15 Mai 2018

Afrique: L'Afrique et le conflit israélo-palestinien - Maky Sall, cette voix qui transperce le silence

On en rirait peut-être si la situation n'était pas aussi dramatique.

Alors qu'une soixantaine de manifestants sont tués et plus de 2400 blessés à Gaza quand ils manifestaient contre le déplacement de l'ambassade américaine à Jérusalem, Nikki Haley, la représentante des Etats-Unis aux Nations unies, s'est fendue d'une déclaration dans laquelle elle estimait que les Israéliens ont fait preuve de retenue. Drôle de retenue alors que tout le monde voit un usage disproportionné de la force. Et on se demande ce qui se serait bien passé si Tsahal s'était lâché.

Peut-être allait-elle jeter sur cette « vermine » la bombe atomique qu'elle possède et qu'elle veut empêcher ses voisins d'avoir 48 heures après, la tension n'est pas près de baisser dans les territoires palestiniens où l'on a enregistré deux morts et de nombreux blessés hier. Et le concert d'indignations et de dénonciations de cette barbarie n'est pas près de s'estomper. Et l'on se demande toujours comment Donald Trump, qu'on savait, il est vrai, irréfléchi a pu poser un acte inutilement provocateur en soufflant sur les braises dans une région qui n'en avait pas besoin pour s'enflammer.

Mais en vérité, dans bien des cas, ce sont des dénonciations de pure forme et du bout des lèvres qui sont enregistrées là où des actes forts auraient dû être posés. En Afrique, la palme de la réaction la plus ferme revient à l'Afrique du Sud qui a rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv pour consultation.

Depuis la fin de l'Apartheid en effet, Pretoria a toujours vu des similitudes entre la lutte sud-africaine contre la ségrégation raciale et la guerre de libération que mène depuis de longues années le peuple palestinien pour se défaire du joug israélien. Dans la même vaine, le président sénégalais, Maky Sall, n'y est pas allé de main morte pour fustiger l'attitude américaine, appelant au respect des textes onusiens et à la nécessité pour les Palestiniens d'avoir un Etat indépendant avec pour capitale Al-Qods (Jérusalem).

Une voix suffisamment grave qui vient transpercer le silence dans un environnement où la gêne, l'embarras et la peur sont les sentiments les mieux partagés dans les capitales africaines, qui redoutent les foudres de l'Oncle Donald. N'avait-il pas clairement laissé entendre, il y a quelques mois quand la décision de délocalisation de l'ambassade venait d'être prise, qu'il saurait, le moment venu, compter ses amis et ses ennemis, en fermant le robinet de l'aide à ceux qui prennent ses billets verts tout en votant contre lui ? Ceux qui pensent qu'il s'amuse auraient tort de prendre à la légère les imprécations de l'homme de la Maison-Blanche.

En fait, il n'y a pas qu'en Afrique que les condamnations, quand il y en a, ne sont que de pure forme. C'est le même embarras qu'on observe dans la plupart des pays arabo-musulmans qui, du reste, n'ont jamais été d'accord que sur leurs ... désaccords. Si on excepte en effet l'Iran et la Turquie, c'est la couardise généralisée qui s'est emparée de la quasi-totalité des palais présidentiels et royaux.

Recep Tayip Erdogan, le président turque, a ainsi traité Israël d'Etat terroriste, qualifié les tueries de génocide, décrété trois jours de deuil national, rappelé ses ambassadeurs à Tel-Aviv et à Washington pour consultation et demandé au chef de la mission diplomatique israélienne en Turquie de quitter temporairement son pays.

Il faut croire qu'à lui seul, Erdogan, qui ne fait jamais dans la dentelle, a acheté la bagarre de tous ceux qui ne veulent pas se fâcher avec l'ogre américain. Particulièrement pas des pays comme la Jordanie et l'Egypte que l'Oncle Sam perfuse littéralement à hauteur de 1,3 milliard et 1,2 milliard de dollars par an. Une manne qu'ils ne peuvent se payer le luxe d'hypothéquer.

Et quand ce ne sont surtout pas les raisons bassement financières qui sont cause de cet embarras, ce sont les vieilles querelles dont est si coutumière la Oumah, entre chiites et sunnites, ou encore les querelles de leadership sous-régionales qui opposent l'Arabie Saoudite et l'Iran qui en sont la raison.

Pour tout dire, malgré les gesticulations diplomatiques, les Palestiniens sont en réalité les seuls à porter leur croix. Et c'est sur ces vieilles querelles et ces divisions des frères arabes que joue l'Amérique pour faire à peu près tout et n'importe quoi dans cette partie du monde. Mais jusqu'à quand va durer ce soutien arabe de Washington à Tel-Aviv ?

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