16 Avril 2018

Burkina Faso: Penurie d'eau à Dédougou - Le calvaire des populations

Depuis 3 mois, la ville de Dédougou fait face à des coupures intempestives d'eau. Certains usagers passent toute la journée à la fontaine, sans la moindre goutte d'eau. D'autres attendent 22h pour espérer en avoir un peu pour leurs besoin. Les habitants du quartier Lomé, au secteur 6 de Dédougou, semblent être les plus touchés par cette situation de pénurie d'eau. Nous en avons fait le constat, le 11 avril dernier.

«Ces pénuries d'eau nous fatiguent beaucoup, nous ne dormons même pas. Quand tu te réveilles le matin, ce n'est que déception. Cela fait 3 mois qu'il n'y a pas d'eau à la fontaine qui est vers chez nous ».

Ce sont là, les propos d'une habitante du quartier Lomé au secteur 6 de Dédougou, que nous avons trouvée à la fontaine, manifestant son indignation par rapport aux coupures d'eau dans son quartier. Dans ce quartier (ndlr Lomé, secteur 6 de Dédougou), l'eau est devenue la chose la plus rare sur terre pour les usagers.

Certains parcourent des kilomètres et cela, d'une fontaine à une autre, pour en avoir afin de subvenir à leurs besoins. Dans la matinée du 11 avril 2018, à la fontaine où nous avons fait notre premier constat, barriques et bidons étaient disposés et des usagers attendaient chacun son tour pour espérer avoir le liquide précieux.

« La pression de l'eau semble être acceptable ce matin, pourvu que cela perdure... », lance un usager. « Si ça se coupe, il faudra alors attendre 22h », rétorqua la gérante de la borne-fontaine, Aïcha Ouédraogo.

Elle explique qu'il y a de cela 5 jours, quand elle vient pour vendre l'eau, elle reste assise du matin jusqu'au soir, sans remplir la moindre barrique. « Souvent, ça ne dépasse pas 10 bidons de 20 litres ; c'est avant-hier, vers 22h, que j'ai pu remplir une barrique ainsi que hier nuit où j'ai rempli 12 barriques entre 22h et après minuit », a-t-elle relevé.

« Franchement, je demande à l'ONEA de nous aider à trouver une solution à cette situation. Sinon, si chaque fois nous allons venir nous asseoir pour rien, cela n'est pas une bonne chose », a laissé entendre la gérante de la fontaine.

« Je pense que si on creuse des puits à grand diamètre pour nous, ce sera mieux »

Mariam Koenao est une habitante du quartier Lomé, au secteur 6 de Dédougou. Selon elle, s'il n'y a pas d'eau à la fontaine, elle est obligée de se faire servir à la pompe. « Là-bas, il faut se faire injurier par les gens avant d'avoir l'eau ; ce n'est pas normal », a-t-elle confié.

Pour elle, il n'est pas prudent, pour une femme mariée, d'aller chercher l'eau à 22 h et encore loin de chez elle, car, si elle est victime d'un accident, c'est un problème pour son mari. Mariam Koenao en appelle cependant aux autorités, à vite trouver des solutions afin de pallier ces pénuries d'eau à Dédougou.

« Franchement, dans notre quartier, nous souffrons de ces pénuries d'eau. Si on ne nous aide pas, surtout nous les vieilles personnes... Je pense que si on creuse des puits à grand diamètre pour nous, ce sera mieux. Chacun paye sa puisette. Même ceux qui n'ont pas de puisette, peuvent en demander et on pourra avoir l'eau à tout moment, pour subvenir à nos besoins », a-t-elle indiqué.

La situation n'est guère reluisante chez les vendeurs d'eau. Selon Emile Drabo, vendeur d'eau en barrique au secteur 2 de Dédougou, il est difficile de satisfaire la clientèle avec ces pénuries d'eau. « Avant, quand l'eau venait normalement, je vendais 20 fûts par jour. Comme il n'y a pas l'eau, j'ai laissé le fût au profit des barriques de 200 litres, mais, actuellement, je vends 9 barriques par jour à 500 F CFA l'unité. Et cela, quand je me lève tôt, à 5 h».

« Des projets en vue, dans le souci de renforcer un peu la ressource »

« En réalité, avec cette période de forte consommation qui est la période chaude, on a un déficit. Donc, pour pallier ce déficit là, nous avons décidé de scinder la ville en deux parties. Le matin, on dessert la zone administrative. Dans la soirée, on dessert les zones à usage d'habitation.

Au niveau de la zone administrative, nous fonctionnons à partir de 4h du matin jusqu'à 13h et au niveau des zones d'habitation telles que sur la colline et à la cité des forces vives, nous fonctionnons de 13h à 22h », a expliqué le chef de centre ONEA de Dédougou, Moussa Kaboré, par rapport aux pénuries d'eau dans la cité de Bankuy. Pour lui, des projets sont en vue, dans le souci de renforcer un peu la ressource.

« L'ONEA s'attèle à réaliser des forages à gros débit. Donc, je crois qu'on peut l'appeler centre de production. Ce sont des forages qui vont alimenter Dédougou, Nouna et les villes qu'on va traverser. Donc, c'est vraiment un gros projet. Je crois que c'est ce qui peut résoudre un peu le problème de Dédougou.

Mais en attendant, pour permettre que chacun ait un peu d'eau au moins une fois dans la journée, on a décidé de diviser la ville en deux parties. La zone administrative le matin, les zones hautes et les zones d'habitation le soir», selon le chef de centre de l'ONEA, qui indique que la ville de Dédougou compte environ 4 000 abonnés actifs et 64 borne-fontaines. En attendant de voir se réaliser ledit projet, certains usagers continuent de vivre le calvaire. Vivement que le cri du cœur de ces habitants, soit entendu.

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