15 Mai 2018

Sénégal: Procès des présumes terroristes - Travaux forcés à perpétuité requis contre Matar Diokhané

Le procureur de la République a demandé la condamnation à des travaux forcés en perpétuité Matar Diokhané et les dix autres accusés qui s'étaient rendus dans le fief de Boko Haram au Nigéria et à Aqmi au Nord Mali. Aly Ciré Ndiaye a fait son réquisitoire, hier.

Le maître des poursuites, Aly Ciré Ndiaye, a commencé son réquisitoire par un « petit rappel historique » des faits. Tout est parti d'un message publié le 7 juillet 2015 sur le réseau social Facebook par le combattant sénégalais basé en Libye, Abu Hamza Ndiaye. Dans cette publication, Abu Hamza Ndiaye mettait en évidence des photos de combattants sénégalais morts sur le territoire libyen.

A travers le même message, le présumé terroriste proférait des menaces contre le chef de l'Etat, Macky Sall. Selon le procureur, ce texte est « l'élément déclencheur » de l'affaire dite des présumés terroristes. Ainsi, les enquêtes menées par les autorités sénégalaises ont-elles permis d'établir qu'il y avait un « lien direct » entre l'auteur de cette publication, en l'occurrence Abu Hamza Ndiaye, et Matar Diokhané.

Celui-ci, d'après le représentant du parquet, avait un projet contre les confréries du Sénégal depuis l'affaire de l'imam Abdou Karim Ndour de Diourbel en 2011. Depuis ces événements, Matar Diokhané a organisé plusieurs rencontres pour établir un projet contre les confréries au Sénégal.

L'accusé, dit-il, avait effectué un voyage en Mauritanie en 2014. C'est à partir de Nouakchott qu'il a fait la connaissance de Moustapha Diop, un étudiant sénégalais basé en Arabie Saoudite. C'est grâce à Moustapha Diop que Matar Diokhané a gagné un contrat de travail au Nigéria.

Mais, selon le procureur, M. Diokhané n'a pas révélé toute la réalité sur ce contrat. A vrai dire, l'exploitation du message envoyé par Moustapha Diop à Matar Diokhané indique réellement que les combattants de Boko Haram étaient à la recherche d'un spécialiste de la charia.

« Matar Diokhané a exécuté un contrat de Boko Haram. C'est pourquoi il est logé à la même enseigne que les combattants de Boko Haram », charge le maître des poursuites.

Matar Diokhané maîtrise le djihad pour avoir rédigé un ouvrage sur la question qu'il a avait soumis à l'imam Aliou Ndao pour correction.

La perquisition de sa chambre, où logeait son épouse Coumba Niang, révèle le procureur, a aussi permis de retrouver « une forte documentation » sur le djihad, notamment un encyclopédie portant sur la « fatwa » du djihad, un document sur « le djihad, ses formes et ses caractéristiques », un recueil sur « la doctrine du djihad », une « biographie de Ben Laden, sa formation de combattant, ses actes de bravoure et la préparation des attentats du 11 septembre ». « Ici, lorsque nous parlons de djihad, nous parlons du djihad violent, du djihad combat. Les preuves ont été démontrées », précise le représentant du parquet.

Matar Diokhané « l'idéologue »

Par ailleurs, à suivre de très près le réquisitoire du procureur, tout converge vers Matar Diokhané. Le maître des poursuites considère Matar Diokhané comme « l'idéologue, celui qui formait, qui donnait de la matière grise » aux combattants. C'est grâce à l'intervention de Matar Diokhané que le chef de Boko Haram a autorisé le groupe des combattants sénégalais à quitter le fief de Boko Haram pour rentrer au pays.

Cependant, le procureur signale que jusqu'à présent Matar Diokhané n'a pas révélé les conditions pour lesquelles Aboubakar Shekau a accepté de laisser le groupe des Sénégalais quitter Boko Haram. « S'il a reçu la somme de 6 millions de nairas du chef de Boko Haram, c'était pour venir exécuter une mission qui consistait à perpétrer des attentats terroristes dans notre pays », ajoute le procureur.

En effet, après l'autorisation de sortie du territoire nigérian, Matar Diokhané a tenu une réunion avec le groupe des Sénégalais pour poser trois principales conditions : « faire de lui le guide du groupe, se soumettre à l'autorité d'un sage qu'il allait les présenter une fois au Sénégal et rester à son écoute ».

Pour étayer ses preuves, le maître des poursuites a diffusé devant la barre un audio que Matar Diokhané avait envoyé à une de ses épouses via l'application Telegram.

Dans cet audio dont la voix est attribuée à Diokhané, ce dernier se confiait à son épouse Amy Sall lui disant que son retour au Sénégal est impératif car il avait ficelé avec les gens de Boko Haram un programme qu'il va falloir exécuter.

« Le doute n'est plus permis sur la réalité de ce projet de Matar Diokhané. Ce projet visait aussi l'installation d'un Etat islamique qui allait englober le Sénégal, la Gambie et les deux Guinées », souligne-t-il.

Apologie du terrorisme

Le procureur reconnaît, toutefois, que Matar Diokhané n'a jamais combattu dans les rangs de Boko Haram. Pour cela, il a demandé au président de requalifier les faits d'actes de terrorisme à une « complicité d'actes de terrorisme » car Matar Diokhané a aidé nombre de combattants sénégalais à rejoindre les rangs djihadistes.

Le représentant du ministère public a aussi retenu le délit d'apologie du terrorisme contre Diokhané. Celui-ci a rédigé un livre sur le djihad qu'il avait soumis à l'imam Aliou Ndao pour correction. Les délits de financement du terrorisme, de blanchiment de capitaux ont été aussi retenus contre l'accusé.

Pour tous les actes qu'il a eus à poser, précise le procureur, « la seule décoration qui vaille pour Matar Diokhané est de l'élever au grade des premières personnes condamnées à une peine de travaux forcés en perpétuité ».

Au-delà de Matar Diokhané, le maître des poursuites a demandé une peine de travaux forcés en perpétuité pour tout le « groupe Boko Haram », c'est-à-dire ceux qui se sont rendus dans le fief de Boko Haram au Nigéria.

Il s'agit des nommés Lamine Coulibaly, Cheikh Ibrahima Bâ, Oumar Yaffa, Ibrahima Diallo, Abdou Aziz Dia, Abou Diallo, Mohamed Ndiaye, Latyr Niang et Ibrahima Mballo. Dans le même sillage, le procureur a requis un emprisonnement à une peine de travaux forcés en perpétuité pour Abdou Hakim Mbacké Bao qui avait regagné Aqmi au Nord Mali.

30 ANS DE TRAVAUX FORCÉS CONTRE L'IMAM NDAO

Le procureur de la République a demandé au président de la chambre criminelle spéciale de condamner l'imam Aliou Ndao à une peine de 30 ans de travaux forcés pour les délits d'apologie du terrorisme, d'association de malfaiteurs, de financement du terrorisme, de blanchiment de capitaux et détention d'armes et de munitions sans autorisation. Imam Ndao est accusé d'avoir reçu d'Ibrahima Diallo la somme de 8 millions de FCfa à titre de dépôt et d'un million FCfa en guise de prêt.

Selon le maître des poursuites, l'imam Aliou Ndao savait pertinemment qu'Ibrahima Diallo avait effectué un voyage au Nigéria dans le fief du groupe Boko Haram et que l'argent était illicite. Pendant son audition, Aliou Ndao avait informé devant la barre qu'il n'a pas utilisé l'argent reçu d'Ibrahima Diallo et que l'enveloppe qui contenait les 25 billets de 500 euros l'unité était entre les mains d'un de ses avocats.

Cependant, le procureur précise que la non-utilisation de cette somme n'enlève en rien « la consommation de l'infraction ». « Cet argent devrait financer les actes du groupe de Matar Diokhané après leur retour du Nigéria », informe le représentant du ministère public. Le procureur estime, en même temps, que l'imam Ndao a toujours fait l'apologie du terrorisme dans ses prêches.

Après la perquisition des gendarmes dans son domicile à Kaolack, de nombreux vidéos et documents sur le djihad ont été trouvés. Selon toujours le représentant du parquet, l'imam Aliou Ndao avait adhéré au projet de Matar Diokhané qui consistait à installer une cellule djihadiste au Sénégal. « Ce projet a reçu un écho favorable auprès de l'imam depuis fort longtemps », charge le procureur.

5 ANS DE TRAVAUX FORCÉS CONTRE ALIOUNE BADARA SALL

Le procureur a demandé une peine d'emprisonnement de 5 ans contre l'ingénieur en génie civil Alioune Badara Sall pour le délit de blanchiment de capitaux. Ce dernier avait reçu de Matar Diokhané la somme de 12 millions de FCfa pour lui construire une maison à usage d'habitation à Keur Ndiaye Lô.

Cependant, le représentant du ministère public estime que l'accusé savait pertinemment que cet argent n'était pas licite pour avoir dit lui-même devant la barre que la profession de maître coranique de Matar Diokhané ne pouvait pas lui permettre d'avoir un tel montant.

Le procureur souligne qu'il ne peut pas comprendre qu'Alioune Badara Sall se démarque de Matar Diokhané à cause de ses prêches qu'il jugeait trop violents et de recevoir en retour 12 millions de FCfa de celui-ci pour la construction d'une maison.

FORTUNES DIVERSES POUR LES DEUX ÉPOUSES DE DIOKHANÉ

Les deux épouses de Matar Diokhané, Coumba Niang et Amy Sall, n'ont pas eu la même peine. Le procureur de la République a demandé 10 ans de travaux forcés contre Coumba pour les délits de blanchiment de capitaux et de 5 ans de travaux forcés pour le chef de financement du terrorisme et une confusion des peines.

Coumba Niang, la seconde épouse de Matar Diokhané, avait remis 15 millions de FCfa à Ibrahima Diallo, 4 millions de FCfa à Latyr Niang.

Quant à Amy Sall, la première épouse, le maître des poursuites a demandé au président de la condamner à 5 ans de travaux forcés pour le délit de blanchiment de capitaux. Dans cette affaire, Amy Sall est accusée d'avoir remis 200.000 FCfa à Ibrahima Diallo pour l'achat de 2 téléphones portables.

ACQUITTEMENT POUR 8 ACCUSÉS

Le ministère public a déclaré, hier, qu'il n'a aucune charge contre les accusés Marième Sow, Ibrahima Hann, Alpha Diallo, Oumar Keïta, Mor Mbaye Dème, Mamadou Moustapha Mbaye, Boubacar Decoll Ndiaye et Daouda Dieng qui a toujours comparu libre devant le libre.

En l'absence de charges contre ces accusés, le procureur demande au président de la chambre criminelle spéciale de les acquitter « purement et simplement ».

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