19 Mars 2018

Tchad: Réformes institutionnelles - Déby comme les autres dictateurs africains

Photo: Le Pays
Idriss Deby
analyse

Le Tchad est en route pour une nouvelle République. C'est le moins que l'on puisse dire. En effet, N'Djamena accueille depuis hier, 19 mars 2018, un Forum national sur des réformes institutionnelles. Huit cents participants prennent part à cette grand'messe politique voulue par le président Idriss Deby Itno.

Au titre des réformes institutionnelles inscrites à l'ordre du jour se trouve la suppression de la Médiature, du Conseil économique et social (CES), le Collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers (CCSRP). Pour un pays comme le Tchad qui traverse une crise économique des plus graves, la suppression de ces institutions, parfois budgétivores, est salutaire à tout point de vue. Car, cela permettra, du moins on l'espère, aux dirigeants tchadiens de réorienter les dépenses vers les priorités du moment que sont la lutte contre l'insécurité et le paiement régulier des salaires des fonctionnaires qui, depuis des mois, ruent dans les brancards du fait de l'austérité à eux imposée.

Sur ce point, on peut dire que le pouvoir de N'Djamena a vu juste. Mais, comme on le sait, les réformes institutionnelles, en Afrique, cachent le plus souvent mal d'autres desseins inavoués. Si fait qu'il faut se garder de tout angélisme au risque de se faire rouler dans la farine. A preuve, en plus des réformes administratives annoncées, le projet prévoit également la modification de la durée du mandat présidentiel.

Il revient au peuple de prendre son destin en main

Pour rappel, selon la loi fondamentale tchadienne en vigueur, le chef de l'Etat est élu pour 5 ans, sans aucune limite de mandats. Plutôt donc que d'aller vers une clause limitative, Deby veut s'ouvrir un boulevard à vie en remettant les pendules à zéro et ce, après près de 30 ans de règne sans partage. Ainsi, au lieu d'un quinquennat, on s'achemine vers un septennat.

Cela dit, on comprend pourquoi le forum est boycotté par plusieurs organisations de la société civile ainsi que les principaux partis de l'opposition dont le Front de l'opposition nouvelle pour l'alternance et le changement (FONAC) dirigé par Saleh Kebzabo. Pour eux, il ne s'agit ni plus ni moins que « d'une fuite en avant dont la finalité serait la pérennisation du pouvoir d'Idriss Deby, un pouvoir aussi néfaste que dangereux pour l'avenir du Tchad ».

En tout état de cause, tous ceux qui pensaient que le cas de Blaise Compaoré du Burkina Faso allait faire école, doivent commencer à déchanter. Car, comme on le sait, Ouagadougou n'est pas N'Djamena ni Brazzaville, encore moins Lomé ou Bujumbura. Deby est sur les pas des autres dictateurs africains qui refusent de s'imaginer une autre vie en dehors du pouvoir. Alors, que faire ? Il revient au peuple de prendre son destin en main, plutôt que de compter sur un quelconque soutien des puissances occidentales qui, on le sait, au nom de la lutte contre le terrorisme, ont fait du satrape de N'Djamena un allié incontournable.

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