19 Avril 2018

Ile Maurice: Akhilalandjee Goolaub - «Une nouvelle variété de pomme de terre sera introduite cette année»

La pomme de terre est cuisinée à toutes les sauces. Un atelier de travail était organisé pour évaluer son avenir le 12 avril. Quelles sont les difficultés du secteur ? Comment s'oriente son futur ? Qu'en est-il des nouvelles variétés ? Akhilalandjee Goolaub, Principal Extension Officer du Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI), revient sur ces questions.

Quelles sont les retombées de l'atelier de travail ?

La pomme de terre est une culture stra- tégique pour la sécurité alimentaire à Maurice. Mais il n'y avait pas d'évaluation de ce domaine. L'objectif est de produire 80 % de notre demande. Cela équivaut à environ 20 000 ou 21 000 tonnes pour des besoins annuels de 26 000 tonnes de pommes de terre fraîches. L'atelier regroupait les par- tenaires stratégiques de l'industrie et avait pour but d'analyser chaque étape de production pour y apporter de la valeur ajoutée. À ce jour, nous avons 300 petits planteurs et une dizaine de gros producteurs.

Lors de l'événement, nous avons surtout discuté de la recherche, de nouvelles varié- tés, de la gestion des insectes et des maladies et des nouveaux produits pour les combattre, etc. Mention a également été faite du stockage et de l'approvisionnement du marché par l'Agricultural Marketing Board (AMB) et des contraintes de production avec un agronome local. Enfin, nous avons échangé sur les stratégies de marketing et les politiques à instituer mais cela reste à définir.

Quelles sont justement les difficultés du secteur ?

À la base, la pomme de terre est un produit évoluant dans un climat tempéré. Para- doxalement, Maurice est un pays tropical. Nous devons nous adapter à cette condition. La production est saisonnière. Par exemple, la première saison débute le 15 avril et se poursuit jusqu'à la fin de juin. Quant à la seconde, elle s'étend de juillet à la mi-août. La production dépend du temps. Un autre problème concerne le coût de production qui est assez élevé. Cela tourne autour de Rs 135 000 à Rs 140 000 pour une pro- duction sur une superficie d'un arpent. Il y a aussi la préparation du terrain, l'irrigation, le contrôle des insectes et des maladies. De plus, culture et récolte nécessitent une nombreuse main-d'œuvre.

L'autre contrainte est le manque de terre. Auparavant, on cultivait la pomme de terre en interlignes de la canne à sucre. Puis, on a adopté le système de rotation. Ainsi, avant le début de la culture cannière, le terrain est loué aux planteurs pour celle de la pomme de terre. Parallèlement, 87 ar- pents de terre ont récemment été mis à la disposition des agriculteurs du Sud par le Sugar Investment Trust (SIT). De ce fait, depuis janvier 2018 ils peuvent cultiver la terre bien plus tôt.

Le manque de main-d'œuvre est décrié dans cette filière. Pourquoi et que faire à ce niveau ?

C'est vrai. D'abord, il y a le vieillisse- ment de la population. Puis, il s'agit d'une activité professionnelle difficile. Que ce soit en week-end, pendant les jours fériés, par temps pluvieux ou trop ensoleillé, l'ouvrier doit se rendre aux champs. D'ailleurs, la main-d'œuvre est partagée. Par exemple, elle travaillera pour deux planteurs par pa- lier. Les Mauriciens ne s'intéressent pas au secteur et recherchent plutôt un emploi doté de conditions plus attrayantes. Pour y pallier, la mécanisation est une solution. D'ailleurs, le Purchase of high cultural equipment scheme a été lancé depuis le Budget 2017/18 dans cette optique. Des équipements, dont ceux dédiés à l'irrigation, peuvent ainsi être achetés avec un «grant» de 50 % du coût, allant jusqu'à un maximum de Rs 350 000. De nombreuses demandes de planteurs ont été reçues suivant cette mesure. Parallèlement, un parc agricole a récemment été créé à l'intention des jeunes diplômés qui ambitionnent de se lancer dans la production sous serre, entre autres. Cela pourrait marcher pour la pomme de terre.

Pourquoi Maurice n'est-il plus autosuffisant dans la production de pomme de terre ?

Premièrement, c'est un produit saisonnier. Deuxièmement, la consommation à Maurice a évolué. En 2017, la production locale était de 14 124 tonnes. En 2016, ce taux était de 16 326 tonnes et nous en importions 10 608 tonnes, totalisant une consommation de 26 934 tonnes. Et en 2015, la production était de 16 427 tonnes et l'importation de 9 773 tonnes, représentant une demande totale de 26 200 tonnes. Comparativement, la production locale atteignait 12 359 tonnes en 2003 et 11 246 tonnes en 2004 respectivement. Vous notez ? La production locale baisse alors que la consommation est en hausse. Cela s'explique par le niveau de vie. D'ailleurs, la consom- mation par tête d'habitant est de 20 kilos par an.

Quel est le taux d'importation et de quels pays provient-elle ?

Cela se fait à 50 % par l'AMB, l'organisme régulateur dans ce domaine, et l'autre moitié par des opérateurs privés. On se base sur les estimations de la production locale et de la consommation. Le taux d'importa- tion est partagé entre les deux parties. Ces pommes de terre proviennent principale- ment de l'Inde mais aussi de l'Afrique du Sud et des Pays-Bas. Le coût d'importation a été de Rs 244 millions en 2016.

Sommes-nous trop limités par les variétés «spunta» et «Delaware» à votre avis ? Pourquoi ?

Traditionnellement, à Maurice, nous avons cultivé la «spunta» issue d'ailleurs de la première saison. À la seconde, nous ne pouvons plus utiliser cette variété car elle passera trop de temps en terre. Il faut une source autre que la «Delaware». Au FAREI, l'évaluation de nouvelles variétés est continue. Il nous en faut qui s'adaptent au climat. Par exemple, nous procédons à des croisements au niveau des fleurs, ce qui nous permet de récolter les fruits puis les semences que nous mettons en terre. Cela contribue au développement de nouvelles variétés.

Nous avons commencé avec 547 varié- tés et en avons sélectionné 54 désormais. Nous continuons avec l'évaluation. À partir de là, plusieurs échantillons ont donné des résultats prometteurs. Une nouvelle variété - Safari - est déjà sur le marché. Cette année, nous avons une plus grande quantité de semences de cette pomme de terre pour la production locale. Potentiellement, ce se- rait un remplaçant à la «Delaware» dont les semences sont exclusivement produites en Australie. On ne peut se fier à cette unique source. Très probablement, cette année, nous introduirons une nouvelle variété de pomme de terre.

Souvent, les pommes de terre ne peuvent être conservées pendant longtemps. Pourquoi ne pas développer des dérivés comme les purées, prêts à cuire, etc.?

Tous les légumes sont des produits pé- rissables. Tant qu'elle est entière, la pomme de terre se conserve. Dès qu'on la coupe, il se produit des réactions. Pour la conserver, on peut la frigorifier ou la transformer. C'est sûr que nous devons trouver des alternatives aux substituts importés comme les dérivés, etc. Mais il faut considérer notre économie d'échelle pour que l'industrie tourne autour d'une commodité. Il y a plusieurs implications. Déjà la production actuelle répond partiellement à la demande de pomme de terre fraîche. Il faut produire une variété adaptée à la version transformée. Puis, il faut une fabrique disposant à la fois de moyens et des compétences pour en faire. Enfin, il faut que la demande suive. N'oublions pas que c'est un produit saisonnier. Mettra-t-on une usine en place seulement pour quelques mois ? Il faudrait trouver de jeunes entrepreneurs, des petites et moyennes entreprises pouvant alimenter les marchés. La compétition et le prix sont également des facteurs déterminants.

Il y a quelques années, l'État avait mis en place un projet permettant aux petits planteurs d'acquérir des semences à 10 % de leur valeur auprès de l'AMB. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Près de 40 % du coût de la production implique les semences. Le «seed purchase scheme» contribue à en acquérir à moindre coût. 10 % ne représente pas grand-chose. À la récolte, le producteur paie le reliquat. Cette mesure est gérée par l'AMB et est très prisée. Plus de 50 % des petits planteurs y adhèrent déjà. Le projet est maintenu. L'État injecte suffisamment de fonds dans cette optique. En sus de la pomme de terre, cela s'étend d'ailleurs aux producteurs d'ail et d'oignon.

Quelle sera la pomme de terre de demain ?

C'est sûr : la pomme de terre sera toujours présente dans nos assiettes. Et sa production locale sera toujours une réalité. Celle de demain sera basée sur deux axes. D'abord la production doit être plus soutenue. De par notre spécificité tropicale, cette culture s'expose davantage aux maladies et à la prolifération d'insectes. Nous travaillons sur des méthodes et des produits moins nocifs. Deuxièmement, il faut que le produit soit adapté aux attentes de la population, soit un de qualité et sain. Les nouvelles varié- tés à venir doivent être multifonctionnelles, c'est-à-dire pouvant s'apprêter à tous types de cuisson et de préparation.

Il est tout à fait possible de développer une version bio. Ce qui contribuerait à une agriculture raisonnée et à moins de produits nocifs contre les insectes. Les stratégies pour optimiser la production de la pomme de terre se situent au niveau des terres. Il faut trouver la bonne combinaison («matching») entre demande et disponibilité des terrains. Il faut d'autres initiatives comme les parcs agricoles. Nous en aurons un à MontagneLongue. D'autres localités suivront.

Contexte

Assurer la formation et le soutien technique

QAkhilalandjee Goolaub est intervenu dans le cadre de la conférence sur le secteur de la pomme de terre organisée le 12 avril. Celle-ci s'est tenue à Ébène et a réuni la plupart des partenaires du domaine. Occupant actuellement le poste de Principal Extension Officer, Akhilalandjee Goolaub assure la formation et le soutien technique aux producteurs. Il a intégré le ministère de l'Agro-industrie en 1992 puis l'Agricultural and Research and Extension Unit créée en 1997. Celle-ci a changé d'appellation pour devenir le FAREI.

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