12 Mai 2018

Cameroun: CAMAIR-CO - Ernest Dikoum défie Louis Georges Njipendi

1-Des licenciements en violation des textes

Rien ne va plus entre le directeur général et le Conseil d'administration de Camair-Co. A l'origine de la discorde, ce que les membres du dit conseil qualifient d' « insubordination récurrente » vis-à-vis du conseil d'administration et surtout le non-respect des lois, textes et procédures en vigueur en matière de gestion des sociétés publiques au Cameroun.

En effet, les rétrogradations et les licenciements du personnel en violation des textes en vigueur, ont suscité des remous sociaux au sein de l'entreprise. Lesquels ont poussé le conseil d'administration à se saisir du dossier.

C'est ainsi qu'à l'issue du rapport du comité ad hoc mis sur pied pour examiner ce contentieux, le conseil d'administration, par résolution n° 06/32ème/CAO/01-2018 du 19 janvier 2018, a instruit le directeur général de lever toutes les mesures de rétrogradations prises et de procéder aux régularisations y relatives au plus tard le 31 janvier 2018.

Trois mois plus tard, le 17 mars 2018, les administrateurs seront surpris de constater qu'aucune action n'avait été entreprise pour régulariser ces rétrogradations. Pire encore, Ernest Dikoum a continué à servir des notifications de suspension et de rupture de contrat à plus de trente employés. Motif, explique-t-on à la direction général, ceux-ci avaient des faux diplômes et des faux actes de naissance.

Les administrateurs vont, par résolution n°011/33ème/CAO/03-2018, instruire à nouveau le directeur général «de rapporter sans délai, toutes les décisions disciplinaires (licenciements, suspensions de contrats de travail, constats de démission... .) prises à l'encontre des personnels concernés sans accord préalable du conseil d'administration.» Malgré toutes ces résolutions, Ernest Dikoum reste crampé sur ses positions.

Contre toutes attentes, au lendemain de ladite session, le Directeur général va servir, dès le 19 mars 2018, une dizaine de notification de rupture de contrat de travail à d'autres agents, portant ainsi à une quarantaine le nombre de licenciements abusifs.

Non contents de cette décision, les employés qui s'estiment abusivement licenciés ont mis sur pied un collectif. Lequel collectif a saisi le ministre du travail et de la sécurité sociale pour : «dénonciation de licenciement abusif à Camair-Co». Aussi ont-ils, parallèlement, constitué un collège d'avocats pour la défense de leurs intérêts.

La goutte d'eau qui, de l'avis des sources proches du conseil d'administration, a fait déborder le vase pour ce qui la gestion des ressources humaines est le licenciement, sans autorisation préalable du conseil d'administration, du directeur de la sûreté aérienne, Hubert Nicolas Zoombame, alors que ce haut cadre, de surcroît nommé par décret présidentiel, selon les sources du Messager, ne peut être remplacé que par un autre décret du président de la République.

2- Le conseil d'administration

A en croire nos sources, la compilation de ces manquements a amené les administrateurs à se concerter le 03 mai dernier à Yaoundé.

Face au refus d'Ernest Dikoum d'obtempérer, le président du Conseil d'administration, Louis Georges Njipendi Kuotu va adresser, ce même jour, une correspondance dont le Messager a obtenu copie, au directeur général lui demandant, une fois de plus,«de bien vouloir mettre en application les résolutions du conseil d'administration ».

Malgré toutes ces résolutions, concertations et rappels à l'ordre, Ernest Dikoum restera inflexible. Selon certains cadres de la direction rencontrés par le reporter, le Dg ne serait pas prêt à mettre en application les résolutions du conseil d'administration. «J'ai le soutien du Sg de la présidence que je considère comme le seul et unique interlocuteur valable de l'Etat-propriétaire de la compagnie.», aurait déclaré le Dg au cours d'un comité de direction.

L'actuel bras de fer entre le directeur général et le conseil d'administration ne serait-il une conséquence du soutien de Ferdinand Ngoh Ngoh à Ernest Dikoum ? Certains membres du conseil d'administration qui répondent par l'affirmative.

Le dernier incident en date est la location d'un avion à hélice de 70 places de type Bombardier Dash Q400. Comme à son habitude, en violation de toutes les procédures et sans autorisation préalable du conseil d'administration, Ernest Dikoum va signer tout seul le contrat de location de cet aéronef, payer les cautions, avance sur loyers, formations, frais de missions et diverses autres charges y relatives, avant de solliciter, par une correspondance datée du 06 avril 2018, une résolution, en régularisation, du conseil d'administration.

En réponse à Ernest Dikoum, le Pca, Louis Georges Njipendi Kuotu, dans sa correspondance du 07 mai 2018, écrit : «J'ai l'honneur de vous connaître que l'examen du dossier y afférent, appelle les observations ci-après : - Sur la démarche : la signature du contrat de location sans mandat formel du Conseil d'administration enfreint à la règlementation en vigueur et met ladite instance devant un fait accompli, d'autant plus que 380.000 dollars ont d'ores et déjà été versés au titre du dépôt de garantie ;

Sur la nature du contrat : l'intention d'achat à exprimer au terme des délais contractuels, subrepticement évoquée au paragraphe 3.1.4, ne saurait constituer une option engageant les parties, contrairement à ce que vous affirmez ;

Sur la durée du contrat : une durée de cinq (05) ans en location simple limite les marges de manoeuvre de la compagnie. En plus, cette période ne permet pas à la compagnie de mesurer à court terme, l'apport réel de la transaction sur son chiffre d'affaires, afin de s'engager à long terme ;

Sur la valeur actuelle de l'aéronef : le dossier ne comporte pas une estimation de la valeur actuelle de l'aéronef, laquelle devrait constituer une base rationnelle d'estimation de son coût de location ou vente ; cette estimation, rapprochée à une étude de rentabilité, aiderait à comprendre l'option retenue.

Fort de ce qui précède et dans le souci de permettre au Conseil d'administration de statuer sur l'autorisation en régularisation que vous sollicitez, vous voudrez bien me faire tenir des éléments d'information complémentaires sur ces différentes préoccupations.» Voilà donc Ernest Dikoum qui se lance dans une opération controversée de location d'avion. Projet qui suscite plusieurs interrogations, tant de la part des administrateurs de Camair-Co que des experts de l'aviation civile, d'abord sur l'opportunité et ensuite sur les conditions de location. S'agissant de l'opportunité, les experts pensent que, ajouter un sixième avion au lieu de dépanner les trois cloués au sol depuis plus d'un an relève d'une dérive managériale. Ils déconseillent d'ailleurs d'exploiter trop de types d'avions différents, à cause, expliquentils, de l'accroissement des difficultés d'exploitation et de maintenance.

« Pour ce qui est du type de location, la formule choisie par Ernest Dikoum étant «drylease simple», au bout d'une durée de location contractuelle, non modifiable, de cinq ans, à raison de 100 millions de Fcfa par mois auxquels s'ajouteront , selon les experts, au moins 30 millions de Fcfa mensuels de réserve de maintenance, Camair-Co déboursera, à fonds perdus, environ 8 milliards de Fcfa. Pour ensuite payer l'avion CASH à sa valeur marchande à la fin du contrat ». «C'est un marché de dupe, puisque 8 milliards ne sont pas très éloignés de la valeur neuve de cet avion à hélice. Ce type d'opération n'a de sens que pour des locations de moins de deux ans, à défaut, la location-vente est vivement conseillée», s'exclame un cadre de la maintenance de Camair-Co, qui ajoute :«c'est ce genre de contrat léonin que Alex Van Elk avait négocié pour la location des deux Boeing 737-700 et qui avait fini par contraindre le gouvernement à les acheter au risque de perdre les milliards de Fcfa de caution versés. Le conseil d'administration de l'époque avait d'ailleurs formellement interdit les «drylease simple» supérieurs à deux ans.»

3-Des contrats sans l'onction du Pca

Sur un tout autre plan, la signature d'un tel contrat est très largement audessus du seuil de compétence du Directeur général de Camair-Co et ne peut être paraphé, sauf autorisation expresse, que par le ministre des marchés publics. Etant bien entendu que la résolution du conseil d'administration y relative est une pièce maîtresse du dossier de saine du Minmap. Ernest Dikoum a-t-il obtenu l'accord du ministre des marchés publics sans l'autorisation préalable du conseil d'administration ? Est-ce une autre régularisation qu'il va solliciter auprès de ce ministère ?

Quoiqu'il en soit, à l'heure où Ernest Dikoum sollicite une résolution en régularisation au Conseil d'administration, le Dash Q400 en question est déjà en train d'être peint aux couleurs de Camair-Co dans les ateliers d'Ethiopian Airlines à Addis-Abeba. Du côté de la direction financière de la compagnie, un cadre informe que : «les dépenses déjà engagées pour l'instant pour cette opération, notamment la caution, les loyers, la mise de l'avion aux standards, les frais de formations, de location de pilotes, de mission et autres s'élèvent à environ 600 millions de Fcfa.»

En attendant, un conseil d'administration de Camair-co est annoncé pour vendredi prochain.

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