10 Mai 2018

Burkina Faso: Procès du putsch manqué - Le général Gilbert Diendéré sans avocat

La Chambre de jugement de première instance du tribunal militaire a repris du service, le mercredi 9 mai 2018, dans le cadre du jugement du putsch manqué de septembre 2015. L'audience a été aussitôt reportée au vendredi 25 mai 2018 pour donner le temps aux six avocats commis d'office de préparer la défense de leurs clients.

Un nouveau report et de nouveaux désistements d'avocats de la défense. L'audience du 9 mai du procès du putsch manqué de septembre 2015 a tenu une demie journée, le temps pour le président du tribunal, Seydou Ouédraogo, d'entendre les avocats de la défense nouvellement commis d'office à la défense d'un certain nombre d'accusés, d'informer les parties du déport des avocats Me Barthélé Somé et Me Paul Kéré de la procédure et de statuer sur des demandes de sortie et de mise en liberté provisoire. La précédente salve de déports a entrainé la commission d'office de six avocats par le bâtonnier à la défense des 12 accusés qui se retrouvaient sans défense. A l'entame de l'audience de ce jour, le président du tribunal a demandé aux nouveaux avocats s'ils avaient eu suffisamment de temps pour préparer la défense de leurs clients. Ils se sont tous accordés pour dire non, et ont demandé davantage de temps pour être en mesure de «défendre utilement» leurs clients, sollicitant notamment entre 20 et 30 jours au regard du volume du dossier (15 000 pages). Après avoir interrogé toutes les parties, Seydou Ouédraogo leur a accordé16 jours, fixant la prochaine audience au 25 mai. Le président du tribunal a ensuite dévoilé le contenu de deux correspondances parvenues à son tribunal le 8 mai, l'informant du déport des deux avocats cités ci-dessus, « pour convenance personnelle ». En conséquence, huit accusés, dont le général Gilbert Diendéré, son épouse Fatoumata Diendéré, Me Hermann Yaméogo se retrouvent sans assistance. Seydou Ouédraogo a interrogé les avocats de la défense pour savoir si certains d'entre eux avaient des intentions de déport. « Soyez patients ! Nous savons pourquoi nous sommes là », a répondu Me Antoinette Ouédraogo.

Et Me Dieudonné Bonkoungou d'ajouter : «Nous déciderons suivant la conduite du procès. Nous marcherons avec vous si la marche est aisée, nous aviserons, si elle est compliquée, nous prendrons les décisions qui s'imposent». Cette situation de déport en cascades a d'ailleurs entraîné des débats nourris entre avocats de la partie civile et ceux de la défense. Les premiers analysant la vague de déports au sein des rangs des seconds, comme « une stratégie organisée pour enliser le procès ». Me Guy Hervé Kam a renvoyé ses confrères de la défense aux bonnes pratiques du métier d'avocat, leur signifiant notamment le devoir d'apporter la preuve qu'ils ont informé leurs clients suffisamment à temps avant de se déporter du procès. Pour lui, il y a lieu de prendre le procès au sérieux. Une intervention qui va amener ses adversaires à sortir de leurs gonds. Me Antoinette Ouédraogo lui reprochera notamment de vouloir se faire remarquer au point de manquer de respect à ses confrères.

«Un avocat peut se déporter d'un dossier en cours de procédure et se reconstituer plus tard dans le même procès si les conditions de déroulement du procès ont changé », a fait remarquer pour sa part Me Bonkoungou. A la fin des débats, le tribunal a signifié son intention de saisir à nouveau le bâtonnier pour la commission d'autres avocats à la défense des accusés actuellement sans conseil. Enfin, statuant sur des demandes de liberté provisoire, introduites par Abdoul Karim Baguignan, Fayçal Nanéma et Abdou Compaoré, le tribunal a refusé d'accéder à ces demandes, car jugées non fondées. En ce qui concerne la demande de sortie du journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss, il s'est déclaré incompétent.

Faits et gestes au procès

La Gal Traoré au contact des accusés

Peu avant l'ouverture du procès, l'ancien chef d'Etat-major général des armées, le général Honoré Nabéré Traoré est allé saluer les accusés dans leur box. On l'a vu échanger des poignées de main chaleureuses et quelques mots avec ses frères d'armes, les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé. L'ambiance semblait bon enfant, à voir ces officiers généraux discuter. Que se sont-ils dit ? On peut tout imaginer. Toujours est-il que le geste du gal Traoré contredit certaines informations, diffusées préalablement sur Internet, faisant état de ce qu'il avait subi les remontrances du directeur de la justice militaire, Sita Sangaré, pour s'être rendu vers les prévenus.

Quand les partisans de «Golf » l'encouragent

A la deuxième suspension du procès ordonnée par le président du tribunal, pour délibérer sur les demandes de liberté provisoire des accusés, Abdoul Karim Bagagnan et Fayçal Nanéma et la demande d'autorisation de voyager à l'étranger du journaliste Adama Ouédraogo Damiss, les partisans du général Gilbert Diendéré se sont fait voir à nouveau. Sans grand bruit, nombre d'entre eux se sont rassemblés près du box des accusés, pour galvaniser leur «champion », qui leur a rendu l'ascenseur avec des saluts amicaux. « Ça ira mon général », a lancé l'un d'entre eux, visiblement fier d'être aux côtés du présumé cerveau du putsch manqué du 16 septembre 2015.

Deux accusés «oubliés» dans le public

Les accusés Paul Sawadogo et Lassina Ouédraogo ont, en l'espace de quelques minutes, savouré la liberté de s'asseoir dans le public avant de rejoindre le box des prévenus. En effet, arrivés ensemble un quart d'heure avant le début du procès (9h), les deux ont voulu rejoindre leurs coaccusés. Mais l'un des militaires assurant la garde de ce box n'a pas semblé les reconnaître et s'est référé à la hiérarchie pour savoir s'il fallait les laisser passer. Le supérieur interpellé s'est à son tour référé à un autre supérieur. Le dernier arrivé s'est rendu auprès du greffe du tribunal avant de les autoriser à intégrer le box des accusés, alors qu'ils s'étaient entre-temps assis auprès de leurs connaissances dans le public. «On avait commencé à s'habituer de l'autre côté», a plaisanté Paul Sawadogo rejoignant les autres accusés.

Les avocats se prononcent

Me Guy Hervé Kam, de la partie civile : « Le tribunal devrait prendre ses responsabilités »

«Tant qu'il s'agit de préparer le dossier pour assurer les droits de la défense, nous ne nous y opposons pas. Même si on n'a pas voulu polémiquer, il faut retenir que les avocats commis ont attendus trois semaines pour récupérer le dossier. La charge émotionnelle de cette affaire conduit le tribunal à être très magnanime du côté de la défense. Nous faisons observer que la partie civile commence petit à petit à perdre patience.

On a fini avec les incidents de procédure qui sont du ressort de la loi. Ce qui se passe actuellement est aux antipodes de la procédure judiciaire. Parce que même le déport est réglementé. De ce point de vue, le tribunal devrait prendre ses responsabilités. Lorsque nous allons dans les juridictions civiles et commerciales, on ne se déporte pas comme cela. Il y a une procédure. Devant une juridiction criminelle, les procédures doivent être encore plus strictes. On ne rentre pas et ressortir dans un palais comme dans un marché ou un restaurant !»

Me Olivier Bonkoungou, avocat de la défense : « Un renvoi à un mois aurait été judicieux »

«Chaque accusé a son avocat. Certains se sont déportés, d'autres sont encore dans la salle. Donc il n'y a pas eu de concertation pour procéder à ces déports. Ce sont des procès d'intention.

Les avocats commis d'office avaient demandé un mois. Le tribunal leur a accordé 16 jours, avec de nouveaux déports. La question que je me pose c'est celle de savoir si le 25 mai, nous ne serons pas au même point, puisque les avocats qui seront commis nouvellement pour les accusés, actuellement dépourvus de défense, auront aussi besoin de temps pour connaitre les dossiers et défendre leurs clients. Un renvoi à un mois aurait été judicieux. Il n'y a pas de précipitation pour le procès. Quand on va en procès, on y va sereinement. Qu'il y ait des reports, cela ne peut pas être une stratégie. Parce que vous ne pouvez pas demander à quelqu'un de venir compulser un dossier de plus de 15 000 pages en deux semaines et défendre un accusé qui risque de lourdes peines. Demander un report ne peut pas participer d'une stratégie».

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