22 Avril 2018

Ile Maurice: Suivie par L'ONG SAFIRE, Noémie - Droit au but

Elles seront neuf adolescentes déscolarisées mais encadrées par SAFIRE à participer, en mai, à la Street Child World Cup, à Moscou. Aux buts, il y aura Noémie Ovide, 15 ans. Il aura suffi de quatre mois de prise en charge pour améliorer sa technique et son caractère.

Noémie Ovide paraît très à l'aise dans sa tenue de gardienne de but, même si ce n'est que depuis le mois de janvier qu'elle joue à ce poste. Cette habitante de Bois-Marchand, née d'un père maçon et d'une mère employée d'usine, qui a dû arrêter de travailler pour s'occuper d'elle lorsque ses crises d'épilepsie se déclenchaient, a réussi sa scolarité primaire à l'école de Terre- Rouge. «J'aimais étudier et j'aimais l'école. De temps à autre, j'avais la tête fatiguée et au lieu d'appendre dans ces moments-là, mo ti kontan badiné.»

Elle a entamé son cycle secondaire avec courage dans un collège de Port- Louis, du moins jusqu'en Form III, classe qu'elle a doublée, en raison de la pression des pairs. «Je me suis retrouvée dans une classe avec des élèves qui refusaient d'apprendre. Preské toulézour zot lager, fer dézord. Zot pa ti lé aprann.»

Noémie se laisse emporter par le courant sauf qu'au troisième trimestre de sa deuxième année de Form III, ses crises d'épilepsie sont plus régulières, nécessitant de courtes hospitalisations. «Ek ler monn désid met enn seryé dan létid, ti inpé tar.» Ne pouvant refaire sa classe, elle se retrouve déscolarisée et pour ainsi dire à la rue. Et comme ce n'est qu'en décembre qu'elle aura 16 ans, âge qui lui permettra de commencer à suivre une formation hôtelière, elle végète à la maison quand elle n'est pas debout sur le pas de sa porte à regarder les passants.

C'est ainsi que Brian, un des éducateurs de pairs du Service d'accompagnement, de formation, d'intégration et de réhabilitation de l'enfant (SAFIRE), qui vit à Bois-Marchand, la voit un jour. Craignant qu'elle ne soit happée par les fléaux qui guettent les adolescentes d'aujourd'hui, il bavarde avec elle et réalise que son profil correspond à celui recherché par SAFIRE, à savoir une jeune qui soit suffisamment articulée pour se familiariser à la Convention des droits de l'enfant et ensuite faire de la prévention.

Il l'invite à venir découvrir les activités de SAFIRE au centre national François Blaquart, à Réduit. L'autre atout de Noémie Ovide est qu'elle joue au football et SAFIRE a prévu de participer, pour la deuxième année consécutive, à la Street Child World Cup (SCWC) qui se tiendra cette année, en mai.

Noémie Ovide s'y rend et est enthousiasmée tant par les objectifs de SAFIRE (voir encadré) que par leurs activités. Elle y rencontre d'autres filles déscolarisées comme elle et surtout, elle est encouragée à venir s'entraîner au football. «Dan pa ti konn tro zwé foutborl, inn zwé plis ki kan ti zwé an déor. SAFIRE inn fer mwa avansé, fer mwa vinn keeper.»

DROIT DES ENFANTS

Ainsi, trois fois la semaine, elle s'entraîne avec un coach gardien de but à St François et une fois, c'est à SAFIRE qu'elle le fait. Comme elle fait partie des sélectionnées pour le déplacement outre-mer susmentionné, les entraînements s'accélèrent et depuis peu, ils se pratiquent en salle sur le terrain Foot Five à Bagatelle.

Mais il n'y a pas que le sport. De l'autre côté, Noémie Ovide est familiarisée à la Convention des droits de l'enfant. On lui apprend à mieux communiquer et ce faisant, son attitude change. «Avan mo ti kontan réponn. La mo ékouté mo res trankil. Avan mo ti éna enn koler tro bokou an mwa ek ler enn dimounn ti pé koz brit ar mwa, si mo pa réponn li lor mem ton, mo pou tapé. Zordi mo res trankil. Mo krwar ki foutborl inn fer sorti tou séki ti bizin sorti.»

Ce n'est pas la première fois que cette jeune fille, qui aura 16 ans en décembre, prend l'avion. Sa maman étant Rodriguaise, Noémie Ovide a été en vacances dans cette île à plusieurs reprises. Ce sera, toutefois, la première fois qu'elle entreprendra un aussi long déplacement outre-mer. Malgré quelques appréhensions, elle a hâte d'être à Moscou et de participer à ce tournoi de football.

«Mo bizin fer loner mo péi laba. Nou bizin sey gagn enn trofé.» Comme les participantes doivent aussi montrer leur culture, elle fait partie du groupe qui exécutera des danses indiennes, chinoises et bien entendu le séga. Elle doit aussi jouer dans une pièce de théâtre qui traite des méfaits de la drogue.

À son retour au pays, elle fera partie du groupe de jeunes ciblés pour faire de la prévention auprès de leurs pairs. «Mo pou res dan SAFIRE parski aprann boukou kitsoz ladan. Apré mo pou al dir bann tifi ek bann zénes plito ki assize, fume, fer lot kitsoz ki pa bon, fer kitsoz ki met zot lor enn bon sémin... »

Participation incertaine

Cette «Street Child World Cup» (SCWC), organisée par l'organisation anglaise «Street Child United» (SCU), a lieu généralement un mois avant la Coupe du monde de la Fédération internationale de Football Association. Si en 2014 elle a eu lieu au Brésil, cette fois, elle se tiendra à Moscou, en Russie, du 10 au 19 mai. Vingtquatre pays y participeront, dont Maurice.

Edley Maurer, Manager de SAFIRE explique que le SCWC est plus qu'un tournoi de football. «Si la compétition s'adresse aux pays où il y a des organisations s'occupant des enfants de rue, l'objectif de la SCU est de faire les décideurs prendre conscience de l'existence des enfants de rue et d'agir pour que ces derniers ne traînent plus les rues, mais soient encadrés et protégés.»

Des objectifs à peu près similaires à ceux de SAFIRE, qui vise à faire les enfants à risques diminuer leur fréquentation de rues, les responsabiliser et leur faire connaître leurs droits selon la Convention des droits de l'enfant afin qu'ils se protègent et protègent d'autres comme eux en faisant de la prévention et qu'ils s'insèrent dans des programmes de formation professionnelle ou reprennent le chemin de l'école. Si Air France a offert les billets pour ce déplacement de mai, SAFIRE doit encore s'acquitter de la taxe sur ceux-là, qui équivaut à Rs 16 000 par tête. Deux entreprises ont promis un financement. Mais lorsque Edley Maurer fait ses comptes, il doit encore trouver Rs 600 000 pour que la participation des filles de SAFIRE à ce tournoi de football soit effective.

«La dernière fois, c'était l'organisateur qui avait pris en charge ces dépenses. Cette fois, si nous nous déplaçons par nos propres moyens, la SCU financera la formation sur la Convention des droits de l'enfant. Nous avons 14 jours pour trouver Rs 600 000. Autrement, le voyage sera compromis et notre projet de prévention aussi.» À vot' bon coeur...

Ile Maurice

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