20 Mars 2018

Afrique: Sommet de Kigali sur le libre-échange - Quand Buhari met les pieds dans le plat

Photo: Premium Times
Président du Nigéria, Muhammadu Buhari.
analyse

Le sommet extraordinaire de l'Union africaine (UA), ouvert le 17 mars dernier à Kigali au Rwanda, doit refermer ses portes ce 21 mars par un acte historique : la signature d'un accord-cadre de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). Du moins, c'est ce qui est prévu dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement membres de l'organisation continentale.

Pour une initiative inédite, c'en est vraiment une. En effet, en gestation depuis une quarantaine d'années, si ce projet de création d'une zone de libre-échange continentale, remis en route par l'UA à travers l'Agenda 2063, se réalise ce mercredi, il sera, dit-on, la plus grande union douanière au monde jamais constituée depuis la création de l'Organisation mondiale du commerce en 1995. Si l'hôte du sommet, le président rwandais Paul Kagamé, et grand défenseur de cette initiative y voit l'opportunité d'« un pacte historique dont la concrétisation représente une avancée majeure pour l'intégration et l'unité africaines », il y a que la naissance de cet espace économique va permettre de faire passer le commerce intra-africain de 16% à 53% en éliminant les droits d'importation et les barrières non tarifaires.

De quoi pouvoir réjouir bon nombre d'afro-optimistes qui ont du mal à comprendre qu'un continent comme l'Afrique, avec 1,2 milliard d'habitants, n'intensifie pas les échanges commerciaux en son sein. On ne le dira jamais assez, l'un des profonds maux de l'Afrique, c'est de ne pas avoir confiance en elle-même, en sa capacité à s'imposer dans l'ordre mondial et la tendance à peu donner de la valeur aux produits locaux, contribue à ouvrir les vannes à d'autres continents.

Sinon, comment comprendre, par exemple, qu'une industrie burkinabè de fabrication de jus de mangues, ne puisse pas exporter vers le Niger voisin dont le marché est inondé de jus de mangues « made in UE ou made in Lebanon » ? Comment comprendre qu'un producteur d'ananas au Bénin se retrouve avec de l'éthylène « made in France », alors que l'Egypte en est une grande fabricante ?

Il est bien curieux que le Nigeria soit réfractaire à un tel projet

C'est dire combien l'Afrique peut tirer profit de ses propres productions, si elle décide de renforcer ses relations économiques et commerciales entre les pays du continent. Toutefois, aussi ambitieux et avantageux qu'il soit, ce projet de création de la Zone de libre-échange continentale dont la naissance tient à la volonté d'au moins 22 pays, risque de connaître un accouchement à la césarienne.

En tout cas, avec la décision du Nigeria, l'une des plus grandes puissances africaines, de ramer à contre-courant de cette initiative, l'on pourrait se demander si celle-ci ne sera pas étouffée dans l'œuf de quelques égoïsmes nationaux. C'est dire si Muhammadu Buhari met déjà les pieds dans le plat communautaire en s'appuyant sur le principe de précaution. Certes, le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, a le droit d'y voir plus clair avant de s'engager.

Surtout que le puissant Congrès uni du travail (ULC) a émis des réserves sur cette initiative africaine et que le président Buhari a adopté une politique économique protectionniste sur la base de laquelle il a été porté à la tête de l'Etat. Et avec les nouvelles élections qui se profilent à l'horizon, l'on pourrait comprendre le boycott du chef de l'Etat nigérian. Mais, au regard de son poids économique sur le continent, il est bien curieux que le Nigeria soit aussi réfractaire à un tel projet qui devrait plutôt lui permettre d'étendre davantage ses tentacules sur les marchés africains.

La ZLEC paraissait vraiment tout bénef pour ce géant du continent. Alors, l'on peut se poser la question de savoir s'il n'y a pas de lobbies quelconques hors du continent, qui poussent des Majors nigérianes à faire saboter cet historique rendez-vous avec l'histoire. Sans trop spéculer sur le sexe des anges, il est à espérer que, cette fois-ci, le continent africain puisse s'élever au-dessus des égoïsmes des Etats nationaux pour aller vers une indispensable intégration panafricaine.

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