18 Mars 2018

Afrique: Présidentielle en Russie - C'est comme au Gondwana !

analyse

Hier, dimanche 18 mars, les Russes se sont rendus aux urnes pour élire leur président. Pour un non-évènement, c'en est un. Car, tout le monde sait déjà, à 100%, le nom du candidat qui en sortira vainqueur.

En tout cas, personne ne doute que l'heureux élu sera Vladimir Poutine, à commencer par les sept autres candidats qui, en toute conscience, ont choisi, peut-on dire, de faire le jeu de ce nouveau Tsar.

Ce dernier peut déjà se frotter les mains en ce sens que le caractère pluraliste du scrutin a été bel et bien respecté. La forme était donc au rendez-vous. Toujours dans le même registre, la Russie peut se vanter de tenir la présidentielle, comme d'ailleurs les autres scrutins, dans les délais constitutionnels. Mais tout cela n'est que du vernis démocratique.

La présidentielle Russe est un véritable simulacre de démocratie

Il ne peut séduire que ceux qui se limitent, dans leur appréciation de la présidentielle, à l'apparence des choses. Tous ceux qui savent distinguer le bon grain de l'ivraie, sont convaincus que la présidentielle Russe qui s'est tenue hier, est un véritable simulacre de démocratie.

En réalité, c'est comme au Gondwana. Et voici les arguments qui permettent de faire cette comparaison. D'abord, en Russie, comme sous nos tropiques, l'on peut faire le constat que les candidats de l'opposition, c'est-à-dire ceux qui sont susceptibles de contrarier le candidat du pouvoir, sont diabolisés de telle sorte qu'ils ne peuvent pas prendre part avec succès au scrutin. L'opposant qui en est l'incarnation aujourd'hui, est Alexeï Navalny.

En effet, ce dernier est présenté par le discours officiel comme une personnalité qui est d'intelligence avec les pays occidentaux, pour nuire aux intérêts de la grande Russie. Et si nous étions encore à l'époque de l'URSS (Union des républiques socialistes soviétiques), Alexeï Navalny aurait fini ses jours dans un goulag.

Sous nos tropiques, à défaut de brandir cet argument dont seuls les Russes ont le secret, l'on ne se gène pas de remettre en question la nationalité du candidat qui dérange au plus haut point le pouvoir. Ainsi, en RDC (République démocratique du Congo) aujourd'hui, le pouvoir de Joseph Kabila crie sur tous les toits que l'opposant Moïse Katumbi, qui a pourtant été un compagnon de route de Kabila fils, est un illustre Italien.

Avant lui, Alassane Ouattara, alors qu'il était dans l'opposition, avait eu droit au même traitement. On l'accusait notamment d'être Burkinabè. Et la liste est loin d'être exhaustive. La deuxième raison qui permet de dire que les choses se passent en Russie comme au Gondwana, est la suivante. Tout l'appareil de l'Etat et toute la machine administrative sont exclusivement au service du candidat du pouvoir.

Et aucun détail n'est négligé pour lui permettre de rafler sans encombre la mise. De ce point de vue, l'on déploie tout ce que le pays compte comme ressources pour permettre au puissant du moment de triompher. Aussi met-on à contribution des médias d'Etat, la puissance publique pour qu'il en soit ainsi.

Et gare aux agents de l'administration qui rechignaient à jouer ce rôle avec perfection. Dans le meilleur des cas, ils reçoivent des affectations-représailles. Dans le pire des cas, ils courent le risque d'être rayés des effectifs de l'administration publique.

Poutine, le nouveau Tsar de la Russie

Dans ces conditions, il faut être d'une témérité qui s'apparente à la folie pour refuser de faire le jeu du candidat du pouvoir. Enfin, la troisième raison qui soutient la thèse selon laquelle la Russie est le frère siamois du Gondwana, est la suivante : les candidats à la présidentielle, rivaux du candidat du pouvoir, jouent le rôle de candidats « motards ». Ils sont, en réalité, des candidats qui ont été suscités par le pouvoir pour accompagner l'homme fort de Moscou.

Très souvent, leur campagne est gracieusement financée. Et cerise sur le gâteau, c'est qu'à la fin de la comédie, le pouvoir n'hésite pas à délier les cordons de la bourse pour les mettre à l'abri du besoin. Et l'on peut parier, sans grand risque de se tromper, que les sept autres candidats à la présidentielle russe, sont en train de jouer ce rôle. Et de ce point de vue, il ne serait pas étonnant que le cumul de leurs voix n'atteigne pas 10% de l'ensemble des suffrages exprimés. Mais que voulez-vous ?

Ainsi fonctionnent les démocraties bananières. Et comme il sied d'appeler le chat par son nom, il faut dire que la démocratie russe en est une. Et les choses ne pouvaient pas en être autrement. En effet, Vladimir Poutine est un pur produit du système soviétique. Et il en a appris beaucoup de choses. La première est que tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins. Le qu'en-dira-t-on importe peu.

L'essentiel, pour lui, est d'être craint comme l'ont été bien avant lui Staline et autres. La deuxième des choses du système soviétique qu'il a apprise par cœur, est de jouer à fond, chaque fois que de besoin, la fibre nationaliste. Aujourd'hui, c'est cela la principale arme de l'homme fort de Moscou. Et elle consiste à présenter la Russie comme un pays qui est au centre de toutes les conspirations des pays occidentaux.

De ce fait, Vladimir Poutine n'hésite pas à revêtir les habits de la personnalité politique, la seule qui est capable de sauver la patrie face à l'adversité. Et de ce point de vue, il mettra à profit la tension diplomatique actuelle entre son régime et les pays occidentaux à propos de l'empoisonnement d'un ancien agent secret de la Russie dont on l'accuse, pour conforter sa posture d'homme politique dont le leitmotiv est la réhabilitation de la Russie, digne des Tsars.

D'ailleurs, il convient de l'appeler Poutine, le nouveau Tsar de la Russie. Car, le Tsar n'est pas élu, il est nommé à vie. En tout cas, la présidentielle d'hier est tout sauf un rendez-vous démocratique. Et tous ceux qui sont en train de prédire un faible taux de participation, l'apprendront à leurs dépens. Le taux de participation risque d'être soviétique. Car, en matière de technologie liée à la fraude électorale et à la fabrication de résultats électoraux, la Russie de Poutine, à l'image du Gondwana, est un orfèvre.

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