13 Mars 2018

Afrique: "Pour le Pape François, l'Afrique est un continent d'avenir"

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À l'occasion du cinquième anniversaire du Pape François au Vatican, l'archevêque de Bangui, Dieudonné Cardinal Nzapalainga, tire un premier bilan de son pontificat.

Ce mardi 13 mars 2018 marque le cinquième anniversaire du Pape François au Vatican. À cette occasion, l'archevêque de Bangui, Dieudonné Cardinal Nzapalainga se confie à la DW.

Il explique comment le pape prône le contact avec les populations les plus isolées et comment il poursuit l'œuvre de son prédécesseur, Benoit XVI, en soutenant l'Afrique, le "poumon de l'Eglise catholique."

Deutsche Welle : Quel bilan faites-vous de plusieurs années de collaboration avec le Pape François ?

Dieudonné Cardinal Nzapalainga : "Normalement il ne revient pas à chacun de faire le bilan, cependant on peut peut-être même modestement dire ce que nous avons pu réaliser avec ce grand homme. C'est un pape qui s'est intéressé au "périphérique". C'est un homme de foi et l'église de Centrafrique, le peuple de Centrafrique qui était à la périphérie, abandonné, a touché le cœur de cet homme qui est venu ici. Je peux dire qu'à la suite de sa visite, les barrières pour aller à la rencontre de l'autre ont été levées. Aujourd'hui, nous allons aller au kilomètre cinq. Il y a quelques années, cela était impossible. Nous avons demandé, à la suite du Pape qui était allé au kilomètre cinq, qui était allé chez les protestants, d'ouvrir nos cœurs et d'engager le dialogue. Aujourd'hui, il y a le dialogue de manière permanente. Si vous voyez bien, je fais de petits efforts pour aller à l'intérieur du pays. C'est le cas à Bouar, à Bangassou, à Bambari, et encore à Ndélé, pour toucher du doigt la réalité, la souffrance, la joie, les angoisses, les attentes du peuple centrafricain et pouvoir porter la voix des sans voix."

"Plus de transparence"

DW : Quels sont les changements positifs ou négatifs que vous pouvez retenir des cinq ans de ce pape ?

Dieudonné Cardinal Nzapalainga : "Si vous regardez bien, au niveau de la curie, il a aménagé, il a transformé beaucoup. Ce qui ne plaît pas à tout le monde. Tout changement cause des remises en question. Il a donc invité tous ceux qu'il a autour de lui à s'inscrire dans cette perspective. Et aussi, la façon d'appréhender les événements du monde, il n'a pas peur, non seulement de parler mais de se déplacer pour aller au cœur de l'action. Nous l'avons vu en RCA, nous l'avons vu en Italie aussi, avant que le monde entier ne commence à parler des naufrages, il était allé à Lampedusa. Pour dire : bougeons-nous, mobilisons-nous, ce sont des êtres humains qui arrivent, on n'a pas le droit de les laisser échouer, mourir comme des bêtes. Il avait déjà attiré l'attention des gens. Et nous voyons avec les Rohingyas en Birmanie qu'il attire l'attention des gens pour dire qu'il ne faut pas utiliser la religion pour diviser. Non seulement il le dit mais il se déplace sur les lignes de fractures pour les réduire. Il a transmis une nouvelle joie pour dire que le chrétien n'est pas quelqu'un de triste, il doit être un homme de joie qui se lance pour les autres. Ce sont des chantiers qu'il a ouverts, au niveau des finances du Vatican pour qu'il y ait de la transparence. Et ces sont ces chantiers nouveaux qui sont souvent des réponses."

DW : Le pape François a bousculé certaines lignes telles que l'homosexualité. Qu'est-ce que cela a eu comme un impact sur la vie de l'église?

Dieudonné Cardinal Nzapalainga : "En fait, le pape n'a pas renié l'anthropologie chrétienne. Dieu a créé l'homme et la femme. Mais si quelqu'un choisi une voie, le pape a dit clairement : Qui suis-je pour condamner ? Il laisse cette personne avec son tribunal de conscience devant Dieu et il propose la ligne que l'église est en train de montrer aux gens. Ce n'est pas en chassant ou en excluant l'autre qu'on aura la solution."

"Il a demandé de prier pour la République démocratique du Congo"

DW : Comment voyez-vous la relation du souverain pontife avec l'Afrique ?

Dieudonné Cardinal Nzapalainga : "Le souverain pontife est un homme de Dieu qui aime beaucoup l'Afrique. Si vous vous souvenez bien, quand il est arrivé au pontificat, parmi les crises qu'il avait nommées, la Centrafrique en faisait partie. Il a commencé à indiquer les crises en Afrique et il a dit qu'il aimerait aller en Afrique. Benoît XVI l'avait dit : c'est le poumon de l'église. Il va falloir qu'on s'investisse spirituellement à plusieurs niveaux pour que l'Afrique puisse se rééquilibrer comme les autres. Et lui-même il ne ménage pas sa peine. Dernièrement, il a demandé de prier pour deux pays qui sont en Afrique alors qu'il y avait la Syrie et d'autres pays qui étaient en guerre. Il a demandé de prier pour la République démocratique du Congo et le Sud-Soudan. L'église catholique universelle, le monde entier, a prié un vendredi 09 février pour ces deux pays. C'est énorme. Cela montre l'amour qu'il a pour l'Afrique qui est un continent d'avenir."

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