13 Mars 2018

Sénégal: La socièté civile porte le combat pour le désensablement de la Casamance

Des jeunes filles, beaucoup de jeunes filles armées de petits matériels de nettoiement, accompagnées d'autres jeunes hommes pour débarrasser le pont de ses tas d'immondices. L'image accroche tous les passeurs au centre ville de Kolda, le dimanche.

A Kolda, une des rares villes coupée en deux par un cours d'eau (la Casamance), les Amis du Fleuve entendent plaider pour le curage de ce bras de la Casamance qui est en train de disparaître lentement mais progressivement à cause de l'ensablement et de sa transformation en dépotoir d'ordures.

Mais, en attendant, à l'initiative des Amis du Fleuve, des bonnes volontés s'investissent à rendre ce cadre attrayant, en attendant d'être rejoints par les autorités locales et au sommet. C'est le constat fait dans ce reportage réalisé avec l'appui d'Institut Panos Afrique de l'Ouest (Ipao).

9h12 mn sous le pont Abdou Diallo tout neuf de Kolda. C'est le dernier dimanche du mois de février. L'ambiance est peu habituelle. Une foule bigarrée mixte, avec une prédominance de jeunes filles, des dames un peu plus âgées «investit» ce joyau construit tout récemment sur financement du MCA.

Ça rigole... à tout va. L'image accroche tous les passeurs au centre ville de Kolda. Fama, une des jeunes filles, enseignante de profession, distribue des gangs avec un petit matériel de nettoiement: râteaux, pelles, brouettes...

Plusieurs autres jeunes filles, portant des tee-shirts avec le logo des «Amis du fleuve» commencent à ramasser les objets et autres saletés sur le lit du cours d'eau qui coupe la ville de Kolda en deux. Sous le fleuve, le bruit des moteurs est perceptible, surtout ceux des gros porteurs.

De temps en temps, certains travailleurs semblent être perturbés par cette circulation de voitures au-dessus de leurs têtes. C'est le coup d'envoi d'un long combat contre l'ensablement et pour libérer le fleuve qui vient d'être donné. Et il en sera ainsi tous les dimanches, promettent les initiateurs.

En effet, ce fleuve qui faisait l'originalité de Kolda et plaçait cette commune dans le cercle des villes traversées par un cours d'eau est en voie de «Mbeubeutissation»*.

Pis, une bande de sable a fini d'obstruer l'écoulement de l'eau jusqu'au lit de ce fleuve, seules quelques brèches tiennent encore avec une eau qui coule tranquillement. Différents types de déchets flottent ou s'entassent sur ce sable.

Des sachets plastiques aux restes d'animaux, en passant par des déchets liquides à côté, le décor est plus que désolant. C'est un visage hideux qu'offre ce prolongement du fleuve Casamance. C'est compliqué et il faut mener un «combat» acharné pour redonner à cette zone humide son lustre d'antan.

Heureusement, des bonnes volontés, des amis de la nature, pardon, du fleuve sont prêts à relever le défi, malgré les maigres moyens. Nettoyer le cours d'eau chaque dimanche, voilà ce que s'est assigné ce groupe.

Sachant que les pollueurs attendent dès l'après-midi pour recommencer leur sale besogne. En attendant le démarrage du désensablement suivi du dragage, un vœu pieux des populations, qui nécessite de gros moyens, avec l'implication des autorités au sommet.

Dire que jadis la Casamance était navigable jusqu'à Kolda. Les chalands venaient accoster ici, la pêche y était une activité lucrative et ce jusqu'au début des années 1990.

L'écosystème était diversifié avec une faune et une flore marine riches. A titre d'exemple, des lamantins faisaient des apparitions éphémères, attirant souvent les jeunes et créant des attroupements parfois monstres sur le pont pour apprécier ces mastodontes marins.

Situé au centre ville, les berges sont depuis occupées par les gargotiers et autres cantines et tabliers. Les marchands et autres ouvriers y déversent toutes sortes d'ordures. Cela à n'importe qu'elle heure. Des maisons construites durablement à quelques mètres du lit du fleuve jalonnent ces berges.

Faisant fi des Code de l'environnement et de l'urbanisme et de toute autre loi qui interdit ce type de construction en de tels endroits. Pire encore, tout espace ensablé est automatiquement récupéré par quelqu'un.

Fatou est élève en classe de Première (1ère), elle vient tous les dimanches participer aux travaux. Elle explique sa motivation par l'envie d'avoir enfin un véritable fleuve. «Faire des actions concrètes avec tous pour inciter les autorités à curer puis draguer le fleuve.

En plus, des débats qui suivent après le travail nous permettent de mieux comprendre certains enjeux de l'environnement. Aussi, il y a une belle ambiance.»

Chaque journée de travail est en effet clôturée par une causerie sur la poursuite des activités, les informations sur les différentes démarches entreprises pour arriver au but clairement affiché: obtenir le curage puis le dragage du fleuve. Il s'agit d'instants de débats démocratiques, sous la conduite de Tidiane Ndiaye, directeur exécutif de l'association Amis du Fleuve.

Fanta Mballo, une jeune élève, par ailleurs directrice adjointe, informe sur les différents contacts qui se poursuivent du côté des autorités administratives, les élus mais aussi ceux qui s'intéressent de plus à cette question environnementale. Elle se réjouit de la forte mobilisation, surtout des filles plus nombreuses dans l'association, pour cette cause.

Toutes les filles rencontrées semblent heureuses d'être utiles à leur commune. Des clubs dans les quartiers et dans les écoles verront bientôt le jour disent-elles.

«Tant que tous les Koldois (es) et ceux qui aiment Kolda ne se lèveront pas tous pour faire le plaidoyer pour un fleuve propre, curé et dragué, la sensibilisation continuera», déclarent-elles, le sourire aux lèvres, le regard grave comme si elles entrevoyaient l'énormité de la tâche qui les attend. Mais, «impossible n'est pas Koldois» répètent-elles en chœur.

Ainsi donc chaque dimanche, le nombre de filles augmente et c'est très encourageant. «Quand ce sont des jeunes filles qui sont en tête dans la préservation de notre cadre de vie, le futur devient rassurant car, demain, elles seront appelées à assumer des responsabilités dans leurs familles.

Et, si cette fibre «écologiste» continue, nous aurons de bons citoyens qui vont respecter l'environnement», soulignent les responsables. Avant de se disperser, un planning sur les différentes tâches à faire avant le dimanche suivant est arrêté.

Une séance de dégustation de poissons grillés clôture ces journées de travail des Amis du fleuve. L'horloge affiche 13h45, le soleil a fini d'irradier l'espace. L'heure est venue de prendre congé des lieux, chacun peut rentrer chez-soi pour se reposer ou vaquer à d'autres occupations, c'est selon.

*Néologisme pour dire que le fleuve est en train d'être transformé en dépotoir d'ordures, à l'image de Mbeubeuss à Dakar

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