17 Avril 2018

Guinée Bissau: Vers une décrispation dans le pays ?

Nommé par le président bissau-guinéen, José Mario Vaz, le nouveau Premier ministre "de consensus" Aristides Gomes a immédiatement prêté serment lundi à Bissau. Sa priorité : organiser les législatives en novembre 2018.

La nomination de ce Premier ministre de consensus a été le fruit de longues négociations entre les protagonistes depuis l'éclatement de la crise politique en Guinée-Bissau. Elle est survenue au lendemain du sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, tenu à Lomé le 14 avril dernier et qui a entériné la feuille de route de sortie de crise, prévoyant la nomination d'un nouveau Premier ministre et l'organisation des élections législatives.

La crise est née après le limogeage, en août 2015, par le président bissau-guinéen José Mario Vaz, de son Premier ministre, Domingos Simoes Pereira.

"Au début, on a eu des problèmes caractérisés comme des différences personnelles. En reconnaissant notre responsabilité auprès du peuple bissau-guinéen, on a accepté de trouver des solutions négociées. J'espère bien qu'on va revenir sur l'axe légal pour qu'on puisse créer les conditions nécessaires sur tous ces obstacles qu'on a connus", a déclaré Domingos Simoes Pereira qui dirige le PAIGC, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, au pouvoir.

Optimisme de la médiation

De nombreux analystes se posent cette question : la nomination du nouveau Premier ministre met-elle fin à la crise politique?

A priori oui, puisque la principale mission d'Aristides Gomes est de conduire le pays vers des élections législatives, d'ici au mois de novembre 2018.

"La nomination du Premier ministre Aristides Gomes ouvre une voie vers la perspective de la fin d'une crise. Nous pensons qu'il est l'homme qui peut conduire vers une sortie de crise, vers de bonnes élections, afin que la paix et la stabilité reviennent dans ce pays frère qu'est la Guinée-Bissau", répond pour sa part Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères. Le chef de la diplomatie togolaise fait partie de la médiation de la Cédéao dirigée par son président, Faure Ganssingbé.

Conformément aux recommandations du dernier sommet extraordinaire de la Cédéao, le Parlement se réunira le 19 avril prochain, pour travailler sur la nomination des membres de la Commission électorale et surtout pour proroger le mandat de cette législature qui expire le 23 avril.

Aristides Gomes, un vétéran

Agé de 63 ans, Aristides Gomes a succédé à Augusto Antonio Artur Da Silva, en poste depuis mi-2015. Celui-ci n'avait pas réussi à former un gouvernement. Car il ne faisait pas l'unanimité.

Diplômé en sociologie et sciences politiques de l'université de Paris VIII, le nouveau Premier ministre a déjà occupé ces fonctions du 2 novembre 2005 au 13 avril 2007.

En mai 2005, il a été démis de la vice-présidence du PAIGC. La raison ? Son soutien affiché à la candidature de João Bernardo Vieira contre le candidat de son parti, Malam Bacai Sanhá lors de l'élection présidentielle de juin et juillet 2005. Dépité,Aristides Gomes a créé sa propre formation politique, le PRID, le Parti républicain pour l'indépendance et le développement. Et c'est sous les couleurs de ce parti qu'il a tenté de se présenter à l'élection présidentielle de 2009, après l'assassinat du président.

Menaces de sanctions

Face blocage politique, le 1er février dernier, la Cédéao a infligé des sanctions contre 19 personnalités bissau-guinéennes pour non-respect de l'accord de sortie de crise. Le texte prévoyait la nomination d'un Premier ministre "consensuel ayant la confiance du président" et devant rester en place jusqu'aux législatives, prévues le 18 novembre 2018.

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