16 Mai 2018

Tunisie: Encore un pic !

Ouvrant la conférence, M. Massaoud Romdhani, président du Ftdes, a tenu, d'abord, à signifier l'indignation du Forum et de la société civile, en général, quant au transfert de l'ambassade des USA à Tel-Aviv, une décision qui contrecarre toute logique et met au pied du mur les lois internationales.

Il a montré du doigt le silence coupable de la communauté internationale et des nations arabes, plus particulièrement face à cette injustice et cette atteinte confirmée à l'Etat palestinien.

Gouvernance régionale : passivité irritante

Il a souligné, par ailleurs, la position du Ftdes sur la vague de violences qui vient d'éclater à Jelma dans le gouvernorat de Sidi Bouzid. Les négociations menées entre les citoyens et les décideurs, quatre ans durant, et portant sur le sondage se sont avérées vaines, ce qui a attisé la grogne des habitants. Face aux protestations sociales, les forces de sécurité ont décidé de passer à la vitesse supérieure, mettant en danger la sécurité des citoyens. «Il fallait pourtant trouver des solutions au problème ainsi qu'aux innombrables problèmes développementaux persistants.

Les actions de protestation traduisent le ras-le-bol des citoyens. Faute d'une gouvernance locale et régionale performante, les dossiers demeurent rangés dans les tiroirs sans suite aucune. Les responsables régionaux sont incapables de résoudre les problèmes et de communiquer avec les citoyens, suite à quoi les revendications prennent souvent une tournure dangereuse», a-t-il expliqué.

En parlant des rapports relatifs aux mouvements de protestation enregistrés en mars et en avril 2018, il a indiqué que le bond quantitatif ne peut passer inaperçu : l'on note près de 600 mouvements supplémentaires au bout d'un mois. «Ces mouvements dénoncent les défaillances développementales mais aussi la cherté de la vie. Aujourd'hui, le taux d'inflation s'élève à 7,6%. Il grimpera davantage en mai 2018. Le consommateur a bien perdu plus de 40% de son pouvoir d'achat. Sa situation économique et sociale empirera sans doute à défaut de solutions efficientes», a-t-il averti.

M. Romdhani a passé en revue les principaux dossiers socioéconomiques jugés comme étant épineux : la pénurie d'eau et le non-raccordement de certaines régions au réseau d'eau potable, la hausse du taux de suicide et des tentatives de suicide notamment auprès des catégories vulnérables, l'émigration clandestine et la fuite des compétences. «Plus de 80% des compétences tunisiennes, dont les médecins spécialistes, ont choisi de quitter le pays en quête d'opportunités meilleures. Qui donc prendra la relève et participera à la reconstruction de l'économie ?», s'est-il interrogé, perplexe. Il n'a pas manqué, en outre, de souligner la réticence des citoyens quant à l'accomplissement du devoir électoral, et l'option -- pour les électeurs -- des listes indépendantes plutôt que des partis prépondérants. Cette position témoigne, nettement, de la rupture du contrat de confiance entre les citoyens et les politiques, une rupture provoquée, notons-le, par l'absence de solutions et de mesures salvatrices aux problèmes.

Un boom prévisible

Prenant la parole à son tour, M. Abdelsattar Sahbani, président de l'Observatoire social tunisien (OST) et sociologue, a présenté les deux rapports mensuels relatifs aux mouvements de protestation sociale pour les mois de mars et avril 2018. En effet, l'OST a recensé 850 mouvements de protestations en mars dont 41 cas de suicides et de tentative de suicide. Un mois après, les données ont changé d'un cran. Les mouvements de protestations ont atteint les 1.439 dont 54 cas de suicides et de tentatives de suicide. «Ce boom était bien prévisible. La courbe des mouvements de protestations atteint généralement son paroxysme en janvier, en avril et en octobre», a-t-il rappelé. Il a indiqué, néanmoins, que les mouvements collectifs ont changé d'espace. Nous les observons à Tunis à La Kasba, au Bardo et aux seuils de certains ministères. «Manifestement, remarque-t-il, l'avenue Bourguiba a perdu, quelque peu, de sa symbolique d'espace de revendications socioéconomiques». Les deux rapports reprennent, à quelques nuances près, la même cartographie protestataire. Les régions de Kairouan, Sidi Bouzid, Gafsa et Kasserine continuent à être les principaux théâtres d'actions de protestation. De même pour la répartition sectorielle des protestations : le secteur administratif chapeaute la liste des secteurs les plus concernées par la vague protestataire, suivi du secteur éducatif, celui social, économique et sécuritaire.

S'agissant des cas de suicide et de tentative de suicide chez l'enfant, l'orateur reprend, non sans inquiétude, les chiffres qui ont été publiés récemment, par la délégation générale de la protection de l'enfance. En effet, le rapport annuel de ladite source relatif à 2017 recense 319 cas de tentative de suicide d'enfants dont 295 filles, ce qui est alarmant.

M. Sahbani a saisi l'occasion pour attirer l'attention sur la violence qui avance à pas de géant dans une société en mal de vivre. La violence est devenue, indéniablement, un fléau redoutable, marquant aussi bien l'espace public, les institutions éducatives et sportives et jusque dans l'environnement familial. L'orateur dénombre jusqu'à dix-huit formes de violence. «La violence physique semble être la plus choquante. Certes, toutefois, celles verbale, morale et symbolique sont les plus répandues, les plus banalisées et les plus mortifiantes».

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