16 Avril 2018

Tunisie: Les 10.111 apophtegmes de la sagesse des anciens

Des formules ciselées, chargées de sens, construite en rimes, émaillées de vocables saisissants et un procédé raisonné qui guide le lecteur, non seulement vers le sens, mais aussi vers la découverte de l'essence.

D'abord l'exposé en arabe dialectal tunisien, puis l'explication puisée aussi bien dans les maximes de l'arabe littéraire universel que dans la poésie qui, oserait-on dire, est la langue de la langue arabe elle-même.

Un parallèle avec la poésie par lequel Mohamed-Radhouane Labadi signifie que le dicton n'est absolument pas un genre littéraire inférieur et qu'il peut soutenir la comparaison qualitative avec n'importe quelle orientation. Un travail de très longue haleine avec en prime la citation systématique des sources pour donner le plus de repères possible au lecteur qui pourrait se sentir passablement agoraphobe dans cette vaste vallée de plus de mille pages qu'est l'ouvrage.

Un thème qui a une place particulière dans la lecture de la pensée humaine depuis la Création. Un héritage fignolé de génération en génération, une image de la maturité des peuples.

C'est le sens commun, la sagesse populaire sans prétention, qui se trouve ainsi élevé au rang des grands éclairs des formules qui semblent à jamais gravées dans les mémoires, en droite ligne des aphorismes de Jaleleddine Roumi, Lao Tseu, Nietzsche... et la liste est longue de tous ceux qui ont voulu donner naissance à un avatar à cette sagesse des gens de l'ombre en essayant de l'élever vers les sommets des œuvres que nous lisons encore aujourd'hui.

Un processus de maturation qui leur a été inspiré par la démarche naturelle des peuples dans le développement de leur tradition d'où sont nées les paroles de la sagesse, paroles reprises à l'infini dans le murmure des siècles jusqu'à prendre la forme d'apophtegmes fignolés encore et encore avant de devenir ces paroles mémorables, au seuil des maximes, et de finir en dictons qui montrent, démontrent, conseillent, commentent, critiquent, interrogent...

Inventaire raisonné de la culture verbale

Plusieurs noms de la littérature tunisienne se sont dévoués pour fixer par écrit cette mémoire collective dans le but de la sauver de l'oubli et des altérations des innombrables passages de bouche à oreille, dont Tahar Khémiri, Mohamed Marzougui, Mohieddine Khréaief, Kacem Belhaj Aïssa, Mohamed-Laaroussi Métoui, Mohamed-Khammoussi Hanachi... mais aucun d'eux n'est jamais allé aussi loin, pendant aussi longtemps, que l'auteur qui a ainsi battu tous les records avec ce travail immense d'un demi-siècle qui a sauvé de l'extinction et scellé dans cet ouvrage unique pas moins de 10 111 dictons tunisiens.

Dix mille cent onze traits d'esprit recueillis au cours de ce demi-siècle par Mohamed-Radhouane Labadi qui a fait le tour de Tunisie à la recherche des précieuses sources de la culture verbale pour en glaner le plus grand nombre possible. Un bouche-à-oreille réitéré des milliers de fois et patiemment accumulé, noté, vérifié, comparé, hiérarchisé, répertorié avant d'être inventorié.

Transmis de bouche à oreille, scellés dans la mémoire collective, et maintenant réunis dans cet ouvrage étonnant de Mohamed-Radhouane Labadi, les dictons tunisiens sont de toute évidence une source intarissable pour les chercheurs et surtout les anthropologues et les sociologues qui y trouveraient sans doute une matière intarissable qui soutient toute forme d'étude et d'enquête.

L'ouvrage, finement et prodigieusement édité par Dar Souhnoun, devrait également attirer l'attention des traducteurs pour qu'il rejoigne les rayons de la culture universelle; là où se trouve la place qui lui revient de droit. Car la Tunisie n'est pas détachée de l'espace et du temps et c'est exactement la thèse que défend l'auteur quand il tente ses innombrables parallèles entre nos dictons et la poésie des quatre coins de la civilisation arabe.

Une volonté naturelle de prétendre enrichir la civilisation universelle que l'auteur a ponctuée en confiant l'illustration de la couverture de son ouvrage à une peinture de Roumaïla Mestiri qui met en perspective la vieille ville des «baldias» (les citadins) et qui en dégage les ocres et les ombres colorées d'une construction en strates qui s'annonce marquée par le temps et la maturation mais aussi par la lumière.

Travaillée par l'artiste en transparences, dans une sorte de lavis, cette lumière, qui accapare le quasi centre de la peinture et qui contraste avec les abondances de pigment du premier plan, fait clairement allusion aux Lumières universelles que nous ne pouvons définitivement rejoindre sans la valorisation de notre identité, notre essence culturelle (dont font partie nos dictons) et tous les traits qui nous rapprochent de l'harmonie collective.

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