27 Avril 2018

Sénégal: Projet de constructions du port de Ndayane-Yenne - Ndayane, Popenguine et Toubab-Dialaw en sursis

A seulement 45 minutes de la ville de Dakar, se trouve la commune de Yenne. La tranquillité de ses populations est menacée depuis l'annonce de la construction du port de Ndayane-Yenne. A terme, ce projet qui se fera en trois phases nécessitera respectivement des surfaces de 600, 1200 et 1800 hectares, avec la disparition de l'hôtel Fleur de Lys, de l'école de danse africaine Ecoles des Sables... A cela s'ajoute le dragage du port pour une profondeur de 18 mètres pour permettre aux navires gros porteurs d'accoster et sans compter prés de 1000 camions qui devront circuler régulièrement pour amener les matériaux de construction. D'où le rôle avant-gardiste de l'association Ndougoumaan qui milite pour qu'un tel projet conçu au grand dam des habitants ne voit pas le jour.

Avec la construction du port de Ndayane-Yenne, c'est la sauvegarde de la biodiversité et les perspectives de développement social, économique et culturel des sites de Ndayane, Popenguine et Toubab-Dialaw qui sont mis en dangers. Partant de ce constat, Amadou Lamine Sall, représentant de l'association pour la défense de l'écologie de la dite localité s'interroge. «Comment construire à moins de 10 km d'intervalle, sur la même côte, deux grands ports, Bargny et Ndayane, sans détruire l'écosystème et la biodiversité de toute la petite cote ? Pourquoi construire un port sur un littoral aux immenses plages de sable, offrant un site touristique. Il y a des impacts terribles: le pèlerinage de Popenguine est menacé, le centre de Germaine Acogny est menacé, le centre Fifa est menacé, le palais présidentiel est impacté, les populations vont être déplacées, il n y aura plus de pèche artisanale, les femmes n'auront plus où aller et quoi vendre», déplore-t-il, listant les impacts environnementaux du projet du gouvernement.

Lui emboitant le pas, Mamadou Berté, architecte et président du Rassemblement des écologistes du Sénégal (RES), renchérit sur les impactes négatifs de ce gigantesque projet qui, à terme, va bouleverser radicalement l'habitat et l'écosystème marin de la localité. «Les impacts sont absolument négatifs. Le premier impact, à l'instar de la brèche de Saint-Louis qu'on avait réclamé et qui nous avait valu d'être traités d'oiseaux de mauvais augures, d'empêcheurs de tourner en rond, mais l'avenir a fini de nous donner raison contre notre gré. Et nous ne souhaitons pas que cela se reproduise ici. Ici, les fonds marins sont entre 6-7 mètres, il est question de train d'eau de 18 à 20 mètres de profondeur. Donc, il faudrait forcement draguer et une fois qu'on aura dragué, le niveau de la mer va augmenter sur toute la côte: de Thiaroye à Joal», a-t-il mis en garde.

Ainsi, à travers des pétitions, des séances d'informations mais aussi des rencontres avec les autorités concernées et notamment le ministre de l'Environnement, les membres de l'organisation pour la défense des intérêts de Ndayane-Yenne, Ndougoumaan, ne veulent pas de ce port chez-eux. Ou, à défaut, ils réclament en prélude des études sérieuses sur le projet. L'association propose, à travers un dossier à l'intention de la presse, «de mener des études sérieuses ou de rendre disponibles les études réalisées, si elles existent, afin d'édifier chacun sur les impacts écologiques à court et long termes d'un tel projet. De s'informer sur les alternatives possibles et se constituer en force de proposition en mobilisant les compétences techniques nécessaires à la bonne compréhension des enjeux économiques, sociaux et environnementaux. De réaliser des inventaires des espèces endémiques animales et notamment ornithologique des sites impactées».

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BABA MBENGUE, DIRECTEUR ET FONDATEUR DE L'HOTEL LA PIERRE DE LISSE : «On n'est pas contre le port, mais... »

«Je suis impacté parce s'il y a une décision de vouloir faire de Ndayane un port et sur les plans, des experts sont venus à mon hôtel parce qu'à part moi, il n'y a pas d'hôtels où ils peuvent s'installer. Donc, ils sont venus me montrer les plans en me disant que vous êtes impactés et moi je déplore ça. Parce que cela fait maintenant 25 ans que je me bats pour mettre cet hôtel en marche. J'ai une capacité de 100 chambres et 50 à 60 personnes qui travaillent à l'hôtel. Je vivais en occident, mais j'ai quitté Paris pour venir travailler chez-moi. Parce que je crois au développement de mon pays. Et maintenant que l'hôtel est à son apogée, on nous dit que voilà vous allez dégager. Quand-même, on n'est pas contre ça. Mais ce que je propose, c'est qu'ils aillent voir ailleurs. On n'est pas contre le port, mais pas à Ndayane parce que cala va détruire l'environnement. Imaginez une digue de 1 kilomètre, imaginez les répercussions.»

HELMUT VOGT, CO-FONDATEUR DE L'ECOLE DES SABLES : «On n'est pour un progrès qui soit adapté à ce lieu, à la mer, à la lagune, à la nature... »

«Imaginez les conteneurs et les grues là-bas, ça va détruire tout. Avec Germaine Acgny, on a construit l'Ecole des Sables, on a commencé à consrtuire en 1999, cela fait presque 20 ans qu'on est ici. Il y a des danseurs qui nous viennent de toute l'Afrique pour apprendre la profession de danseur et il y a même des danseurs du monde entier qui viennent ici parce que c'est aussi un lieu de rencontres et d'échanges. Là, pour le moment, on peut s'imaginer être dans la nature, mais à 100 ou 200 mètres il y a des grus énormes, de grands bateaux, des montagnes de conteneurs. Mais c'est fini, ce n'est plus la même chose. On se demande même si on pourrait travailler parce que la nuit va devenir comme le jour, il y a les bruits. On n'est pas contre le progrès, mais un progrès qui soit adapté à ce lieu, à la mer, à la lagune, à la nature et développer quelque chose qui soit liée au tourisme, à l'agriculture bio qui emploiera des milliers de femmes. Le monde ne va plus exister si on continue comme ça.»

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