15 Mai 2018

Burkina Faso: Acquisition de véhicules de luxe pour les ministres - Un acte qui s'apparente à de la provocation

Le gouvernement burkinabè vient de décider de l'acquisition de véhicules au profit des ministres et des responsables d'institutions. Au total, il s'agit de 35 berlines, 19 V8 et 5 pick-up. Le coût de ces dépenses est estimé à 3 milliards de F CFA. L'on peut d'abord faire le constat que c'est seulement une quarantaine de personnes qui vont en profiter. L'autre constat est que les véhicules sont des véhicules de prestige.

Le dernier constat est que ces véhicules, non seulement coûtent très cher à l'achat mais aussi vont nécessiter, pour leur fonctionnement, des dépenses folles en termes de carburant et de lubrifiants.

Bref, ces engins de luxe vont coûter la quinine au contribuable burkinabè. Et ce dernier, à force d'être acculé d'impôts et de taxes, ne sait plus où donner de la tête. L'on peut ajouter à cela, le fait que la situation économique du pays, même si le gouvernement s'en défend, est d'une morosité déconcertante.

Et que dire des conditions de vie et de travail des agents, tant du public que du privé ? Partout, en tout cas, le front social est en ébullition permanente. Chaque catégorie de travailleurs y va de ses revendications. Et les paysans, ces éternels oubliés de la république, dans presque leur majorité, connaissent cette année les affres de la faim et de la soif.

Et quand tout ce monde va crier famine à la porte du gouvernement, et cela est légitime, ce dernier évoque l'argument du manque de moyens pour les satisfaire.

Mais la chose paradoxale est que dans le même temps, le gouvernement se livre à des dépenses somptuaires et in fine de nature provocatrice. A titre d'illustration, l'on peut citer la délocalisation de la tenue du Conseil des ministres et l'acquisition de véhicules de luxe pour ces mêmes personnalités. Si ce n'est pas de la provocation, cela y ressemble fort.

Roch Marc Christian Kaboré doit prendre en compte les critiques

C'est pourquoi l'ont peut se permettre d'inviter le gouvernement à y renoncer purement et simplement. Il peut d'autant plus le faire que les ministres et autres responsables d'institutions pour lesquels ces véhicules seront acquis, ne vont pas en mourir.

Par contre, en choisissant de persévérer dans l'erreur, pardons dans la faute, le gouvernement peut être sûr que par là, il prend le risque de donner aux syndicats un bâton pour se faire fouetter.

Et ils peuvent être nombreux, les Burkinabè, face à ce scénario, qui seront prêts à dire ceci : c'est bien fait pour le gouvernement ! Qu'il assume les conséquences de ses actes irréfléchis. C'est le lieu de rappeler aux uns et aux autres que les Burkinabè ont une aversion pour les dépenses publiques somptuaires, surtout quand le contexte ne s'y prête pas.

L'une des raisons pour lesquelles Maurice Yaméogo a été emporté par l'insurrection de 1966, était liée à ses nuits de noces somptuaires à Monaco, qu'il aurait fait supporter par le contribuable voltaïque. Pendant ce temps, il avait fait opérer des coupes sombres sur les allocations familiales des travailleurs.

Cette folie, le premier président de la Haute-Volta l'a payée très cher. Après Maurice Yaméogo, le gouvernement de Lamizana s'était aussi mis dans le pétrin, en commandant des véhicules de luxe. Si notre mémoire est bonne, il s'agissait de « Cadillac ». Les travailleurs s'étaient levés comme un seul homme pour dire non. Lamizana avait eu la sagesse de reculer et c'était une des qualités de cet homme d'Etat.

Il a évité ainsi la casse. Dans le registre toujours des dépenses somptuaires, l'on peut évoquer le cas du sénat que Blaise Compaoré voulait coûte que coûte mettre en place. La suite de son entêtement est connue.

Le gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré serait donc bien inspiré de tirer les enseignements de ce rappel historique, s'il veut véritablement être en phase avec le peuple insurgé. Car, jamais ses courtisans ne lui donneront de tels conseils.

Et ces mêmes personnes seront les premières, lorsque la situation va virer au vinaigre, à sortir du bois pour marteler ceci : « Nous avons dit, en son temps, que la mesure était mauvaise mais on ne nous a pas crus ».

Roch Marc Christian Kaboré doit prier Dieu pour qu'il le préserve de ce genre de courtisans. Par contre, il doit prendre en compte les critiques tendant à l'amener à éviter les bagarres inutiles.

Lui-même est un témoin de tous les faits historiques que nous avons évoqués plus haut. De ce fait, il doit être le premier à savoir que l'acquisition de véhicules de prestige, dans le contexte qui est celui du Burkina, est franchement inopportune. Par conséquent, c'est un acte qui peut être porteur de dangers.

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