13 Mai 2018

Burkina Faso: Gouvernance politique - Paul Kaba Thiéba à cœur ouvert

Le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, s'est confié à cœur ouvert à l'émission radio « Tapis d'honneur » de la RTB, le samedi 12 mai 2018 dans sa ville natale de Tougan, chef-lieu de sa province du Sourou. Le chef du gouvernement a levé le voile sur diverses facettes de sa vie et ses ambitions pour le Burkina Faso.

L'émission radio « Tapis d'honneur » de la Radiotélévision du Burkina (RTB) a accroché à son tableau de chasse, un invité de marque : le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, en poste depuis trois ans. Pareille occasion ne courant pas les rues, les petits plats ont été mis dans les grands pour « cuisiner » le chef du gouvernement à ce grand rendez-vous avec les personnalités de divers bords autour de leurs vie et ambitions.

Diffusé en direct sur la radio nationale, l'entretien a été mené depuis le pied-à-terre du Premier ministre en plein cœur de Tougan par deux journalistes, Jean-Baptiste Bouda et Louis Gansoré, pendant deux heures. Les questions ont fusé, des plus simples aux plus dérangeantes, mais Paul Kaba Thiéba, habitué maintenant aux face à face avec la presse, s'est montré très à l'aise pour apporter des éléments de réponse.

Parfois taquin comme à son habitude, le Premier ministre, économiste de 58 ans formé en grande partie au Burkina, a été interpellé sur sa nomination, aux premiers instants de l'émission, qui a débuté aux alentours de 10h 15 minutes. « Quand nous étions élève, nous nous interrogions déjà sur comment sortir le Burkina Faso de la pauvreté.

C'est une chance que le président du Faso m'a donnée de pouvoir apporter ma contribution au développement du pays. C'est avec enthousiasme et abnégation que j'accomplis ma mission », a-t-il laissé entendre, précisant tout de même n'avoir jamais rêvé occuper un tel poste. S'il a été quelque peu surpris par son ascension, Paul Kaba Thiéba dit n'avoir jamais eu à l'esprit de démissionner, malgré les critiques plus ou moins acerbes à son encontre.

D'aucuns avaient même parié sur son départ, à la veille du récent remaniement ministériel, avant que le chef de l'Etat ne déjoue tous les pronostics en le reconduisant à la Primature. « Il y a beaucoup de travail à faire et je m'attelle à cela qu'à autre chose.

Nous sommes convaincu que la voix que nous avons tracée est la meilleure pour le Burkina », se convainc ce passionné de football, sport qu'il a le plus pratiqué au point de ne pas être un adepte de la lutte traditionnelle bien chère au pays san.

Le surnom « caravelle », collé par ses camarades à l'école, en reconnaissance à ses qualités d'attaquant rapide, est même remonté dans ses souvenirs.

Paul Kaba Thiéba, marié et père de trois enfants, s'est également remémoré, tout sourire, sa rencontre à l'université avec son épouse ghanéenne, qu'il dit avoir « draguée en français », puisqu'elle maîtrise « un peu » la langue de Molière.

Le Premier ministre est bien loin de l'époque de ces anecdotes, avec une carrière professionnelle remplie, qui l'a amené à rouler sa bosse à la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), jusqu'à son avènement à la tête du gouvernement. A présent, M. Thiéba a une lourde mission sur ses épaules, la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES).

Le PNDES en « bonne voie »

Quel bilan fait-il de la mise en œuvre du au Faso? « Le PNDES est en très bonne voie. J'entends toutes sortes de critiques à propos, que l'argent ne circule plus, mais il faut que les jeunes sachent qu'on ne peut pas construire un pays avec cet esprit.

On ne peut pas aller au développement sans sacrifices », a répliqué Paul Kaba Thiéba. Il a tenu, dans la même veine, à montrer que les résultats de l'action gouvernementale sont visibles sur le terrain.

Le Premier ministre s'est d'abord appesanti sur la gouvernance, avec les « énormes progrès » réalisés dans le domaine de la justice : le recrutement de 170 magistrats, la création de nouveaux tribunaux (celui de Pô par exemple), l'« amplification » de la lutte contre la corruption, etc.

Il a ensuite évoqué le développement du capital humain, se référant, parmi tant d'autres, à la mesure de gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, et la construction de 157 nouveaux Centres de santé et de promotion sociale (CSPS), et de 408 Collèges d'enseignement général (CEG). Paul Kaba Thiéba a enfin mis en exergue les bonnes performances de l'économie nationale, avec un taux de croissance de 6,7% en 2017, contre 5,9% en 2016 et 4% en 2015.

De la lutte contre le terrorisme, phénomène qui sape en partie les efforts de développement de l'exécutif, il en a été aussi question. Outre le volet sécuritaire, le Premier ministre s'est réjoui de la mise en œuvre progressive du Programme d'urgence pour le Sahel (PUS), pour un coût de 445 milliards de francs CFA, à l'horizon 2020.

A l'entendre, c'est la « réponse économique » à la lutte contre le terrorisme qui devrait empêcher les extrémistes de gagner du terrain, en se servant de la misère et des frustrations des populations.

Les questions à polémique

Face aux animateurs de « Tapis d'honneur », le Premier ministre a également réagi aux différentes polémiques liées à la politique gouvernementale. Que répond-il à ceux qui pensent que la délocalisation des Conseils des ministres à l'intérieur du pays est une campagne électorale déguisée.

« Je ne comprends pas cette polémique. Nous avons souhaité cela pour nous rapprocher de nos compatriotes à l'intérieur du pays. Il n'y a pas d'agenda politique caché. Nous allons d'ailleurs veiller à ce que cela se fasse sans excès, en termes de budget », a rétorqué l'ex-fondé de pouvoir de la BCEAO.

L'acquisition de véhicules de luxe (Talisman et V8) au profit des membres du gouvernement suscite le débat dans l'opinion, mais cette opération était nécessaire selon le Premier ministre. « C'est un mauvais procès. On dit que le gouvernement a acheté des véhicules de luxe, alors que certains ministres n'ont pas de véhicules pour travailler (... ) », a commenté Paul Kaba Thiéba.

Le gouvernement a-t-il opté pour la suppression ou l'élargissement des fonds communs à tous les fonctionnaires ? Le locataire de la Primature s'est voulu prudent par rapport à ce sujet « sensible », refusant de « jeter de l'huile sur le feu ».

« Nous allons organiser la conférence nationale sur la remise à plat du système de rémunération des agents de la Fonction publique. La question des fonds communs y sera débattue, de même que celle des primes et des indemnités, de manière à lutter contre les injustices inacceptables », a-t-il déclaré.

Au passage, il a fustigé les excès constatés dans la distribution des perdiems, relevant qu'un ministre s'est inquiété d'avoir dépensé 900 millions de francs CFA dans son département pour des prises en charge en un an. Les Partenariats public privé (PPP) ne constituent-ils pas un moyen pour brader des richesses nationales ?

« Je ne partage pas ce point de vue. Le taux des investissements avait besoin d'être boosté, voilà pourquoi nous avons demandé l'autorisation à l'Assemblée nationale d'user des PPP. Tous les PPP aux conditions défavorables pour le Burkina seront écartés, car nous sommes des patriotes », a-t-il rétorqué.

La levée toujours attendue de la suspension des opérations de lotissement est revenue dans les échanges, et le Premier ministre s'est voulu pragmatique. « La question du foncier est sensible. Nous allons dans les semaines à venir reprendre les lotissements dans les zones où il n y a pas de difficultés.

Dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, où il y a des problèmes, nous allons mettre en place des commissions ad hoc avec la participation de la société civile pour faire la lumière sur les contentieux, avant la reprise des lotissements », a-t-il affirmé.

Au-delà de ces centres d'intérêt, Paul Kaba Thiéba a été amené à se prononcer sur les critiques formulées par l'opposition et le monde syndical à l'endroit du gouvernement, qu'il dit d'ailleurs prendre en compte.

Il ne ménage pas pour autant ces deux groupes de pression. « Je suis serein par rapport à l'opposition politique, car ses dirigeants n'ont pas de projets. La différence entre nous, c'est cela ? Nous avons une vision, et nous savons où nous allons. Ce qui les intéresse, surtout le CDP, c'est de reprendre le pouvoir et se venger », a mentionné le Premier ministre sans ambages. Les syndicats ?

« Quand je les écoute, je vois qu'ils n'ont pas d'ambitions. Leur seul objectif, c'est de détruire le pays. Utiliser le syndicalisme pour déstabiliser le pays est une autre affaire, il vaut mieux venir en politique », a répondu M. Thiéba, tout en regrettant que la Confédération générale du travail du Burkina (CGTB) soit un « instrument » du Parti communiste révolutionnaire (PCRV). En somme, le Premier ministre s'est montré ambitieux et combatif vis-à-vis de l'adversité sur le plateau de l'émission « Tapis d'honneur ».

Témoignages à la pelle

L'émission a été ponctuée de témoignages sur le Premier ministre. Aussi bien ses proches que des connaissances de longue date ou pas très lointaines ont jeté un regard critique sur sa personnalité. Un de ses cousins a soufflé que les liens familiaux sont sacrés pour lui. « Il n'a jamais coupé les liens avec sa famille, malgré sa carrière professionnelle », a-t-il rapporté.

Des promotionnaires d'école ou amis d'enfance, tels que l'actuel directeur national de la BCEAO, Charles Louanga Ki-Zerbo, les ministres en charge de l'habitat, Maurice Dieudonné Bonanet et de la Sécurité, Clément Pengwendé Sawadogo, ont également levé un coin de voile sur la personne de Paul Kaba Thiéba.

« C'est quelqu'un de très sincère en amitié », a lancé M. Ki-Zerbo. Pour le ministre Bonanet, le chef du gouvernement est un « grand travailleur, un homme passionné et ouvert ». Son collègue de la Sécurité ne pense pas le contraire : « C'est quelqu'un de studieux. Il est ouvert à la discussion et n'est pas dogmatique ».

Le ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement, Rémis Fulgance Dandjinou, qui collabore depuis peu avec Paul Kaba Thiéba, trouve qu'il est « très méticuleux » sur les dossiers. Le principal concerné n'est pas resté insensible à toutes ces marques d'estime et de sympathie. « C'est très flatteur, toutes ces paroles aimables prononcées à mon égard. J'en suis très fier », a-t-il dit.

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