17 Avril 2018

Niger: Sale temps pour la société civile

Photo: Daily Trust
Police (archive)

Au Niger, le vent n'est pas favorable aux Organisations de la société civile (OSC). Depuis que ces forces de veille manifestent contre la loi de finances 2018, jugée «antisociale», elles sont devenues les ennemis du régime de Mahamadou Issoufou. Mais c'est sans compter avec la détermination des frondeurs, en mouvement depuis l'adoption du budget de l'Etat, fin novembre 2017, à l'Assemblée nationale.

Plusieurs manifestations ont été organisées dans diverses villes du pays. Elles ont parfois dégénéré en émeutes, à cause de la répression des forces de l'ordre, conduisant ainsi à des arrestations dans les rangs des OSC. Une vingtaine de manifestants ont été arrêtés et écroués, en mars dernier, en attendant de répondre devant les juges des faits de trouble à l'ordre public. Les autorités sont même allées loin dans leur volonté de faire taire la rue, en interdisant les manifestations.

Seulement, cette mesure «impopulaire» a produit l'effet contraire, en radicalisant davantage les contestataires. Le 15 avril dernier, certains d'entre eux, qui voulaient revenir à la charge, n'ont pas pu manifester à nouveau contre la loi de finances mise à l'index. Les forces de l'ordre ont fait barrage à leur projet, opérant de nouvelles arrestations.

Des leaders de la société civile, tels Ibrahim Diori de l'association Alternative Espaces Citoyens et de Maikoul Zodi du mouvement Tournons la page, font partie des personnes interpelées. Comme quoi les OSC entendent, malgré l'oppression, maintenir la pression jusqu'à obtenir du gouvernement le retrait pur et simple de la loi des finances. Il n'est pas certain que l'horizon s'éclaircisse pour elles, vu l'inflexibilité dont fait montre l'exécutif nigérien.

En tous les cas, le combat mené par ces temps qui courent par la société civile au pays de Seyni Kountché n'est pas vide de sens. La loi de finances 2018, adoptée à une très large majorité, pose pourtant problème, dans le contexte de la « vie chère ». Si elle est censée assainir les finances publiques et stabiliser le cadre macroéconomique, elle ne sert pas forcément les intérêts des populations. Ce budget implique des mesures controversées, notamment une hausse de la fiscalité, la révision de certaines exonérations fiscales présentes dans le Code des investissements et la hausse du prix de l'électricité.

La situation est d'autant plus inquiétante que ces nouvelles dispositions ont pour conséquence le renchérissement du coût de la vie, déjà difficilement supportable par les citoyens. En effet, les compagnies de transport, les agences de transfert d'argent et des chaînes de télévision câblées ont annoncé des hausses de leurs tarifs, consécutivement aux nouvelles orientations de la loi de finances.

Comprenons alors pourquoi le discours des autorités, qui consiste à dire que les nouvelles mesures fiscales ne sont pas «excessives», ne passe pas dans l'opinion. C'est une couleuvre difficile à avaler. Au lieu d'y aller d'une main forte, les dirigeants nigériens gagneraient à revoir leur copie. Vu les réalités du moment, on ne peut pas dire que la cohésion sociale est de mise aux bords du fleuve Niger.

Une bonne partie des Nigériens croit savoir, avec juste raison, que le gouvernement ne travaille pas à tirer les populations de la précarité et de la vulnérabilité, mais plutôt à les enfoncer, en voulant satisfaire aux exigences financières. Faut-il serrer la ceinture, au point de minimiser les attentes sociales ?

La question mérite d'être posée dans un pays aux ressources aussi limitées que le Niger. Le président Issoufou n'a certainement pas été élu pour mettre en œuvre une politique antisociale. C'est tout le contraire à ce que l'on sache. Le chef de l'Etat nigérien doit impérativement ouvrir un dialogue en vue de reconsidérer la loi de finances. C'est embêtant de faire face à des voix discordantes en matière de gouvernance, mais la démocratie commande le dialogue en toute crise. La ligne dure ne profite pas à tous les coups.

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