16 Mai 2018

Burkina Faso: Jonas Hien, directeur des programmes de l'ONG ORCADE - "L'Etat a une très grande responsabilité dans cette affaire déplorable... "

interview

Dans ce problème de restauration du couvert végétal de la mine de Kalsaka, l'Organisation pour le renforcement des capacités de développement (ORCADE), une ONG intervenant dans le secteur minier est intervenue pour la réhabilitation de l'environnement. Son directeur des programmes, Jonas Hien, dans cet entretien, tente de situer les responsabilités.

Lors de vos différentes sorties sur la mine de Kalsaka, quel a été votre constat ?

Nous sommes intervenus sur ce site minier pendant qu'il était encore en activité. C'est un site que nous continuons de surveiller. Après sa fermeture, nous y avons encore fait quelques tours et avons pu constater son lourd passif environnemental. Le site est profondément affecté.

La gestion environnementale en matière d'exploitation minière voudrait qu'avant la fermeture de la mine, que l'on entreprenne des opérations de réhabilitation. A défaut à la fermeture de la mine, que cette opération de réhabilitation puisse être faite de sorte à rétablir un tant soit peu l'environnement.

Ce qui n'est pas le cas à Kalsaka. Actuellement, il y a les grandes fosses que les compagnies minières ont opérées. Ce que les miniers ne nous disent pas, c'est que les fosses sont difficiles à boucher totalement. Il faut bien les clôturer de sorte à ce que les animaux ou les êtres humains ne se retrouvent pas là-bas surtout en période de pluie.

En plus, il y a ce qu'on appelle en règle générale dans les mines, les parcs à résidus où l'on déverse tous les déchets issus de l'exploitation minière avec des produits chimiques de sorte à ne pas les laisser s'éparpiller comme on le voit sur les sites d'orpaillage.

Une fois que la mine n'est plus fonctionnelle, cet espace est exposé. La réhabilitation devrait faire en sorte que ce soit couvert pour qu'il n'y ait pas de risque pour les populations en cas de grosse pluie.

Pourquoi, selon vous, la réhabilitation n'est pas encore faite ?

Le code oblige les promoteurs miniers à ouvrir un fonds à alimenter pour la réhabilitation et la fermeture d'une mine qu'ils exploitent. Ce fonds doit servir à réhabiliter l'environnement ou en cas de défaillance de la compagnie minière que l'Etat puisse l'utiliser pour réhabiliter l'environnement.

Aujourd'hui, l'on peut se demander pourquoi malgré toutes ses dispositions, l'on n'a pas pu faire quelque chose et laisser Kalsaka dans un état environnemental déplorable. La réponse à nos recherches est que le gouvernement a une très grande part de responsabilité sur cette question. La mine a pris le soin d'informer le gouvernement qu'elle mettait la clé sous le paillasson.

Et comme le veulent les textes en la matière, le processus de réhabilitation devait être enclenché. Par conséquent, elle avait besoin du fonds de réhabilitation de l'environnement qu'elle alimentait pour pouvoir faire ce travail. De ce que nous avons pu récolter comme information, le gouvernement n'a pas donné une réponse favorable.

Il est ressorti que les modalités de l'utilisation de ce fonds auraient des insuffisances sur certains textes et c'est sur ces questions de fond que la mine n'a pas pu utiliser les fonds pour réaliser le travail. C'est pourquoi, j'affirme que l'Etat a une grande responsabilité dans l'affaire déplorable de Kalsaka. Si ce sont des problèmes liés à des insuffisances de textes, il faut les corriger rapidement pour résoudre la situation.

 Des soupçons de pollution de l'eau et d'endommagement de la nappe phréatique planent également sur les lieux. Quel est votre avis ?

Je ne suis pas sûr que la vérité vous soit dite dans cette affaire. C'est un secteur où, les promoteurs miniers sont beaucoup friands des contrevérités. Il y a le responsable d'un des villages de Kalsaka qui m'a adressé une correspondance avant la fermeture de la mine pour émettre des inquiétudes au regard du changement du paysage dans son village.

Il soupçonnait les opérations minières d'être à la base de ces changements. Nous sommes allés sur le terrain et avons constaté des dégâts terribles ; les herbes et les arbres avaient pris un sérieux coup, avec à la clé une population qui buvait de l'eau multicolore.

Il est ressorti que c'est après une grosse pluie que le parc à résidu de la mine a cédé. Il y a eu un écoulement des eaux et la nature a commencé à changer. Nous avons pris attache avec le service de l'environnement. Il nous a fait comprendre que des spécialistes étaient venus faire des prélèvements pour des analyses. A ce jour, les résultats des analyses n'ont pas été révélés.

Même le service de l'environnement n'arrivait pas à avoir les résultats. Par conséquent, du point de vue observation empirique, il y a la possibilité d'une contamination de la nappe phréatique et sur ce point, nous avons de forts soupçons.

C'est vrai que nous voulons de l'argent à travers l'exploitation de l'or. Mais en même temps nous courons le risque de planifier la mort de nos populations sur les sites. Vous pouvez en mourir dans 10, 20 ou 30 ans sans que l'on ne fasse un lien entre l'exploitation de l'or et la maladie qui vous a emporté.

Burkina Faso

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