18 Mars 2018

Burkina Faso: Retour au tribunal

éditorial

Après un faux départ, dû à des questions de légalité du tribunal soulevées par les avocats de la défense, le procès du putsch manqué du 16 septembre 2015 reprendra cette semaine. En effet, après trois semaines de suspension, le deuxième round de ce procès emblématique devrait s'ouvrir après-demain mercredi 21 mars 2018, tel qu'annoncé par le procureur militaire.

Cette reprise va, sans doute, rassurer une bonne partie des Burkinabè, qui appréhendait un renvoi aux calendes grecques de ce jugement tant attendu.

L'on comprend la soif de nombre de citoyens de savoir ce qui a bien pu pousser les éléments de l'ancienne garde présidentielle et leur meneur, le général Gilbert Diendéré, à attenter à la marche de la République, surtout à la veille d'élections visant à remettre la démocratie du pays sur de bons rails.

Les explications, que les putschistes fourniront à la barre, font trépigner déjà d'impatience. Ont-ils voulu restaurer l'ancien chef de l'Etat dans ses fonctions comme le prétendent certaines voix ? Qui a ordonné l'arrestation du président de la Transition, Michel Kafando, de son Premier ministre d'alors, Yacouba Isaac Zida et de deux autres membres du gouvernement ?

Qui sont les commanditaires et les auteurs des tueries enregistrées lors du putsch ? Ce sont là autant de questions, dont les réponses intéresseront au premier chef les proches de la dizaine de morts et les centaines de blessés occasionnés par la répression putschiste. L'Etat, constitué partie civile dans ce procès, ainsi que les Burkinabè dans leur ensemble, ont aussi le droit de connaître la vérité sur cette affaire.

Mais, vu le rythme de tortue observé généralement dans ce genre de dossiers complexes, la vérité ne devrait pas jaillir avant de longs mois. Si la justice a réussi, sous la pression populaire, à ouvrir le procès deux ans après la commission des faits, il reste que la machine pourrait patiner avant de décoller sérieusement.

Les avocats de la défense, droits dans leurs bottes, qui rencontrent la presse ce lundi 19 mars, vont encore tabler sur des «observations préliminaires» à la reprise, d'après nos informations. Cette démarche des avocats de la défense n'est pas bien perçue par leurs collègues de la partie civile, qui dénoncent une stratégie pour retarder le procès.

Toujours est-il que les conseils aux intérêts bien divergents sont dans leur rôle, ce qui constitue le principe même contradictoire en justice. En tous les cas, il faut s'attendre à des reports du procès, pour peu que d'autres problèmes de forme ou de fond soient constatés.

Ainsi va la justice. Ne dit-on pas que le temps des avocats et de la justice n'est pas le même que celui des justiciables ? La reprise de ce procès va se tenir dans un contexte sécuritaire particulièrement fébrile

- répétons-le - du fait de la double attaque du 2 mars qui a visé l'ambassade de la France au Burkina mais aussi et surtout le siège de l'état-major général des armées. Une large opinion nationale n'a d'ailleurs pas hésité à trouver un lien causal entre les deux évènements.

Sans doute donc que les contraintes liées à la sécurité de ce procès vont s'accroître et se déployer dans tous les sens.

L'essentiel est que les assises se tiennent, que le droit soit dit et que la justice burkinabè, sous les feux de la rampe, ces dernières années, sorte grandie de cette mission. Il n'a pas échappé aux observateurs les plus avertis, que cette justice traîne, depuis belle lurette, des insuffisances d'ordre éthique, humain et matériel.

Connaître la vérité dans le dossier du putsch raté est une nécessité pour tous, y compris le gouvernement qui travaille à donner une image plus appréciable de la justice, dans un contexte de fortes attentes.

Ce sera une étape importante vers la réconciliation nationale prônée par tous. Sans justice (on peut l'appeler comme on veut), on ne saurait envisager une concorde nationale durable !

Burkina Faso

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