17 Mai 2018

Sénégal: Lendemain de la mort de Fallou Sène - Consternation, tristesse et d'importants dégâts à l'Ugb

Au lendemain de la mort de l'étudiant Mouhamadou Fallou Sène, à l'Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, la tension reste palpable. Atterrés, les étudiants demandent que les responsabilités soient situées. Ils ont aussi décrété une grève illimitée.

Tour de l'œuf de l'Ugb. D'habitude, les étudiants se rassemblent ici pour fêter des évènements ou dire leur courroux. Le moral est au plus bas, les visages sont marqués.

La nuit a été certainement très longue. A l'heure de l'assemblée générale, ils sont arrivés des différents villages universitaires, main dans la main, partageant leur douleur et consternation, dans une marche blanche et silencieuse que seul le bruit de leurs pas sur le pavé trahissait.

Sur une pancarte, les écrits traduisent le désarroi : « Je suis Fallou Sène », « Frère, tu resteras parmi nous ». Têtes baissés, le visage triste, les étudiants, avant de tenir les Ag, se sont recueillis sur l'endroit où Mouhamadou Fallou Sène est tombé. Ensuite, les orateurs ont, tour à tour, dit leur peine et frustration. Un mot d'ordre de grève illimitée a été décrété.

Les membres de la Commission sociale ont néanmoins exhorté leurs camarades à garder le calme et la sérénité. Ce moment a été aussi l'occasion pour rappeler aux autorités la gravité de la situation qui résulte de cette décision prise par le recteur de l'Ugb, Baydallaye Kâne.

Le porte-parole Alexandre Sambou, par ailleurs président de séance de la Coordination des étudiants de Saint-Louis, a clarifié qu'ils ne faisaient que réclamer leurs bourses, a-t-il réclamé « la démission du recteur Baydallaye Kâne, du directeur du Crous, Ibrahima Diao, et du ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Mary Teuw Niane ». M. Sambou s'est aussi réjoui de la compassion des autres universités du pays.

Omar Ndiaye, étudiant en Sciences politiques a, quant à lui, demandé que « les responsabilités soient situées ». Il a également proposé d'interdire immédiatement l'accès au campus social aux forces de l'ordre.

Au Rectorat, la fumée s'échappe encore des bâtiments calcinés. Tout est parti en vrille avec ce saccage. Point de documentations et d'archives. Les splits sont au sol, les tables de travail se consument encore, de même que les papiers et autres documents. Quant aux vitres, elles ont volé en éclats.

L'université, un champ de ruine...

A la direction du Crous, le social, qui devait être au service de l'excellence, a laissé place au chaos : des bureaux éventrés, des murs calcinés... Le désordre est indescriptible. A l'entrée de la cité universitaire, les vitrines cassées changent le décor. Les restes de pierres envahissent la chaussée, des panneaux en vert également détruits.

Il faut se rendre au siège de la scolarité ou au Centre de documentation pour mesurer aussi l'énormité des dégâts. Malgré tout, les étudiants ont toujours cette fibre civique.

Ainsi, Abdoulaye Guèye, de l'Ufr Lettres et sciences humaines, a fait savoir qu'il est « resté devant la porte du Centre de documentation pour veiller sur les lieux, afin qu'ils ne puissent pas déplacer les livres et certains documents de grande importance ». A son avis, malgré la douleur, « certains objets méritent d'être sauvegardés ».

L'agence comptable et le guichet automatique n'ont pas non plus résisté à la furie des étudiants. Il sera ainsi difficile pour l'Ugb, du point de vue administratif et social, de se relever de ces saccages.

IBRAHIMA NDOYE, PROCUREUR DU TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE SAINT-LOUIS « L'ENQUÊTE PROGRESSE CONVENABLEMENT »

Le procureur Ibrahima Ndoye, du Tribunal de grande instance de Saint-Louis, a fait une déclaration pour évoquer le déroulement de l'enquête suite à la mort de l'étudiant Mouhamadou Fallou Sène. D'emblée, il a souligné que tous les moyens sont mis en œuvre et l'enquête « progresse convenablement.

D'ici dimanche, nous allons avoir les conclusions », a-t-il clarifié, informant que « le résultat de l'autopsie a conclu à une mort par arme à feu ». Poursuivant, il a indiqué : « Notre devoir nous appelle à agir à l'endroit de ceux qui ont posé des actes ayant entrainé mort d'homme, des blessés, de même que des dégâts ».

Pour lui, « tout sera mis en œuvre pour identifier l'origine du coup fatal et les auteurs de violence et de saccages perpétrés lors de cette journée ».

Du point de vue sanitaire, le seul étudiant opéré avec succès attend de repartir chez lui, tandis que le gendarme victime de traumatisme crânien s'est réveillé et va de mieux en mieux, a informé Ibrahima Ndoye, relevant que sur la soixantaine d'éléments de la gendarmerie présente sur les lieux lors des manifestations, la majorité a été entendue.

« Nous espérons progresser rapidement dans l'enquête avec surtout l'apport d'éléments venus de Dakar », a-t-il dit. Le procureur a, pour sa part, soutenu : « Si les faits d'usage d'arme à feu nous mène vers l'identification d'un auteur dans les Forces armées, avec un statut militaire, nous allons transférer le dossier au procureur du Tribunal de grande instance de Dakar, seul compétent dans des affaires d'ordre militaire ».

Néanmoins, il a rappelé la disponibilité du parquet de Saint-Louis si l'auteur du coup de feu s'avérait être un civil, donc un droit commun. En effet, dans cette enquête, il sera beaucoup question de la qualité de l'auteur du coup de feu qui a tué Mouhamadou Fallou Sène et après, éventuellement, évoquer les poursuites.

AUGUSTIN TINE, MINISTRE DES FORCES ARMÉES : « NOUS DÉPLORONS CETTE DISPARITION »

Sur instruction du chef de l'Etat, Macky Sall, Augustin Tine, ministre des Forces armées, a rendu visite, le même jour (15 mai 2018) dans la soirée, aux blessés admis à l'hôpital régional de Saint-Louis. Cela, suite aux incidents enregistrés à l'Université Gaston Berger.

Devant la presse, il a indiqué que ces accrocs sont consécutifs « au processus d'informatisation de la disponibilité des bourses en cours ». Le ministre a, en outre, fait savoir que plus d'une vingtaine de blessés (18 chez les forces de l'ordre et 2 chez les étudiants) ont été enregistrés, avec un traumatisme crânien pour un gendarme, des factures...

Sur le déroulé de ces incidents, M. Tine a rappelé la nécessité pour les populations « de revoir leur manière de manifester, car les forces de défense sont là pour assurer la sécurité ». Il a informé que « le groupe de gendarmes était encerclé et le commandant, sentant ses hommes en danger, a usé de son arme pour faire un tir de sommation ».

Pour l'heure, a souligné le ministre, « le corps de Mouhamadou Fallou Sène sera autopsié à Dakar, suivi de son inhumation à Touba ». Revenant sur les faits, le lieutenant colonel Pape Souleymane Cissé, commandant de la Légion nord, a souligné que, « vers 8 heures, plus de 3000 étudiants ont attaqué l'escadron mobile, dépêché sur les lieux pour sécuriser les restaurants ».

Pour lui, « cet incident est regrettable, d'autant que la gendarmerie est très républicaine, et c'est pourquoi une enquête est ouverte afin de faire la lumière sur cette affaire ».

GRÈVE DE SOLIDARITÉ DE 48 HEURES DU SAES ET DU SUDES

Suite aux évènements du mardi 15 mai à l'Ugb qui ont été sanctionnés par le décès de l'étudiant Mouhamadou Fallou Sène, le Syndicat autonome de l'enseignement supérieur a décidé d'observer 48h de grève, le mercredi 16 et le jeudi 17 mai 2018, en signe de solidarité avec les étudiants.

« Le Saes dénonce, avec énergie, l'usage disproportionné de la violence aveugle et irresponsable face à des étudiants désarmés qui, en toute légitimité, ne demandent que le paiement de leurs bourses et cela, après plusieurs alertes envers les autorités.

Il est important de rappeler que l'intervention des forces de l'ordre dans le campus est encadrée par la loi 94-79 relative aux libertés et franchises universitaires », a indiqué le syndicat dans un communiqué de presse.

Pour le Saes, il est inadmissible que la violence des forces de l'ordre ait entrainé mort d'homme dans le campus, surtout que cette intervention fait suite à une violation des libertés et franchises universitaires. Le décès de l'étudiant Fallou Sène est le énième cas de violation flagrante des droits humains au sein des campus universitaires sénégalais.

Le Saes, condamnant la violence d'où qu'elle vienne, invite les autorités compétentes à prendre toutes les dispositions ainsi que les mesures qui s'imposent. La section Enseignement supérieur et Recherche du Syndicat unitaire et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes) a aussi exprimé un message de solidarité suite à ces douloureux évènements.

Dans sa déclaration, le Sudes se pose plusieurs questions à la suite du décès de l'étudiant Fallou Sène. Comme pour le Saes, le Sudes-Esr invite ses membres des universités publiques du Sénégal à observer une grève d'avertissement de 48h les 16 et 17 mai 2018.

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