13 Mai 2018

Burundi: Attaque meurtriere à la veille du référendum

Photo: The Citizen
Photo d'archives

Des corps criblés de balles, d'autres égorgés et brûlés ! C'est le constat désolant que l'on pouvait faire, le 12 mai dernier, à Cibitoké, du nom de ce quartier situé dans le Nord-Ouest du Burundi. Que s'est-il passé ? Difficile d'y répondre avec exactitude, tant est encore grande la confusion.

Car, à ce qu'on dit, les assaillants sont venus de la République démocratique du Congo (RDC). Armés de fusils et d'armes blanches, ils ont commis un « véritable carnage » avant de repartir tranquillement d'où ils étaient venus. Le bilan provisoire fait état de 26 personnes tuées et de 7 autres blessées, essentiellement des proches de policiers acquis à la cause du maître de Bujumbura, c'est-à-dire Pierre Nkurunziza dont la candidature controversée, en 2015, a mis le pays sens dessus dessous.

Alors, pourquoi cette escalade de violence qui intervient à quelques jours du référendum constitutionnel qui devrait permettre à Nkurunziza de rester au pouvoir jusqu'en 2034 ?

Pour les autorités burundaises, le massacre en série qui a eu lieu à Cibitoké, n'est ni plus ni moins que l'œuvre de « terroristes » cherchant à perturber le scrutin référendaire du 17 mai prochain. En pareille occurrence, s'il est vrai qu'aucune piste n'est à écarter, il faudra cependant éviter tout a priori.

Car, on le sait, le pouvoir burundais, en parlant de « terroristes », a dans son collimateur le CNARED (Conseil national pour le respect de l'Accord d'Arusha et la restauration de l'Etat de droit) dont la plupart des membres vivent non seulement en exil, mais aussi appellent les populations à boycotter le référendum constitutionnel de Pierre Nkurunziza qui, par un décret présidentiel, prévoit « une peine allant de 1 à trois ans de prison ferme » pour quiconque tentera de convaincre les électeurs de « s'abstenir de voter ».

Seule une enquête internationale peut permettre de savoir ce qui s'est passé exactement à Cibitoké

Le décor est ainsi planté. Nkurunziza veut se donner des raisons pour renforcer la répression dans son pays. Et l'occasion est toute trouvée pour casser de l'opposant, surtout à la veille de cette consultation populaire critiquée aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur.

Si fait que certains en viennent à se demander si les évènements malheureux de Cibitoké ne constituent pas une mise en scène pour pouvoir procéder, dans les jours à venir, à des purges staliniennes.

Ce n'est pas absurde de le penser, d'autant plus que si l'on en croit certains témoignages, nombreux sont les soldats qui, postés à 200 m du lieu du drame, ont gardé l'arme au pied pendant que se déroulait le carnage qui, rappelons-le, aura duré quelques heures.

Dans le cas d'espèce, seule une enquête internationale peut permettre de savoir ce qui s'est passé exactement à Cibitoké qui, au début de la crise, était connu pour être un quartier frondeur.

Mais, on n'en est pas là. Car, tel un crustacé dans sa carapace, Nkurunziza est dans la logique du pis-aller, à telle enseigne qu'il est hostile à la communauté internationale. Ayant réussi à faire place nette autour de lui, il tente maintenant de faire de son pays une forteresse.

C'est ce qui explique qu'en début mai dernier, l'autorité des médias avait suspendu pour une durée de six mois, les radios BBC et VOA, pour « manquements à la loi régissant la presse ». Quant à RFI, elle a reçu, à deux reprises, une « mise en garde » pour « un traitement jugé tendancieux et mensonger » d'informations sur le Burundi.

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