13 Mars 2018

Congo-Kinshasa: Présidentielle - Quand Katumbi met les pieds dans le plat

Photo: laprosperiteonline
Moïse Katumbi (archive)

Alors que le mystère plane encore sur la tenue de la présidentielle prévue pour fin 2018 en RDC, Moïse Katumbi, depuis Johannesburg en Afrique du Sud, a mis les pieds dans le plat. Porté par une coalition forte d'une quinzaine de partis politiques, l'ex-disciple de Joseph Kabila en rupture de ban avec son maître, a clairement affiché son intention de lui succéder.

Il n'en fallait pas plus pour créer l'émoi dans le landerneau politique congolais, aussi bien au niveau de la majorité au pouvoir que dans celui de l'opposition. C'est du moins ce que laissent croire les différentes réactions enregistrées face à cette annonce de candidature.

En effet alors que le parti au pouvoir table déjà sur la double nationalité de celui qui constitue aujourd'hui sa bête noire pour juger irrecevable sa candidature, une partie de l'opposition se dit surprise et prise de court. Que cache cette hostilité vis-à-vis de la candidature de Katumbi ?

Katumbi devrait s'attendre à voir les entraves se multiplier sur son chemin

Du côté du pouvoir congolais, cette réaction qui frise la fébrilité, est des plus logiques. Non seulement elle s'inscrit en droite ligne de la « politique d'endiguement» de l'opposant entré en disgrâce avec le régime pour avoir lorgné le fauteuil présidentiel, mais elle cache aussi mal l'ambition du président Joseph Kabila de se présenter pour la présidentielle de 2018 en violation de tous les textes et des ,règles du jeu démocratique. Katumbi qui a déjà du mal à se défaire des mailles de la justice en RDC, devrait donc s'attendre à voir les entraves se multiplier sur son chemin.

Quant à la réaction peu enthousiaste de l'opposition, elle s'explique par le fait que non seulement la candidature de Moise Katumbi fait nécessairement ombrage à certains de ses leaders et réduit leurs chances dans la course au pouvoir compte tenu de son envergure et de ses moyens financiers, mais elle est aussi symptomatique de divisions en son sein.

Quoi qu'il en soit, l'on peut penser que cette opposition file du mauvais coton en se perdant dans des querelles internes dans un scrutin à un seul tour où la majorité d'en face pourrait présenter un candidat unique dont le profil s'apparente de plus en plus à celui de Joseph Kabila.

Cela dit, quelles que soient les motivations pour lesquelles l'annonce de Johannesburg fait des vagues, elles confirment toutes une chose : le sérieux et la qualité de la candidature de Katumbi.

L'homme a non seulement la carrure de la fonction en raison de son expérience passée au sein de l'appareil d'Etat, mais aussi les moyens de réaliser son ambition au regard de l'empire financier dont il dispose. C'est donc un redoutable challenger pour Kabila.

La question que l'on peut cependant se poser est celle de savoir comment depuis son exil, Katumbi qui est sous le coup d'une condamnation et qui est menacé d'être arrêté dès qu'il foule le sol congolais, peut espérer remporter l'élection sans aller sur le terrain.

Peut-être compte-t-il sur la mesure d'élargissement des prisonniers politiques contenue dans l'Accord de la Saint-Sylvestre? En attendant de voir le coup de prestidigitation par lequel Katumbi va se tirer d'affaire, l'on peut déjà se féliciter de son sens de l'opportunisme politique.

Cette annonce de candidature est une véritable opération de communication politique

En effet, en se positionnant aussi tôt sur la ligne de départ de la course à la présidentielle, il prend une longueur d'avance sur les autres candidats de l'opposition qui continuent de gaspiller leur énergie dans la lutte contre l'éventualité de la candidature de Joseph Kabila, oubliant que la conquête du pouvoir d'Etat passe aussi par l'élaboration d'un programme cohérent de société.

Mieux, tirant leçon de la sagesse qui dit que « l'on n'apprend pas à monter à cheval le jour de la course », il prépare ses troupes avant le combat et ce, dans le secret espoir de garder le devant de la scène, s'il venait à rallier à sa cause d'autres combattants.

Par ailleurs, en annonçant sa candidature au moment où Kabila fait l'unanimité contre sa personne dans toutes les couches de la société, il devient ainsi le symbole de la défiance vis-à-vis du régime et capitalise toute la sympathie populaire.

Il s'agit d'un gain, politiquement parlant. Enfin, l'homme, par sa sortie depuis l'Afrique du Sud, participe à l'empoisonnement de l'atmosphère politique, accentuant la pression sur Joseph Kabila.

Cela dit, cette annonce de candidature est une véritable opération de communication politique dont les effets peuvent être des plus positifs. Cela n'exclut cependant pas le fait qu'elle est porteuse de nombreux risques et menaces.

Car, en se positionnant de la sorte, Katumbi s'isole et pourrait ainsi devenir la cible de tirs groupés du pouvoir et de l'opposition. En outre, il y a le risque de l'essoufflement avant le « sprint final ».

En fait, on ne le sait que trop bien, les annonces de candidature à la magistrature suprême, ont presque toujours constitué le top départ pour l'exhumation de dossiers sales des candidats, avec les conséquences que l'on connaît.

Et le risque est d'autant plus élevé pour Katumbi qu'il a participé à la gestion du pouvoir et a, de ce fait, peut-être des dossiers qui dorment encore dans les tiroirs.

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