin et élégant a fini de servir ses compatriotes.

L'illustre disparu, je l'ai connu à travers mon métier après l'élection présidentielle de février 2007. Mais avant, je le suivais à travers les médias et me délectait de ses sorties médiatiques marquées par la profondeur de ses analyses, sa fine connaissance de la scène politique et surtout des acteurs qui l'animent.

Quand il fallait décortiquer la victoire au premier tour de Me Wade, Président sortant et de ce qui allait structurer la vie politique durant son second mandat, j'ai pensé à lui et proposé à ma rédaction de l'interviewer. Il me donna rendez-vous au siège du Forum Civil.

Le jour de l'entretien, il était déjà sur place mais l'entretien est décalé d'une heure. M. Mbodj rencontrait une délégation de l'Union européenne. Oui, grâce à sa science, il était consulté par tous ceux qui s'intéressent à la vie et à la marche du Sénégal. Après l'entrevue, qui a tiré en longueur, il est venu personnellement me chercher en me présentant ses excuses pour l'attente.

Un échange à bâtons rompus a suivi. A la fin, il me dit qu'il était content de l'entretien et des questions abordées. Celles-ci tournaient, en substance, autour de la configuration du champ politique avec la victoire de Me Wade et la contestation des résultats de l'élection présidentielle, la posture de l'opposition et que faire pour sortir du pays d'un blocage avec les positions tranchées des deux camps.

Je peux l'avouer, aujourd'hui. Ce jour-là, j'ai rencontré un homme d'une exquise courtoisie avec une vaste culture politique, qui connait bien la chose politique. Avec des mots simples, accessibles, il m'a permis et, à travers les colonnes du Soleil, à de nombreux Sénégalais, de décrypter la situation politique d'alors et la trajectoire du pays au cours du second mandat de Me Wade. Dans l'entretien, il m'avait dit qu'on allait vers une rupture du dialogue politique et il lançait un appel pressant et insistant à la classe politique pour que le pouvoir et l'opposition s'asseyent autour d'une table pour discuter et arriver à des consensus forts, pour consolider la démocratie sénégalaise et l'Etat de droit.

Tel était l'homme. Un combattant infatigable de la démocratie et de l'Etat de droit. Malheureusement, sa prédiction s'est réalisée. Après avoir contesté les résultats de l'élection présidentielle, l'opposition d'alors boycotta les législatives de 2007 et organisa les Assises nationales avec d'autres acteurs notamment ceux de la société civile. Et Mouhamadou Mbodj faisait partie de ceux qui pensaient que ces Assises nationales allaient être une excellente tribune pour discuter et parvenir à des consensus forts. Malheureusement, tel ne fut pas le cas. Le camp présidentiel boycotta ces assises nationales.

Depuis ce premier entretien, nous avons gardé de bonnes relations. Et chaque fois que j'avais besoin d'un éclairage sur certaines questions, il me recevait et on discutait. Je garde de lui un homme simple, accessible. Et comme l'a écrit l'ancien Premier ministre Aminata Touré, il était « un combattant valeureux qui savait allier engagement sans faille et courtoisie exquise ».

Oui, dans ses analyses et différentes sorties, parfois, malgré la gravité de la situation, il savait utiliser les mots justes, sans blesser ou verser dans le catastrophisme ou l'outrance, pour décortiquer les situations les plus complexes et proposer des solutions. Son sens des responsabilités faisait qu'il avait la parole rare.

Ce qui est une grande qualité dans ce pays. Je retiens de l'illustre disparu qu'il a contribué, dans la discrétion, à la pacification de l'espace politique sénégalais, à la fortification de la société civile. De son vivant, il s'est battu pour l'émergence d'un espace citoyen où les questions de bonne gouvernance et de transparence doivent être au cœur de l'action publique. Avec son décès, le Sénégal perd un grand homme. Et les mots me manquent pour dire tout le bien que je pense du défunt. Je m'honore de l'avoir connu et prie le bon dieu qu'il l'accueille dans son paradis.

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