13 Mars 2018

Burkina Faso: Delestages annoncés par la Sonabel - Ce mal qui s'apparente au SIDA

Décidément, le Burkina a mal à la SONABEL, voire à sa politique en matière d'énergie. En effet, depuis pratiquement dix ans, voire plus, les Burkinabè souffrent dans leur chair de délestages, surtout en période de canicule.

Et 2018 va ressembler comme deux gouttes d'eau aux autres années. C'est du moins l'annonce qui a été faite par la Nationale de l'électricité. La mauvaise nouvelle a été apportée aux Burkinabè lors d'un point de presse tenu le vendredi 9 mars.

Pour être précis, la SONABEL a tenté de se justifier ainsi qu'il suit. Selon son Directeur général, cette année encore, sa structure ne pourra pas faire face à la demande des populations.

Le déficit est estimé à 50 MW. Pour lui, le problème est lié à un déséquilibre persistant entre l'offre et une demande de plus en plus forte, dont le taux de croissance annuel est d'environ 13MW.

Le DG a, en outre, ajouté que malgré l'augmentation du niveau d'importation d'énergie de la Côte d'Ivoire depuis 2017, avec une puissance moyenne de 70 MW, et malgré la réhabilitation de 5 groupes thermiques, la situation demeure critique.

Dans la foulée, le patron de la SONABEL a évoqué le problème du projet d'interconnexion Bolgatanga-Ouagadougou qui était très attendu pour permettre de traverser sans encombre la période caniculaire, cette année.

Le hic, c'est que du côté ghanéen, l'on accuse un grand retard. Pour finir, le DG n'a pas manqué d'évoquer la centrale solaire de Zagtouli. A l'entendre, cette installation injectera sa pleine capacité sur le réseau national interconnecté pendant cette période critique.

Il a, toutefois, indiqué que son appoint ne sera perceptible que dans la journée. Toutes ces explications à n'en pas finir, n'intéressent véritablement pas les clients de la SONABEL. Ce qui les intéresse, c'est que la SONABEL fasse tout pour rendre l'électricité disponible 24h/24.

Le Burkina a trop souffert du manque de vision en politique

Les Burkinabè sont d'autant plus dans cet état d'esprit que chaque année que Dieu fait, la SONABEL avance pratiquement les mêmes raisons pour justifier son incapacité chronique à faire face à la période caniculaire.

Et l'on peut mettre sa main au feu que l'année prochaine, elle exhumera les mêmes raisons pour justifier les délestages. Depuis 10 ans, les Burkinabè en souffrent de manière récurrente au point que l'on peut assimiler le phénomène à un mal qui s'apparente au Sida.

Cette analogie est d'autant plus pertinente que face au déficit, la seule alternative pour la SONABEL pour atténuer les choses est l'implacable délestage.

L'on avait eu la faiblesse de croire que le régime de Roch Marc Christian Kaboré apporterait dans les meilleurs délais une thérapie de choc à ce grand mal qui ronge le Burkina depuis des lustres.

L'on peut faire le constat que le même tâtonnement qui a caractérisé les différents régimes qui se sont succédé à la tête du pays, est toujours d'actualité. Aujourd'hui, le Burkina semble jeter son dévolu sur l'énergie solaire.

Avec l'expérience de la Centrale solaire de Zagtouli, l'on peut mettre en doute l'efficacité de ce choix, puisque selon le DG de la SONABEL, l'appoint de cette unité ne sera perceptible que dans la journée. La nuit venue, la centrale de Zagtouli est pratiquement inutile.

C'est dans ce contexte que, toutes affaires cessantes, le président du Faso a décidé de prendre part au sommet de l'Alliance solaire internationale (ASI) en Inde. L'occasion est belle pour la SONABEL pour servir encore du vent aux Burkinabè.

Car, comme le dit l'adage, « il n'y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ». Et en matière de politique énergétique digne de ce nom, l'on peut se risquer à dire que le Burkina ne sait pas où il va. Comme objection, les autorités peuvent brandir la politique d'interconnexion avec la Côte d'Ivoire et le Ghana.

Mais là aussi, les gouvernants doivent se rendre à l'évidence que lorsque l'on dort sur la natte d'autrui, c'est comme si l'on dormait à même le sol. L'autre objection que les autorités ne manqueront pas de faire, c'est qu'elles n'ont pas eu suffisamment de temps pour régler les problèmes d'énergie du Burkina.

Toutes ces explications ne sont recevables que sous nos tropiques. Car, même avant d'accéder aux manettes de l'Etat, tout parti politique digne de ce nom, doit avoir dans son projet de société des réponses claires aux préoccupations des populations.

Ce n'est pas une fois au pouvoir que les uns et les autres doivent se démener comme des beaux diables pour chercher à les résoudre.

Le Burkina a trop souffert de ce manque de vision en politique. Les délestages que la SONABEL impose aux Burkinabè chaque année, à la même période, est une des conséquences de ce pilotage à vue.

Burkina Faso

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