5 Avril 2018

Sierra Leone: Victoire de l'opposition - C'est la démocratie qui gagne

analyse

Déjà arrivé en tête lors du premier tour, Julius Maada Bio, principal candidat de l'opposition en Sierra Leone, a été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle par la Commission électorale indépendante, à l'issue du second tour qui s'est déroulé le 31 mars dernier. Le quinquagénaire nouveau président qui a, entre-temps, troqué le treillis contre la cravate, a récolté 51,81% des voix devant le candidat du parti au pouvoir qui en a récolté 48,19. Preuve, si besoin en était, que la partie était pour le moins serrée.

Dans la foulée, l'heureux élu a prêté serment, en affirmant être « le président pour tous les Sierra-léonais ». Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'alternance est en marche au pays de Baï Koroma. Un président sortant qui ne s'est pas laissé gagner par la tentation d'un troisième mandat, contrairement à nombre de ses pairs qui ne rêvent que de pouvoir à vie sur le continent.

La Sierra Leone est sur le bon chemin

En plus, il a eu l'élégance de se retirer après ses deux mandats constitutionnels, sans visiblement avoir tracé un chemin royal à son dauphin pour lui succéder. Cela est à saluer. D'autant plus qu'ailleurs sur le continent, il y a fort à parier que les choses ne se seraient pas passées aussi facilement. Car, on aurait tout mis en œuvre pour que le candidat du parti au pouvoir, l'emporte par tous les moyens.

C'est pourquoi il n'est pas exagéré de dire que la Sierra Leone est sur le bon chemin. Et c'est tant mieux ! Car, à ce rythme, c'est la démocratie qui gagne, à l'image de ces démocraties occidentales avancées comme, par exemple, les Etats-Unis d'Amérique où républicains et démocrates gèrent alternativement le pouvoir depuis la nuit des temps.

En outre, avec le fort taux de participation qu'a connu le scrutin (81,1%), le nouveau président sierra-léonais ne devrait souffrir d'aucun problème de légitimité, car, à la lumière des chiffres, l'on peut dire que c'est la vox populi (la voix du peuple) qui s'est exprimée. Reste maintenant à espérer que cela s'inscrive dans la durée en Sierra Leone et que ce soit uniquement les urnes qui dictent désormais le choix du locataire du palais présidentiel.

En tout cas, après le Ghana, et dans une moindre mesure, le Liberia, la Sierra Leone est un autre pays anglophone à s'illustrer positivement en matière d'alternance au sommet de l'Etat. Ce sont là, autant de bons signaux pour l'enracinement de la démocratie. Et l'on souhaiterait voir de tels exemples se multiplier sur le continent. Cela est, certes, difficile, mais pas impossible. Même si, avec des satrapes comme le burundais Pierre Nkurunziza, les Congolais Joseph Kabila et Sassou N'Guesso voire le Togolais Faure Gnassingbé qui fait dans la résistance, il ne faut pas trop rêver.

Toutefois, l'on peut s'interroger sur la prestation de serment à la limite de la précipitation, du président nouvellement élu. Est-ce une disposition légale ou une façon de mettre tout le monde devant le fait accompli ? L'histoire nous le dira. En attendant, autant le fait est inédit, autant cet empressement à prêter immédiatement serment, seulement deux heures après la proclamation des résultats, semble indiquer un certain manque de sérénité dans le camp du vainqueur.

C'est maintenant que le plus dur commence pour Julius Maada Bio

Si c'était le cas, de quoi le candidat du SLPP (Sierra Leone Peoples Party) aurait-il peur ? De se faire voler sa victoire par un adversaire qui ne semble pas vouloir lâcher le morceau en ne s'avouant pas encore vaincu puisqu'il est dans une logique de recours, ou d'un possible retournement de situation qui risque de voir la victoire lui filer tout simplement entre les doigts ? Quoi qu'il en soit, il faut souhaiter que l'attitude du vaincu, qui privilégie pour le moment les voies légales de recours pour contester la victoire de son challenger, ne soit pas le calme qui précède la tempête.

La Sierra Leone n'a pas besoin de ça ; elle qui vient de loin, après avoir connu, il n'y a pas si longtemps, l'une des guerres civiles les plus meurtrières de la sous-région. C'est pourquoi l'on espère que Samura Kamara, qui a déjà fait preuve de patriotisme et de hauteur de vue en ne demandant pas à ses partisans de descendre dans la rue, préférant suivre les procédures légales, mettra un point d'honneur à accepter le verdict de la Cour suprême en cas de décision en sa défaveur, si son recours venait à se préciser.

Quant à Julius Maada Bio, c'est maintenant que le plus dur commence pour lui. Avec une Assemblée nationale largement dominée par l'opposition, l'on se demande quelle sera sa marge de manœuvre pour pouvoir dérouler son programme, dans un pays où le traumatisme des ravages du virus Ebola qui a fait des ravages, l'année dernière, est encore vivace dans les esprits.

Et où, outre les défis économiques, la lutte contre la corruption dans ce pays classé au 130e rang mondial, soit le 19e en Afrique, la reconstruction du système sanitaire après l'épidémie d'Ebola et la diversification des sources de revenus suite à la chute des cours mondiaux des matières premières, s'annoncent comme les principaux défis qui attendent le nouveau chef de l'Etat, pour mettre le pays sur les rails du développement.

En tout état de cause, l'on croise les doigts pour que les djinns de la violence ne sortent pas de leur bouteille en Sierra Leone et que le pays puisse célébrer cette alternance politique pacifique au sommet de l'Etat, qui marquerait le début d'une nouvelle ère.

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