21 Mars 2018

Cote d'Ivoire: Manif contre le Senat et la Cei - Attention à ne pas réveiller les vieux démons !

analyse

A l'appel d'une frange de l'opposition et d'un collectif d'artistes de renom dont certains, comme Tiken Jah Fakoly, sont connus pour ne pas faire dans la langue de bois contre les pouvoirs publics, la rue devrait gronder à Abidjan, ce matin, à moins qu'à la dernière minute, la marche ne connaisse le même sort que la précédente qui avait été interdite et dispersée.

Le casus belli entre les manifestants et le pouvoir de Alassane Dramane Ouattara (ADO), ce sont d'une part le Sénat que l'on estime trop onéreux et d'autre part la Commission électorale indépendante (CEI) jugée déséquilibrée dans sa composition. La question que l'on peut de prime abord se poser est la suivante : quelles sont les chances de succès de la manif ?

En attendant que la tournure des évènements nous fournisse en cours de journée, la réponse à cette question, l'on peut se demander si ce n'est pas à un combat d'arrière-garde que se livrent l'opposition ivoirienne et ses alliés de circonstance. Ils n'ont pas réussi à barrer la route à la nouvelle Constitution ivoirienne où est inscrit le Sénat.

Récuser aujourd'hui l'opérationnalisation de cette institution, c'est non seulement refuser de se plier au verdict des urnes et à la volonté du constituant qu'est le peuple de Côte d'Ivoire, mais aussi appeler l'Exécutif ivoirien à violer les textes fondamentaux du pays qu'il a pour principale mission de respecter et de faire respecter. Et puis, l'on peut se demander si la manif ne vient pas sur le tard, la campagne pour les sénatoriales tirant à sa fin.

Une tempête dans un verre d'eau

Les élections sont, en effet, prévues pour le 24 mars 2018. Pour toutes ces raisons, l'on a l'impression que la plateforme d'opposition « Ensemble pour la démocratie et la souveraineté », initiatrice de la marche, fait preuve d'immaturité politique et manque surtout de stratégie en ayant attendu l'approche des élections pour exiger des réformes politiques. Il y a véritablement grand risque donc que cette « action dite démocratique » de l'opposition destinée à exprimer « son mécontentement », soit juste une tempête dans un verre d'eau. Cela dit, ADO aurait tort de faire la sourde oreille contre les récriminations de l'opposition car, dans le fond, elle n'a pas tort.

Le Sénat qui constitue la pomme de discorde est, en effet, non seulement budgétivore, mais il constitue également un doublon avec l'Assemblée nationale. Le pire reste cependant le fait qu'au lieu d'élargir les espaces de participation des citoyens au débat politique, il est un instrument de récompense d'alliés politiques. Quant à la CEI, elle est effectivement déséquilibrée dans sa composition actuelle. Elle n'a rien de démocratique et gagnerait à être réformée pour se mettre dans l'air du temps, surtout que l'expérience, en Afrique, montre très largement que les commissions électorales ont le plus souvent, contrairement à ce qui était attendu d'elles, servi de détonateurs aux crises postélectorales.

En tout état de cause, l'opposition et le pouvoir doivent éviter de trop tirer sur la corde. Car, la Côte d'Ivoire doit faire attention à ne pas réveiller les vieux démons qui sommeillent d'un seul œil dans les eaux de la lagune Ebrié. La sagesse populaire nous enseigne que « les anciens tisons s'enflamment vite » et les Ivoiriens dont les meurtrissures du cœur ont de la peine à se cicatriser faute d'une véritable réconciliation nationale qui se fait toujours attendre, doivent bien y prêter attention.

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